Niger : Le gouvernement dissout les instances dirigeantes de la Croix-Rouge
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Zone de turbulences pour la Croix-Rouge nigérienne/@DR

Niger : Le gouvernement dissout les instances dirigeantes de la Croix-Rouge

Coup de tonnerre dans le paysage associatif au Niger. Un arrêté signé ce 25 août par le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du Territoire, le Général de division Mohamed Toumba, ordonne la dissolution immédiate du bureau et du Conseil d’administration de la Croix-Rouge Nigérienne (CRN). Référencé sous le numéro 00662/MISP/AT/SG, le texte s’appuie sur l’ordonnance du 1er mars 1984 encadrant les associations au Niger. Ainsi, en un trait de plume, les organes dirigeants de l’une des plus anciennes organisations humanitaires du pays ont cessé d’exister.

Depuis sa création, la CRN s’est imposée comme un acteur incontournable des interventions humanitaires. Qu’il s’agisse de la distribution de vivres lors des famines récurrentes, de l’accompagnement sanitaire pendant les flambées de choléra ou de la gestion des camps de déplacés internes liés aux violences armées, son empreinte est partout. « Sans la Croix-Rouge, certaines régions seraient laissées à elles-mêmes », confie un travailleur humanitaire sous couvert d’anonymat.

La dissolution de son bureau ne signifie pas la disparition de l’organisation. Ses missions, en principe, demeurent. Mais l’absence de direction formelle ouvre une zone grise institutionnelle. Qui prendra les décisions stratégiques ? Comment garantir la continuité de programmes souvent vitaux pour des milliers de Nigériens ?

Jusqu’ici, les autorités n’ont donné aucune précision sur la suite. Aucun organe de transition n’a été annoncé, pas plus qu’une feuille de route pour la désignation de nouveaux responsables. Une situation de flottement qui peut durer des semaines, voire des mois.

Dans les couloirs de Niamey, les spéculations vont bon train. Certains y voient la volonté de l’État de reprendre la main sur une structure jugée trop autonome. D’autres évoquent des tensions internes au sein de la CRN, marquées par des rivalités de leadership, qui auraient fini par alerter le gouvernement. Le ministère de l’Intérieur, lui, reste muet sur les raisons profondes de cette décision brutale.

Les répercussions sur le terrain

La nouvelle inquiète au premier chef les partenaires humanitaires. « Les besoins ne connaissent pas de pause administrative », rappelle un responsable d’ONG internationale. Au Niger, plus de 4 millions de personnes nécessitent une assistance humanitaire selon les dernières estimations des Nations unies. Le pays fait face à une insécurité persistante dans l’ouest et le sud-est, à une crise alimentaire récurrente et à des déplacements massifs de population.

Dans ce contexte, la mise en suspens d’un acteur clé comme la CRN pourrait avoir des répercussions immédiates : retards dans les distributions, blocages logistiques, démobilisation du personnel local. « Chaque jour compte. Une telle décision, si elle n’est pas suivie rapidement de mesures correctives, risque d’aggraver la vulnérabilité des populations », avertit un observateur basé à Maradi.

Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est la crédibilité de la Croix-Rouge Nigérienne qui se trouve en jeu. Son appartenance au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge repose sur le respect de principes de neutralité et d’indépendance. Or, l’ingérence perçue des autorités pourrait fragiliser ce lien et compliquer la coopération avec Genève.

Pour l’heure, la base bénévole et le personnel opérationnel poursuivent leurs activités, tant bien que mal. Mais sans pilotage clair, les marges de manœuvre se réduisent. « Nous sommes sur le terrain, mais nous ne savons pas qui décide, qui valide, qui rend des comptes », confie un volontaire contacté par notre Journal.

En choisissant la voie de la dissolution, le gouvernement nigérien a ouvert un chapitre incertain dans l’histoire de la CRN. Officiellement, il s’agit d’une mesure administrative. Politiquement et sur le plan humanitaire, elle fait figure de séisme.

Reste désormais une question centrale : comment l’État compte-t-il garantir la continuité d’une action humanitaire indispensable, tout en redéfinissant les équilibres de gouvernance d’une organisation vieille de plusieurs décennies ? Dans les villages du Niger, où l’attente d’un camion de vivres ou d’une équipe médicale se joue parfois à quelques jours, la réponse ne saurait tarder.

 Marie Nadège BADO

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