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Le diplomate refuse de regagner Ouaga

Blaise ccccompLes faits qui lui sont reprochés, s’ils sont avérés, sont graves. Et même très graves. «Incitation à la rébellion, financement de rébellion, tentative de coup d’Etat, tentative de libération de prisonniers, connexion avec l’extérieur dans le but de déstabiliser le pays…». Le diplomate, Abdoul Wabou Drabo, dit l’avoir appris de sources sûres. Autre fait troublant : il a été éjecté de son poste de troisième Secrétaire à la Mission permanente du Burkina Faso auprès des Nations unies. Et il a été sommé, le 28 mars, par fax du ministère des Affaires étrangères, de rejoindre Ouagadougou «au plus tard le 15 avril». Mais après réflexion, il a refusé de venir.

Le fax comportait une phrase lourde de sens. Une sorte d’épée de Damoclès sur la tête du diplomate. Le document a été expédié, fin mars, à l’ambassadeur du Burkina Faso à la Mission permanente, Der Kogda. Tout portait à croire qu’il y avait urgence. En tout cas, «l’accusé» devait regagner Ouaga dans les plus brefs délais. C’est écrit, noir sur blanc, dans le document: «Date limite mise en route intéressé est fixée au plus tard 15 avril 2013. En cas de difficultés, contacter Directeur administration et finances au (226) 50 33 20 15/(226) 60 21 91 75».

Ce «retour précipité» semblait avoir été bien préparé. En tout cas, des dispositions urgentes avaient déjà été prises pour que le diplomate regagne Ouaga. Les services du ministère des Affaires étrangères se sont mis en branle. Il fallait expédier, le plus tôt possible, un billet d’avion afin qu’il revienne. Vite, très vite ! En deux semaines ! Pas plus ! Mais pas seulement le diplomate. Selon le schéma tracé par les hauts responsables du ministère, tous les autres membres de sa famille devaient être dans le même vol. Un agent du ministère, chargé d’acheter les billets d’avion, a ainsi été envoyé sur l’avenue Kwamé N’Krumah, à Ouagadougou. Le voici dans les locaux de «Satguru Travel and Tours Services». Là, il achète quatre billets. Pour le diplomate, son épouse et leurs enfants. La suite ? C’est en deux étapes. L’avion, un Boeing 777-200, devait décoller de New York le 15 avril. Numéro du vol ? AF 9. Escale à Paris. Puis nouveau vol (AF 536) en direction de Ouagadougou. Le diplomate et sa famille devaient donc être à Ouaga le 16 avril.

Mais le plan a été déjoué. Abdoul Wabou Drabo a bien reçu les billets mais il a refusé de se rendre. Raison invoquée: il y a «trop de flou» autour de ce dossier brûlant de «tentative de coup d’Etat». Le diplomate affirme, mordicus, n’avoir pas trempé dans cette affaire. Mais au regard de la tournure des événements, il dit craindre pour sa vie et celle de sa famille. Il y a eu, dit-il, des choses pas claires. Aucune correspondance officielle ne lui a été adressée pour lui signifier qu’il était rappelé à Ouagadougou. Les raisons de ce «rappel précipité» ? Là aussi, aucune notification. Si ce n’est le fax adressé à l’ambassadeur pour exiger, dare-dare, sa «mise en route (…) au plus tard le 15 avril». Il a écrit à l’ambassadeur Der Kogda. Mais il n’a reçu aucune réponse. Pas le moindre égard de la part de l’ambassadeur. Abdoul Wabou Drabo était pourtant, jusque-là, l’un de ses collaborateurs immédiats.

Que faire ? N’en pouvant plus face à ce «mur de silence», le diplomate s’est résolu à écrire au Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères. Mais c’était peine perdue. Le SG n’a pas répondu (Voir les correspondances dans notre édition du 10 avril).

Les interrogations ont alors commencé à se bousculer dans la tête du diplomate. Et il a fini par se dire qu’il se tramait quelque chose. Surtout qu’auparavant, il avait réussi, dit-il, à obtenir, de sources sûres, des informations selon lesquelles il était accusé d’«incitation à la rébellion, de financement de rébellion, de tentative de coup d’Etat, de tentative de libération de prisonniers, de connexion avec l’extérieur dans le but de déstabiliser le pays…». Pouvait-il, dans ces conditions, accepter, sans broncher, sa «mise en route» pour Ouagadougou, «au plus tard le 15 avril» ? Voici sa réponse: «J’ai dit à l’ambassadeur que je souhaitais retourner seul au Burkina afin de savoir, officiellement, ce qui m’était reproché. Mais pas avec ma famille; nous sommes ici en pleine année scolaire. J’ai donc souhaité que mon épouse et les enfants restent, en attendant la fin de l’année scolaire. Les enfants vont à l’école. Je ne vais pas leur faire subir un choc qui risque de compromettre leur avenir. D’ailleurs, pourquoi mon épouse et nos enfants devraient-ils récolter les pots cassés ? Je ne peux, en aucun cas, abandonner ma famille. Je préfère rester avec elle». Et il ne s’arrête pas là: «Pourquoi s’acharne-t-on sur moi ? Il y a eu des cas où des diplomates ont été affectés ou rappelés; mais ils sont partis en attendant l’arrivée des membres de leur famille, soit du fait de l’année scolaire, soit pour d’autres raisons. Pourquoi cela ne s’applique-t-il pas à moi ? Surtout que j’en ai exprimé le souhait ardent ?».

Mais il n’y a pas que ça. «Je n’ai reçu aucune correspondance officielle concernant ce rappel. Ni de la part de l’ambassadeur, ni du Secrétaire général. Aucune réponse non plus à mes lettres». Les raisons de «sa mise en route» ? Là aussi, pas de correspondance officielle de la part du ministère des Affaires étrangères. Le diplomate avait pourtant voulu avoir le cœur net au regard de la tournure des événements. Mais le silence du ministère a accentué les insinuations. Et les interrogations.

Ainsi, comme s’il sentait venir un danger, Abdoul Wabou Drabo a refusé de «bouger». Lorsque le 15 avril, le Boeing 777-200 décollait de New York, quatre passagers étaient absents en «class Economy». Le diplomate, son épouse et leurs enfants n’étaient pas dans leurs sièges. La donne a donc changé. Selon des sources concordantes, la Mission permanente du Burkina auprès des Nations unies a immédiatement informé le ministère des Affaires étrangères. Le ministre Djibrill Bassolé et son staff étaient stupéfaits face à cette nouvelle donne. Ils attendaient de pieds fermes le diplomate à Ouaga. Et voilà que tout a basculé ! Mais ils n’ont pas pour autant baissé les bras. Ils affirment détenir des «informations» préjudiciables au désormais ex-troisième Secrétaire de la Mission permanente. Mais ils ne donnent aucune précision. Ils nous ont écrit. Et ils affirment, dans leur correspondance, que «des informations précises et concordantes sont parvenues au Cabinet du ministre d’Etat, faisant état de comportements incompatibles avec la mission de 3e Secrétaire assignée à ce fonctionnaire» (Voir mise au point du ministère, page 4). Mais que reproche-t-on exactement au diplomate ? Grande interrogation ! Ce dernier parle d’une affaire de “tentative de coup d’Etat”. Le ministre Bassolé, lui, affirme détenir des “informations précises et concordantes”. Lesquelles ? Mystère et boule de gomme. Signe que l’affaire est cruciale. Et qu’elle n’a pas encore livré tous ses secrets.

Mais en attendant, certains indicateurs montrent que le diplomate est en train d’être mis à la touche. Son “certificat de cessation de service” a été signé quelques heures avant le décollage de l’avion. Et cela s’est passé au moment où l’ambassadeur, Der Kogda, était à Ouagadougou. Le deuxième Conseillser, chargé d’affaires à la Mission permanente, Mamadou Coulibaly, a donc apposé sa signature au bas du document. Le contenu peut se résumer en une phrase: Abdoul Wabou Drabo, en service à la Mission permanente et rappelé à l’administration centrale par fax, “a effectivement cessé service le 15 avril 2013”. Et c’est tout? Non ! Le percepteur de l’ambassade du Burkina Faso à New York s’est aussi signalé. Il a tendu au diplomate un “certificat de cessation de paiement”. Ce dernier a pris les documents. Les billets d’avion aussi. Mais il a refusé de rejoindre Ouagadougou. “Je ne peux pas revenir au pays dans un contexte aussi trouble”, nous a-t-il confié.

Par Hervé D’AFRICK

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Qui veut la tête du diplomate ?

Il y a une sorte de brouille au ministère des Affaires étrangères. De plus en plus de voix s’élèvent pour dire qu’il s’agit d’un “règlement de comptes”. Et qu’on attendait que le diplomate soit à Ouagadougou pour révéler l’affaire et le “confondre”. Mais qui en veut autant à ce membre du personnel diplomatique et consulaire ? Selon des sources concordantes, un rapport, établi par les services de sécurité, a été envoyé à la Présidence du Faso. De même qu’au ministre de la Sécurité et à celui des Affaires étrangères et de la Coopération régionale. Est-ce cela que le staff du ministre Bassolé qualifie d’”informations précises et concordantes” ? Qu’est-ce qu’il y a exactement dans ce rapport ? Qui en est le commanditaire ? Est-ce parce que le diplomate a échangé avec un militaire qu’il connaissait, en fin décembre 2012, pendant une “ballade” avec des amis à Bobo Dioulasso ? “Je l’ai rencontré, dit-il, par hasard, dans un maquis de Bobo. Et comme ça faisait longtemps que nous nous étions vu, nous avons échangé sur la crise militaire de 2011, l’actualité au Burkina, en Afrique et dans d’autres pays du monde. J’étais revenu au Burkina juste pour les fêtes de fin d’année”. Mais, quelques jours après, la situation va prendre une autre tournure:”Lorsque je suis reparti à New York en début janvier, j’ai été surpris d’apprendre que j’étais recherché”. Mais qu’est devenu Jérôme Traoré, le militaire que le diplomate a rencontré ? A-t-il été arrêté ou est-il en liberté ? Ont-ils planifié, en quelques jours, une “tentative de coup d’Etat”? Affaire à suivre.

Hervé D’AFRICK

 

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