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Le gouvernement attend le prochain drame…

Accident 2Au petit matin du 15 novembre 2008 (on ne saurait l’oublier de si tôt), le Burkina entier était consterné par un grave accident de car, survenu sur l’axe Boromo-Bobo Dioulasso. Un drame national (72 mors, 50 blessés graves) qui avait requis l’engagement des ministères des Transports et de la Sécurité à ne plus badiner avec la sécurité des voyageurs. Moins de 5 ans après, le moins que l’on puisse constater, c’est que la sécurisation des voyageurs est laissée à la discrétion des sociétés de transport, plutôt préoccupées à s’en mettre plein les poches. Le gouvernement badine toujours, comme s’il attendait le prochain drame de la circulation routière avant d’agir...

L’accident dit de Boromo était d’une gravité telle qu’il avait fait les choux gras des médias internationaux. Sur-le-champ, l’on avait compté, au lever du jour du samedi 15 novembre 2008, 66 morts et plus d’une cinquantaine de blessés graves. Mais après les rapports des sapeurs-pompiers et le bilan mortuaire de source hospitalière parvenu de Bobo Dioulasso, les chiffres ont été revus à la hausse : 72 morts dont une vingtaine de corps complètement calcinés et 50 blessés graves. Au total 122 victimes.

Cinq jours après le drame, dans l’après-midi du 20 novembre 2008, trois ministres ayant chacun un pied dans le domaine de la sécurité des voyageurs avaient été instruits, dare-dare, par le Premier ministre d’alors, Tertius Zongo, pour échanger avec les responsables des syndicats de transporteurs. Ces derniers avaient fait le plein de la salle de conférences du ministère des Transports, pour tendre l’oreille aux injonctions du gouvernement dictées, ce jour-là, par les ministres Gilbert Noël Ouédraogo, en charge des Transports, Emile Ouédraogo, alors chargé de la Sécurité et Jérôme Bougouma qui, à cette date, était ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Il s’était essentiellement agi, à l’occasion de cette rencontre dite de vérité, de tenir les transporteurs informés de ce que le gouvernement, tirant leçon du drame de Boromo, prendrait désormais «des mesures très strictes en vue d’une application effective et sans complaisance de la réglementation en matière de transport routier et de sécurité routière, avec à la clef, la rigueur dans le contrôle et la répression de la surcharge, du transport mixte et des infractions les plus courantes du code de la route».

Accident 4Et le ministre Emile Ouédraogo, alors chargé de la Sécurité, de renchérir : «Des contrôles permanents seront effectués, tant qu’il y aura des comportements répréhensibles de la part des chauffeurs». Pour sa part, le ministre Jérôme Bougouma s’était engagé à faire aboutir le projet d’élaboration et d’adoption d’une convention collective des travailleurs du secteur des transports, dont l’intérêt, aux yeux du ministère, était de permettre «la réglementation des cadences, la fatigabilité au volant, les temps de repos, etc., dans l’optique de valoriser le capital humain ».

On se rappelle aussi que la question de l’identification des voyageurs était au centre des échanges au lendemain de ce fameux accident de Boromo. Car, face aux nombreux corps humains calcinés, en même temps que les documents d’identification, pour ceux qui en avaient, personne n’a été capable, dans l’immédiat, de dresser une liste nominative des personnes décédées dans l’accident. C’est pour cela que le ministre des Transports avait, en son temps, annoncé, au titre des nouvelles mesures, la réinstauration de la feuille de route (au sens propre du terme). C’est un document qui dresse la liste nominative de toutes les personnes qui prennent place à bord d’un car, pour rallier une ville à l’autre, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’international. Une copie de ce document, a indiqué le ministre, devrait être remise entre les mains du conducteur ou du convoyeur tenu de le garder sur lui jusqu’à destination. Un peu comme chez les compagnies de transport aérien.

Vous avez dit feuille de route ? Connais pas !

Accident 6Mais c’était mal connaître les transporteurs qui ont su tirer profit du laxisme des autorités en matière de sécurité routière. Conséquence, le constat aujourd’hui sur les axes routiers du Burkina Faso est aux antipodes de toutes ces mesures que le gouvernement avait promis de faire appliquer, «sans complaisance et avec la plus grande rigueur», question de prévenir toute catastrophe de la route. Près de cinq ans après l’accident de Boromo, l’écrasante majorité des gestionnaires de sociétés de transport en commun ne semblent pas savoir ce que c’est que la feuille de route ! Les compagnies qui prennent la peine de dresser une liste de passagers le font généralement sur une feuille volante, quelque fois froissée, juste pour permettre de faire l’appel des passagers selon l’ordre d’arrivée. Les billets de voyage, quand ils existent, sont généralement vendus comme des tickets de ciné, sans la moindre mention du nom du voyageur. Au guichet, l’on est beaucoup plus préoccupé de connaître la destination du client afin de lui communiquer le montant à payer. On s’en fout de savoir s’il s’agit d’un ange ou d’un démon. Ce qui compte le plus, c’est sa capacité à payer le montant demandé. Même les compagnies de transport les mieux organisées tombent de plus en plus dans ce travers. Personne ne se plaint, même pas le gouvernement. On attend peut-être le prochain drame !

Accident 7Messieurs les ministres des Transports et de la Sécurité ! L’administration est une continuité. En 2008, vos prédécesseurs avaient promis de s’intéresser à la «fatigabilité» des conducteurs au volant par ce fameux projet de convention collective des travailleurs du secteur des transports. Aujourd’hui, ce volet est complètement géré par les employeurs des chauffeurs. Lors d’un récent voyage de nuit entre Bobo Dioulasso et Ouagadougou, à la traditionnelle escale de Boromo, nous avons entendu le conducteur demandant aux derniers passagers de presser le pas pour réembarquer après la pause d’un quart d’heure. La raison ? Le chauffeur voudrait vite arriver à Ouagadougou pour se reposer car, dit-il, il était à son troisième convoi le même jour, sur le même axe, soit trois fois 365 km ! Et c’est une pratique courante, nous apprend-on dans les compagnies de transport en commun. Là encore, personne ne se plaint, même pas le gouvernement. On attend peut-être le prochain drame ! Même si le transport interurbain est aujourd’hui l’affaire des seules sociétés privées, la sécurité des voyageurs est d’abord la responsabilité du gouvernement qui ne doit plus attendre la mort avant de chercher le médecin  !

Par Paul-Miki ROAMBA

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