Le Bimensuel Complément d’Enquête a
été l’objet d’un cambriolage dans la nuit du 15 au 16 août 2014. Des individus
non encore identifiés ont pénétré dans les locaux du journal situé au premier
étage d’un immeuble au quartier Dapoya à travers une des fenêtres. La porte du
directeur de publication a été défoncée par la suite et du matériel a été
emporté ainsi que de l’argent. Il s’agit notamment : d’une tablette, un
ordinateur portable, une somme de 350 000 Francs CFA appartenant au directeur
et le téléphone baladeur du journal. Ces malfrats ont fait main basse sur
certains matériels de travail et pas d’autres en l’occurrence ceux de plus
grande valeur marchande. Un ordinateur de marque iMAC encore dans l’emballage
de près de deux millions a été laissé sur place au profit d’un téléphone
baladeur. Une attitude sélective et de ciblage des objets bien curieuse qui en
dit long et laisse croire que les mobiles et les intentions de ces cambrioleurs
sont similaires à ceux des cas de cambriolage ces derniers temps dans les
sièges de journaux burkinabè. Un membre de la Société des éditeurs de la presse
privée (SEP) s’est rendu dans les locaux du Complément d’Enquête dans la soirée
du samedi 15 Août 2014. Le directeur du journal, Frédéric Ilboudo et les
journalistes sont moralement abattus et éprouvent une sérieuse crainte pour la
sécurité de leur propre personne et celle de leurs locaux pour les jours Ã
venir. Le journal à porté plainte et les enquêtes sont en cours.
En rappel, l’incident au siège du
Complément d’Enquête vient s’ajouter à ceux antérieurs de l’hebdomadaire
l’Opinion et du bimensuel l’Evènement. Les incidents sont intervenus seulement
en moins d’un trimestre et sont trait pour trait identiques. Malheureusement,
aucun de ces cas n’a encore fait l’objet d’élucidation par l’Autorité
compétente en la matière. Les enquêtes se suivent et se ressemblent. Elles sont
toutes restées, jusque-là , l’ombre d’elles-mêmes, n’ont jamais pu permettre
d’arrêter un seul des auteurs et de faire la lumière sur ces rocambolesques et
honteux cambriolages.
Cependant, l’on constate avec
désolation qu’il y a une sorte de quasi
laxisme des pouvoirs publics et un mépris des gouvernants pour les menaces
contre l’existence de la presse et la sécurité des journalistes. En effet, si
des cambrioleurs sont libres de persister dans cette atteinte à l’intégrité de
la presse en récidivant dans leur actes de sabotage et de terreur morale contre
la presse, il est clair que cela procède du mépris des gouvernants burkinabè en
particulier pour les journalistes et leur profession qu’ils ne protègent pas
suffisamment en dépit de leur responsabilité régalienne de sécuriser les
institutions et piliers de la démocratie dont la presse, de même que les
citoyens et leurs biens. Il y a un manque de considération et ce qui semble
être une volonté sournoise de ne point secourir la presse face à la terreur et
à la violence des prédateurs de la liberté d’expression et de la démocratie aux
fins d’aboutir à son bâillonnement et à son silence comme peuvent l’attester
certaines attitudes : Manque de célérité dans les enquêtes, indifférence devant
les graves menaces contre les journalistes et leurs locaux, indifférence devant
l’alerte du rédacteur en chef de
L’Evènement qui denonce de graves
menaces qui pèsent sur sa sécurité et sa vie, inaction en matière de sécurité
de la presse. Un fait anecdotique mais gravissime qui rend compte des risques
qu’encourent les journalistes se trouve dans les propos d’un officier de police
judiciaire, censé protéger le journaliste, enquêtant au siège du Complément
d’enquête. A l’étonnement de son collègue que les organes soient la cibles
d’attaques, répondra : « c’est parce que les journalistes parlent trop. »
Le contexte actuel de la presse
burkinabè, dont les alertes ne semblent nullement émouvoir et sont classé comme
de simples faits divers, rappelle celui qui a prévalu et précédé au lâche
assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses quatre compagnons en décembre
1998. Plus de seize années après, la disparition du journaliste émérite n’a pas
connue de suites, les auteurs et les commanditaires courent toujours. Cette
disparition planifiée du directeur de publication de l’indépendant pour le
simple fait de son métier qu’il exerçait dans l’indépendance et la liberté hors
de toute compromission et influence en tout genre doit être le dernier crime et sacrifice commis sur l’autel des
intérêts politiciens. La presse ne doit être l’otage de personne ni le
journaliste comme un instrument au service de quiconque.
La SEP interpelle vigoureusement le
gouvernement à prendre ses responsabilités afin que la série noire des
cambriolages et tous les attentats à la liberté de la presse prennent fin
incessamment et qu’il fasse de la sécurité des journalistes et de la liberté de
la presse sa priorité urgente. Par
ailleurs, elle se réserve le droit légitime, si rien n’est fait, d’entreprendre
toutes les actions en son pouvoir pour faire entendre sa cause auprès de la
communauté nationale et internationale.
Au regard de tout ce qui précède, la SEP :
• Condamne énergiquement le
cambriolage du siège du Complément d’enquête et réclame toute la lumière sur
cet énième viol de l’espace médiatique et d’atteinte à la liberté de la presse;
•Témoigne tout son soutien et son réconfort au directeur de
publication, aux journalistes et au personnel de l’organe ;
• Proteste vivement contre le laxisme
des pouvoirs publics, la banalisation et le mépris à l’égard de la presse et
des journalistes face aux menaces répétées contre leur liberté et leur sécurité
;
•Exige dans les plus brefs délais les
résultats des enquêtes concernant tous les cambriolages perpétrés au sein des
organes de presse (L’Opinion, l’Evènement, Complément d’Enquête) ;
•Invite le gouvernement burkinabè Ã
tout mettre en œuvre pour que cessent les attaques contre la presse et ses
acteurs et que le libre exercice du métier du journalisme soit une réalité
désormais sans risque pour les journalistes au Burkina Faso ;
•Appelle les professionnels des
medias à redoubler de vigilance et à intégrer les réflexes de sécurité dans
leur environnement au quotidien.
Ouagadougou, le 17 août 2014
Le président
Sy Moumina Chérif