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Le coordonnateur réclame 14 250 000 FCFA

Le projet était noble. Et plein de sens. Il était porteur d’un grand message: «Lutte contre la corruption: et si la jeunesse était la solution ?». Il a donc bénéficié d’une grande attention. Ainsi, lorsque le dossier a été soumis au Programme de renforcement des capacités de la société civile (PROS), l’Union européenne n’a pas hésité à débourser des fonds. Elle a injecté, dans ce projet, 48 millions FCFA. Mais très vite, une folle bagarre va éclater entre le président du Collectif des associations et mouvements de jeunesse du Houet (CAMJH), Moussa Dembélé, et le coordonnateur du projet, Moussa Zongo. Ce dernier reproche au président du Collectif de s’être livré à un jeu «totalement flou». Et le voici qui égrène ses arguments: il a été recruté, dit-il, par le CAMJH pour coordonner le projet. Il devait être payé, selon les procédures du PROS, à 250 000 FCFA par mois. Mais le climat va vite se gâter entre les deux parties. Premier couac: «J’ai demandé au président du CAMJH le fond du dossier du projet relatif au budget et le projet entier pour mon suivi budgétaire et la définition de mes tâches (…) J’ai aussi demandé la matérialisation de nos deux contrats successifs. Mais il m’a purement et simplement opposé une fin de non-recevoir (…). C’est dans ce vide juridique que nous avons travaillé d’octobre à décembre 2011». Sans percevoir le moindre salaire ! Ainsi, dès le départ, la machine était grippée.

Pourquoi cette opacité ? Pour y voir clair, nous voici en direction de Bobo Dioulasso. Rendez-vous avec le président du CAMJH, Moussa Dembélé. Mais notre déplacement n’a servi pratiquement à rien. Si ce n’est entendre celui que l’on appelle ici «le prési» nous balancer, sans cesse, des propos laconiques. «Si vous étiez venu à moi comme ami ou parent, je vous aurais expliqué certaines choses pour que vous puissiez comprendre le problème. Mais comme vous venez en tant que journaliste, je suis désolé, mais je ne peux rien vous dire». Pas la peine d’insister. Il n’abordera pas le sujet. Nous avons beau lui expliquer notre rôle et le sens de notre démarche, il ne dira «rien de bon» concernant ce dossier brûlant. Si ce n’est cette phrase: «Tous les journalistes de Bobo sont mes amis. Certains sont venus me voir parce qu’ils voulaient faire des articles sur cette affaire. Quand je leur ai expliqué, ils ont compris et ils ont laissé tomber. Personne ici n’a fait d’écrit sur ça». Et il n’hésite pas à étaler «le bien» qu’il fait aux jeunes de Bobo: «Je suis un privilégié par rapport à beaucoup de jeunes ici. Et comme ils sont nombreux, je suis obligé de faire de petites coupures de billets pour essayer d’aider ceux que je peux». Stop ! Et cette bagarre qui vous oppose au coordonnateur du projet ? Quand on aborde cette question, le «prési» trouve la belle parade pour faire une transition vers un autre sujet qui n’a absolument rien à voir avec le premier.

Pourtant, l’affaire est grave. Le coordonnateur du projet, lui, n’hésite pas à en parler: «Le 10 janvier 2012, le président du CAMJH a libellé, en mon nom, trois chèques de 250 000 FCFA chacun, correspondant à mes trois mois de travail effectués, d’octobre à décembre 2011. Mais il me disait, en substance, qu’après avoir perçu mes trois mois de salaire, je vienne les lui donner afin qu’il en prélève une partie, exactement la moitié comme il le fait avec les autres employés, avant qu’on ne paraphe le projet de contrat. J’ai opposé un refus net devant une telle proposition indécente et insultante en lui disant qu’un salaire est un bien personnel et qui ne se partage pas à la manière de ce qui se passe dans la jungle». Et voilà ! Parole maintenant au «prési». Cette accusation est-elle fondée ? Il n’en fallait pas plus pour qu’il reprenne son refrain: «Si vous étiez venu à moi en tant qu’ami et frère…». Rien d’autre ! Voici la suite des événements: il a accusé le coordonnateur du projet de détournement de fonds. Et il a saisi la gendarmerie de Bobo. Mais l’affaire a pris une tournure pas très claire. Le coordonnateur a alors déposé une requête au Tribunal de grande instance de Bobo Dioulasso. Les trois chèques ont ainsi été remis au Procureur du Faso. Et une enquête a été ouverte. «Après enquête, le Procureur n’ayant pas trouvé que j’ai détourné les fonds, m’a restitué, contre décharge, le 27 février 2012, mes trois mois de salaire de 750 000 FCFA», confie le coordonnateur du projet. Mais, entre-temps, ce dernier a été éjecté de son poste et remplacé par un autre coordonnateur. Moussa Zongo n’a pas pour autant baissé les bras. Il a saisi l’Inspection du travail pour «licenciement abusif et violation des règles du contrat de travail». Il n’y a pas eu, dit-il, de préavis. Et en plus, «mon ex-employeur a procédé à cette rupture brutale après une infructueuse tentative de faire main basse sur mes trois mois de salaire». Et comme il fallait s’y attendre, le climat étant très tendu entre les deux parties, il n’y a pas eu non de consensus à l’Inspection du travail. Moussa Zongo a donc saisi la Justice. Et il demande que «la partie adverse soit condamnée à lui payer des dommages et intérêts, toutes causes confondues, de 14 250 000 FCFA pour licenciement abusif et violation de la loi». Affaire à suivre.

Hervé D’AFRICK

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