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Attention, danger !

AvortementAu Burkina Faso, entre le législateur et les avorteurs clandestins, c’est la stratégie du chien qui aboie devant une caravane qui poursuit son chemin, tranquillement, sans même changer d’allure. L’avortement clandestin est interdit formellement sur le sol du Faso; il est même sévèrement puni par la loi. C’est écrit, noir sur blanc, à travers les articles 383 à 390 du Code pénal, que les avorteurs et leurs complices s’exposent à des peines pécuniaires et privatives de liberté. Mais la loi peut aller voir ailleurs, l’avortement a libre cours sous nos cieux, et les cliniques clandestines de Ouagadougou en ont fait leurs choux gras. Voici comment tuer les fœtus… nourrit son homme.

Ouagadougou, quartier Cissin, ex-secteur 17. Nous sommes dans une zone d’habitation quelque peu excentrée, au regard de son éloignement des routes bitumées. A quelques encablures d’un cimetière, se situe le «cabinet privé de soins infirmiers  …», le reste de l’écriteau sur la petite pancarte est illisible, délavé par le temps. Là-bas, officie B. Traoré, infirmier à la retraite, âgé de la soixantaine. Tout le quartier sait que ce cabinet est spécialisé dans la pratique de l’avortement. Courrier confidentiel est allé à la rencontre du patron des lieux, mais l’entretien n’aura duré que deux à trois minutes. Pas plus. En voici la quintessence:

«- CC: Il semble qu’ici, votre activité principale, c’est la pratique de l’avortement. Nous sommes venus pour savoir si c’est exact et éventuellement savoir qui sont vos…

- B. Traoré : Et alors ? Et alors ? Pourquoi c’est chez moi que vous venez ? Allez-y chercher à voir ce qui se passe à l’hôpital Yalgado ! Vous connaissez le nombre d’avortements qui se fait là-bas chaque jour ?...

- CC : Ah bon ? A l’hôpital Yalgado ?

- B. Traoré : Mais attendez-là ! Vous, vous êtes journaliste, oui ou non ? Allez faire votre enquête là-bas !

- CC : Mais il se dit que c’est votre spécialité ici, l’avortement…

- B. Traoré : Et qui vous a dit ça ? Ici, c’est la médecine générale. Renseignez-vous bien dans le quartier, on vous dira peut-être combien de gens j’ai sauvé ici. Ecoutez, il y a beaucoup de patients qui attendent de se faire examiner. Vous pourriez donc revenir quand je serai moins occupé…».

Et c’est tout ! Notre enquête s’est arrêtée là. Nous n’avons plus jugé nécessaire d’aller voir ce qui se passe ailleurs, dans d’autres cabinets privés de soins infirmiers -il y a plus de cent à Ouagadougou-. Inutile de défoncer une porte largement ouverte. C’est donc un constat que les avorteurs ne se cachent plus à Ouaga. Plus personne ne les inquiète. La pratique a libre cours. Elle a atteint aujourd’hui une ampleur silencieuse mais monumentale. Déjà, en 2004, l'Unité pour l'enseignement et la recherche en démographie (UERD) avait tiré la sonnette d’alarme qui n’a visiblement pas fait d’effet dans l’oreille du décideur. L’étude rendue publique par l’UERD avait indiqué que 8 000 avortements clandestins étaient effectués chaque année, dans la seule ville de Ouagadougou, sur des adolescentes dont l’âge varie entre 15 et 19 ans. Et le personnel médical est pointé du doigt: il est responsable, selon l’étude, de 62% de ces cas d’avortements clandestins. Les 38 autres pour cent sont le fait des candidates à l’avortement elles-mêmes (25%) et les guérisseurs traditionnels (13%). La dangerosité de cette pratique interdite au Burkina avait également été mise en exergue par l’enquête. Cette dernière a en effet démontré que 28 femmes mourraient chaque année à Ouagadougou des suites d’avortement et que les plus exposées étaient celles qui pratiquaient l’opération elles-mêmes.

Entre 25 000 et 30 000 F CFA

Des études et enquêtes antérieures menées dans la ville de Ouagadougou ont indiqué que les avortements tels que pratiqués dans les cliniques clandestines, coûtent entre 25 000 et 30 000 F CFA. Et dans la plupart des cas, les praticiens de l’avortement acceptent d’intervenir sur les grossesses allant de quelques jours à 4 mois. La méthode consiste généralement à élargir le vagin et à faire directement un curetage de l’appareil génital sur place pour décoller le fœtus de la paroi et l’enlever. Et si la patiente supporte moins la douleur, l’autre technique consiste à introduire une sonde dans l’utérus pour percer l’enveloppe de l’embryon et faire couler le liquide amniotique. Il s’agit, en clair, de créer une fausse couche pour ensuite faire un curetage et enlever les morceaux de l’enveloppe qui seraient restés à l’intérieur du vagin.

Clandestin, donc danger de mort !

Les raisons sociales qui font le lit de la propagande d’une pratique comme l’avortement clandestin au Burkina sont connues. Il s’agit essentiellement de l’honneur de la famille qui pourrait être affecté par une grossesse non désirée. C’est ce qui explique que des parents, quelques fois, encouragent eux-mêmes, clandestinement, la pratique de l’avortement sur leurs jeunes filles pour, dit-on, éviter la honte. Mais au-delà de l’interdiction, le risque est grand. Très grand. Surtout lorsqu’il s’agit d’opérations pas médicalement assistées. Selon l’enquête de l’Unité pour l’enseignement et la recherche en démographie, 28 femmes mourraient à Ouagadougou chaque année des suites d’avortement. Et les plus exposées au risque de décès sont celles qui pratiquent l’opération elles-mêmes par des méthodes traditionnelles à haut risque.

Par Paul-Miki ROAMBA

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Le goût amer de la pilule…

La propagande faite autour de la panoplie de méthodes contraceptives ces dernières années n’a pas permis de fléchir la courbe des avortements. La pilule est l’une des méthodes les plus utilisées au Burkina pour les besoins de planifications familiales et pour éviter les grossesses non désirées. Mais selon des études récentes, la prise journalière de pilules souffre de nombreux oublis. Conséquence, des grossesses non désirées surviennent, des cas d’avortement aussi. Il en est de même pour la pilule du lendemain qui ne garantit pas toujours une sécurité contraceptive.

PMR

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L’«avortement thérapeutique» autorisée au Burkina

Le Code de santé publique du Burkina Faso, adopté en 1994, autorise l’ «avortement thérapeutique». Il s’agit là de l’avortement provoqué dans le but de sauver la vie d’une mère menacée par des complications de grossesse. La nécessité d’un avortement thérapeutique est constatée par le médecin traitant et confirmée par deux autres médecins qui dressent un procès-verbal circonstancier. Le Code pénal stipule, lui, que l’interruption volontaire de grossesse peut être pratiquée si «deux médecins dont l’un exerçant dans une structure sanitaire publique attestent, après examen, que le maintien de la grossesse met en péril la santé de la femme ou qu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic” (article 387). Le Code pénal précise aussi qu’en cas de viol ou d’inceste établie, la matérialité de la détresse est établie par le ministère public et la femme enceinte peut demander à un médecin dans les dix premières semaines, l’interruption de sa grossesse (article 387).

PMR

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Vers une légalisation de l’avortement au Burkina ?

L’interdiction de la pratique de l’avortement reste de mise au Burkina. Jusqu’à nouvel ordre. Mais il y a eu une grande évolution. Dans l’ancien Code pénal, l’avortement était un crime. Alors que dans le nouveau, il devient un délit; une infraction intermédiaire entre la contravention qui ne peut être punie que de peine d’amende, et le crime qui est passible de peine de prison de 5 ans au moins. Des chercheurs et autres spécialistes du domaine de la démographie se demandent alors quel sens donner à l’évolution de la qualification de l’avortement qui ne constitue plus un crime, mais un simple délit. Peut-être le début d’une légalisation de l’avortement pour se conformer aux dispositions du Code des personnes et de la famille... Selon ce Code, la personnalité juridique ne commence qu’avec la naissance accomplie de l’enfant vivant et finit, bien évidemment, par la mort. Le Code des personnes et de la famille ne s’occupe donc pas des fœtus.

PMR

 

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