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Le Burkina pris au piège !

armes“Allo ? C’est Courrier confidentiel ? (...) Vous avez vu le dernier rapport ? Notre pays est encore dans la merde !”. Au bout du fil, un Burkinabè vivant au Canada. Nous voici donc à la recherche du rapport d’Amnesty International. Il est daté du 20 mars 2013. Son titre est très évocateur:”Côte d’Ivoire: les effets destructeurs de la prolifération des armes et de leur usage incontrôlé”. Selon ce document de 33 pages, des armes, et non des moindres, ont transité par le Burkina Faso en direction des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire. “Des militaires burkinabè en uniforme auraient même escorté des livraisons d'armes et de munitions jusqu’à leur remise à des membres des Forces nouvelles”. Les conséquences de leur usage ont été désastreuses. Très désastreuses. Bref, voici des extraits du rapport

B. Fourniture d'armes aux Forces nouvelles

À l'exception des armes saisies pendant les hostilités de 2011, les unités des Forces nouvelles n'ont pas déployé d'armes classiques majeures pendant le conflit entre 2002 et 2011. C'est pourquoi la visibilité des transferts d'armes provenant de l'étranger est très réduite par rapport aux livraisons effectuées auprès du gouvernement ivoirien. Au cours de la période 2002-2011, les Forces nouvelles ont déployé un éventail d'armes, telles que des fusils d'assaut chinois, russes et polonais et des munitions d'origines et de calibres divers. Des parties inconnues avaient retiré les numéros de série de presque tous les fusils d'assaut, ce qui a mené les Groupes d'experts des Nations unies successifs à la conclusion selon laquelle les armes avaient été retransférées en violation du régime de sanctions (et non pas directement fournies par les États fabricants). De plus, de grandes quantités de munitions des Forces nouvelles avaient été retirées de leur emballage d'origine (ainsi que les numéros d'identification des lots), vraisemblablement pour les mêmes raisons.

Pour ces raisons, il est difficile de tirer des conclusions directes quant à des transferts d'armes irresponsables aux Forces nouvelles avant l'embargo de novembre 2004. Voici les raisons : 1) l'absence de numéros de série sur les armes et de numéros de lot sur les munitions ne permet pas de tracer l'historique de transfert du matériel militaire concerné et 2) le matériel peut, par conséquent, avoir changé plusieurs fois de mains avant d'entrer en possession des Forces nouvelles. Néanmoins, il existe de plus en plus de preuves attestant de transferts d'armes depuis le territoire du Burkina Faso, avant et après l'embargo sur les armes de novembre 2004.

1. Transferts d'armes sous escorte depuis le Burkina Faso en 2002-2003

Selon des témoins oculaires fiables, des forces militaires burkinabè en uniforme auraient escorté des livraisons d'armes et de munitions jusqu’à leur remise à des membres des Forces nouvelles au cours de la période 2002-début 2003. La nature exacte de ces livraisons est floue, mais des enquêtes ultérieures suggèrent qu'elles contenaient probablement diverses armes et munitions, y compris des fusils d'assaut et des munitions de petit calibre (de calibre 7,62 x 39 mm à 12,7 x 108 mm).

2. Transferts d'armes depuis le Burkina Faso pendant et après 2003

Le Groupe d'experts sur la Côte d'Ivoire des Nations unies de 2011 a fait état de plusieurs traces d'un soutien à long terme aux Forces nouvelles émanant du territoire du Burkina Faso. Ces traces comprennent des informations relatives à la fourniture de fusils d'assaut de type Kalachnikov, la présence de munitions de petit calibre ayant été entre les mains de forces de sécurité au Burkina Faso puis en Côte d'Ivoire, ainsi que des livraisons d'autres équipements militaires, tels que des véhicules, des uniformes et du matériel de communication radio.

Malgré ces preuves, il est difficile d'établir précisément quelles armes et quelles munitions le Burkina Faso a fournies, notamment dans la mesure où des types d'armes divers, souvent anciens, semblent avoir été mêlés au cours des transferts. Le retrait des numéros de série et de lot a encore plus compliqué la tâche. Conclusion : une arme utilisée par les Forces nouvelles ne peut pas être associée à un transfert particulier, ce qui ne permet pas de répondre facilement à la question de la «responsabilité» des transferts.

Cela étant, l'analyse du conflit post-2004 par le Groupe d'experts sur la Côte d'Ivoire des Nations unies révèle des quantités de munitions roumaines de calibre 7,62 x 39 mm fabriquées en 2005 en circulation dans le pays, suite au détournement illicite de ces munitions depuis le Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire. (...) Si aucun des transferts d'armes et de munitions vers la Côte d'Ivoire mentionnés ci-dessus n'ont violé l'embargo sur les armes imposé par les Nations unies en novembre 2004, ils ont néanmoins eu lieu à une période où le pays connaissait un cessez-le-feu fragile ou dans des circonstances où il apparaissait clairement que le cessez-le-feu avait été violé et que les combats avaient repris dans le pays. C'est pourquoi il existe des preuves solides suggérant que :

1. les États fournisseurs connaissaient parfaitement ou auraient dû connaître la situation de sécurité précaire et de violations graves des droits humains en Côte d'Ivoire au moment du transfert ;

2. les transferts étaient, par conséquent, irresponsables du point de vue d'une escalade potentielle du conflit armé et d'une aggravation de la sécurité régionale et, enfin, des droits humains, notamment à la lumière des décisions prises par le Conseil de sécurité après février 2004 ;

3. les forces de sécurité ivoiriennes ont utilisé les armes fournies par des États étrangers en vue de prendre pour cible des civils, ainsi que des équipes de maintien de la paix des Nations unies et des membres des forces armées françaises, en 2004, puis à nouveau en 2011.

 

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