Nous avons
abordé, dans la précédente édition de Courrier
confidentiel, avec Dr Sandrine Marthe Sanon, les facteurs et les risques
des maladies professionnelles. Cette fois, nous traitons avec le médecin-conseil
de la CARFO, un volet de ce thème. Il s’agit des conséquences des risques
professionnels, notamment les effets secondaires des atteintes possibles à la
santé et à l’intégrité du corps du travailleur. En d’autres termes, ce sont les
aspects de la situation de travail pouvant interférer négativement sur la
sécurité, la santé et le bien-être des travailleurs. Les conséquences des risques professionnels sont nombreuses et de
plusieurs ordres selon le diagnostic de la spécialiste en santé des travailleurs,
qui recommande la prise de mesures de prévention afin d’éviter l’altération de
la santé des salariés du fait du travail ou des conditions dans lesquelles il
se déroule.
Les
conséquences des risques professionnels sont multiples et multiformes. Selon un
diagnostic médical, il y a ce qu’on note comme
conséquences pour le salarié et sa
famille, des douleurs,
des souffrances, des infirmités, voire décès ; de sentiment d’infériorité
en cas d’incapacité permanente, de diminution de l’autorité parentale et
conjugale (impossibilité de subvenir aux besoins de la famille…) ; la dévalorisation
dans le milieu social (incapacité à jouer le rôle d’antan) ; perte partielle de salaire voire de l’emploi, de
gain et de revenus pour ceux qui assistent le salarié malade ou handicapé.
Il résulte des
conséquences pour l’organisme de sécurité sociale (les soins médicaux), notamment la couverture
des frais médicaux, chirurgicaux et pharmaceutiques, le renouvellement des
appareils de prothèse, d’orthopédie, les frais de réadaptation fonctionnelle et
de rééducation, etc. ; les indemnités journalières versées aux
victimes d’accident de travail (AT) ou maladie
professionnelle (MP) pour compenser la perte de salaire ; les allocations d’incapacité ; les prestations
en cas de décès comme les frais funéraires, les frais de transport du
corps, les rentes de survivants ; les soins médicaux nécessaires parfois après consolidation des
lésions.
L’entreprise n’est pas à l’abri de ces conséquences qui se
ressentent sur les coûts directs, c’est-à -dire les versements
de cotisation à l’organisme de sécurité sociale, la majoration si la fréquence des AT et MP est élevée ;
les frais d’évacuation des victimes vers un centre de référence; les frais de soins
d’urgence du jour de l’accident et de réparation des machines.
On note également des coûts indirects qui
sont quatre (04) fois plus élevés et grèvent la productivité de l’entreprise.
Ils comprennent le temps perdu (arrêt de travail, arrêt de fonctionnement
de l’unité de production…), le remplacement de la main-d’œuvre qualifiée (temps
de formation, apprentissage pour le nouveau venu et temps d’adaptation marquée
par une fréquence élevée d’AT).
Les
risques professionnels (RP) ont évidemment des conséquences
pour la nation entière en ce
sens qu’ils donnent lieu à des versements de sommes importantes qui auraient pu
financer des programmes de développement, occasionnent de nombreuses journées
de travail perdues, de pertes de ressources humaines qualifiées déjà peu
nombreuses.
Mesures
de prévention des risques professionnels en entreprise
Les
mesures préventives portent sur des principes généraux de prévention. Il faut
donc éviter le risque en le combattant à la source, évaluer les risques qui ne peuvent être
évités, adapter le travail à l’homme (conception des postes de travail, choix
des équipements et des méthodes de travail et de production), tenir compte de
l’évolution de la technique, remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l’est
pas ou qui l’est moins, planifier la prévention en l’y intégrant dans un
ensemble cohérent. Cela se traduit par l’application de la technique,
l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales,
l’influence des facteurs ambiants, la prise de mesures de protection collective
en donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle et des
instructions appropriées aux salariés.
La prévention doit
également porter sur les agissements de harcèlement moral ou sexuel.
Des mesures légales
Les mesures légales
en la matière concernent l’ensemble des textes législatifs et réglementaires en
sécurité sociale du travailleur (SST).
Au plan national, on a les lois, les décrets,
les arrêtés pris pour préserver la santé, la sécurité et le bien-être des
travailleurs (Code du travail, Code de sécurité sociale, etc.)
Au niveau international, il s’agit des conventions et recommandations
adoptées de façon tripartite par l’organisation internationale du travail (O.I.T.). Les conventions sont
soumises à ratification aux pays membres, et sont applicables une fois
ratifiées.
Des mesures techniques
Les mesures techniques brassent l’ensemble des
mesures de protection collective. Elles visent la protection du collectif au travail. On
en distingue l’élimination possible du risque, ce qui veut dire qu’il faut éloigner
les travailleurs des risques lorsqu’il n’est pas possible de l’éliminer ou
réduire sa gravité ; isoler
le risque par des barrières entre
la source du risque et les salariés ; mettre en
place des dispositifs techniques
particuliers : hotte d’aspiration, extracteurs d’air, dispositifs
antivibratoire, etc. A cela peuvent s’ajouter des consignes de sécurité
qui sont des règles de conduite enseignées aux salariés pour marquer l’interdiction
de faire quelque chose ou comment le faire sans danger, se comporter en cas de
survenue d’un sinistre.
Mesures de protection
individuelle
Très souvent, malgré les mesures collectives, il
persiste un risque résiduel.
On met alors à la
disposition des travailleurs des
équipements de protection individuelle (EPI) : gants, masques, bottes, casques,
bouchons d’oreille, tenues de travail, etc.
Dans tous les
cas, il faut toujours privilégier la protection collective, à la protection
individuelle (principes généraux de prévention). L’information, l’éducation et la communication
(IEC) doivent être privilégiées pour conscientiser les
travailleurs sur l’existence de dangers liés au travail, leurs causes, et les
moyens de s’en prémunir.
Des mesures médicales Ã
préconiser
Les visites médicales avec des objectifs bien définis
doivent être multipliées en vue du bon suivi des travailleurs :
• Visite médicale d’embauche (VME) : adéquation entre exigences du poste de travail
et capacités physiques, physiologiques
et psychologiques du candidat au poste ; absence de pathologie
potentiellement contagieuse;
• Visite médicale périodique (VMP): maintien au poste (aptitude au poste de travail),
aménagements, changements, dépistage précoce des MP. Périodicité variable. Au
Burkina Faso, elle est annuelle de façon générale.
• Visite de reprise après AT avec arrêt de travail ou MP quelle que
soit la durée; après maladie avec arrêt de travail d’au moins 21 jours ou
retour d’un congé de maternité
• Visite de fin de contrat afin de s’assurer qu’au soir de son activité
professionnelle, le salarié ne présente pas de signes ou symptômes de maladies liées à son
travail ; et de permettre un éventuel suivi post-professionnel pour les
salariés ayant été soumis à des risques à effet différé (amiante, rayonnements
ionisants,…etc.).
• Visite médicale spéciale
La santé et la
sécurité des travailleurs sont un capital précieux. Afin de préserver
l’employabilité des travailleurs, des mesures de prévention doivent être
prises, évitant ainsi l’altération de la santé des salariés du fait du travail
ou des conditions dans lesquelles il se déroule.
Ces mesures ne seront
toutefois effectives et efficaces que si l’ensemble des partenaires sociaux
(Etat, employeurs, travailleurs) assumaient leur rôle de façon concertée et
cohérente au travers d’un dialogue social constructif. On peut ainsi en déduire que «la
sante dans l’entreprise, c’est la santé de l’entreprise et, partant, celle de
la nation».
Armel ILBOUDO/DIGICOM en collaboration avec Dr Sandrine M. SANON, médecin-conseil de la CARFO