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“Que l’armée malienne arrête les exactions !”

AssaridEt voici Moussa Ag Assarid, l’un des hauts responsables du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à notre micro. C’est lui qui porte la casquette de président de la cellule Europe du MNLA. “Tous les conflits, dit-il, finissent toujours autour d’une table de discussion”. Et il se dit prêt à discuter, à la même table que les représentants du gouvernement malien, «partout où la communauté internationale aura créé les conditions d’un dialogue franc et constructif». Mais peut-on vraiment dialoguer alors que le MNLA est toujours armé ? A cette question, sa réponse est catégorique: ”Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un «désarme-toi d’abord avant que je discute avec toi. Non !». Et il ne s’arrête pas là. Dans cette interview, le «monsieur Europe» du MNLA aborde des questions brûlantes de l’heure. Quelles relations ce Mouvement entretient-il avec l’armée française ? Que pense-t-il des crimes commis dans la partie nord du Mali ? Quel schéma propose-t-il pour une sortie de crise ? A ces questions et à bien d’autres, Moussa Ag Assarid apporte des éléments de réponse. Et il ne manque pas de donner un coup de griffe à l’armée malienne.

Courrier confidentiel : Le Président malien, Dioncounda Traoré, a évoqué récemment la possibilité d’un dialogue avec le MNLA, mais pas avec le MUJAO, ni avec Ansar Eddine. Comment appréciez-vous cela ?

Moussa Ag Assarid : Depuis le début de notre existence, nous avons toujours été disponibles à dialoguer avec les autorités maliennes. C’est par là que nous pourrons trouver une solution politique, durable et définitive. C’est par faute de négociation que nous en sommes arrivés malheureusement aux armes.

De façon précise, quelles sont, à l’heure actuelle, les revendications du MNLA ?

Nous revendiquons un statut juridique pour l’Azawad. Et c’est autour d’une table de discussion que nous pouvons trouver une solution avec les autorités maliennes. Cela doit se faire aussi en fonction des réalités du terrain.

Certains affirment pourtant que c’est parce que le MNLA s’est rebellé par les armes que des groupes islamistes et terroristes en ont profité pour s’installer dans la partie nord du Mali. Et qu’il faut, par conséquent, éviter de dialoguer avec votre Mouvement. Que leur répondez-vous ?

Ce sont des histoires ! AQMI est présente, depuis une dizaine d’années, sur le territoire de l’Azawad. Le MNLA n’existait pas à l’époque. Certes, lorsque l’armée malienne a pris la fuite face à la force de frappe du MNLA, certains groupes terroristes en ont profité pour s’installer dans la partie nord du Mali. Mais après, nous les avons combattus. Depuis le mois de juin, nous combattons le MUJAO à Gao, Ansongo et Menaka. Ce n’est pas nous qui les avons invités. Nous n’avons rien à gagner à inviter des groupes terroristes dans notre territoire. C’est une aberration. Nous ne sommes pas des terroristes et nous ne nous sommes jamais alliés à des groupes terroristes. Mais c’est de bonne guerre que des gens qui veulent nuire à notre crédibilité fassent de telles affirmations. Puisque le Mali a porté le dossier auprès de la Cour pénale internationale, il faut laisser la Justice faire son travail. Il faut apporter des preuves et les mettre à la disposition de la Justice. La CPI avait dit, en janvier dernier, qu’elle avait des preuves d’exactions commises par tous les groupes ainsi que l’armée malienne, mais pas de preuves d’exactions commises par le MNLA. C’est une réalité que nous pouvons vérifier.

En clair, vous ne vous reprochez rien ?

Nous assumons notre part de responsabilité mais il faut aussi que les autres assument la leur. Les photos publiées récemment sur les exactions commises par l’armée malienne sont réelles. Il faut donc que chacun assume sa part de responsabilité. Certes, dans une guerre, il y a des dommages collatéraux. Mais je ne connais aucune personne qui ait été exécutée, de manière volontaire, par le MNLA. Je connais des prisonniers de guerre qui ont été capturés par le MNLA mais qui ont été traités convenablement, selon la convention de Genève. Je m’en suis personnellement occupé.

Le MNLA a arrêté récemment deux leaders du MUJAO et de Ansar Eddine. Comment cela s’est-il concrètement passé ?

C’est lors d’une patrouille que ces deux personnes ont été arrêtées et remises à la direction du MNLA et ensuite à des enquêteurs à Kidal. Les enquêtes menées ont permis de fournir des renseignements précieux aux Français présents à Kidal. Ces personnes ont été auditionnées et des rapports ont été produits.

De façon concrète, quelles relations entretenez-vous avec l’armée française ?

L’armée française nous a trouvés en train de combattre le terrorisme. Et si c’est cela aussi son objectif, nous ne voyons pas d’un mauvais œil que nous puissions entretenir, comme dit le ministre français de la Défense, des «relations fonctionnelles» de terrain avec elle. Nous avons également des «relations fonctionnelles» avec l’armée tchadienne dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Mais il y a, à l’heure actuelle, une réelle mésentente entre le MNLA et l’armée malienne. Que s’est-il passé pour que l’armée française arrive seule à Kidal, la zone que vous occupez, alors que jusque-là, les troupes française et malienne reprenaient, chaque fois, ensemble, les villes occupées ?

Posez la question aux deux armées. Je parle au nom du MNLA, pas au nom de l’armée française, ni au nom de l’armée malienne. Je peux simplement vous dire que nous étions déjà sur notre territoire. Et il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un conflit politique entre le MNLA et les autorités de Bamako. On ne peut pas faire fi de ce conflit et laisser l’armée malienne venir sur le territoire que nous occupons, sous le prétexte qu’il y a des groupes terroristes qu’il faut extirper du Nord-Mali. On ne peut pas faire fi de cela parce que le conflit a entraîné des pertes en vies humaines. Il faut discuter des différents points de discorde afin de trouver des solutions qui peuvent aboutir au déploiement ou pas de l’armée malienne sur le territoire que nous occupons.

Quel schéma proposez-vous pour une sortie de crise au Mali ?

La sortie de crise se fera, dans tous les cas, autour d’une table de négociations. Et non par une intervention militaire comme cela se fait actuellement par des armées étrangères. Le 4 décembre dernier, à Ouagadougou, nous avons convenu de nous retrouver autour d’une table de discussions afin que chacun puisse avancer ses revendications et ses arguments en fonction de la réalité de terrain et des aspirations des uns et des autres.

Pensez-vous que le Président Compaoré soit, dans le contexte actuel, la personne appropriée pour coordonner les négociations ?

Posez la question à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Les chefs d’Etat ont nommé les Présidents Compaoré du Burkina et Goodluck du Nigeria, co-médiateurs de la CEDEAO dans le conflit qui se déroule chez nous. Je n’ai aucun commentaire à propos de cela.

Si le Président Compaoré vous appelle à la table de négociation à Ouagadougou, seriez-vous prêts à aller à ce rendez-vous ?

Nous sommes prêts à aller partout où la communauté internationale aura créé des conditions d’un dialogue franc et constructif qui ramènerait la paix chez nous, au bénéfice de la population dans toute sa diversité.

La population du Nord-Mali vit dans des conditions particulièrement difficiles. Quelle est la situation dans la zone que vous contrôlez ?

Ag-AssaridDans la zone où existe le MNLA, il n’y a pas eu de saccages, de pillages, ni d’exécutions sommaires. Cependant, la situation alimentaire et humanitaire est toujours dramatique. Mais le fait que les populations vivent dans des conditions difficiles n’est pas imputable aux membres du MNLA. Cette situation a été créée par des groupes de narcotrafiquants qui existaient dans cette zone. Le MNLA a apporté une sécurité que les populations n’avaient pas avant. Actuellement, nous nous occupons des aspects sécuritaires et humanitaires. C’est-à-dire nourrir la population tout en protégeant leurs vies, mais aussi leurs biens.

Des dissidents du Groupe Ansar Eddine ont créé le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). Et ils se disent prêts pour le dialogue. Accepteriez-vous de vous asseoir à la même table de négociation ?

Je n’ai aucun commentaire à faire à ce sujet. Le MIA a été créé récemment. Nous ne savons pas ce qu’il fait exactement. Je ne connais pas assez les membres de ce mouvement. Je n’ai donc pas de commentaire à faire.

La plupart des membres du MIA étaient présents aux discussions sur la situation au Mali, le 4 décembre 2012, à Ouagadougou. Vous y étiez également. Et vous vous êtes rencontrés à cette occasion…

Nous avons rencontré, seuls, la délégation du Mali. Pendant la plénière, nous avons vu, de loin, les responsables de Ansar Eddine dont certains viennent de créer le MIA. Nous n’avons eu aucun échange avec eux.

Qu’aviez-vous concrètement arrêté lors de votre première rencontre à Ouagadougou avec la délégation du gouvernement malien ?

Nous avons convenu d’aller aux négociations. Que le MNLA reconnaisse l’intégrité territoriale du Mali et qu’il y ait une cessation des hostilités. Effectivement, nous avons cessé les hostilités et sommes prêts à aller à la table de négociations.

Certains estiment que les négociations politiques ne suffisent pas pour une réconciliation au Mali. Et qu’il faut obligatoirement un jugement des auteurs de crimes, d’exactions et autres violations de droits humains. Le MNLA est-il prêt à se plier à cet exercice ?

Si des personnes ont commis des actes criminels et qu’il y a des preuves qui l’attestent, il faut les arrêter afin qu’elles répondent de leurs actes. En attendant, il faut que l’armée malienne arrête de commettre des exactions sur les populations civiles. De même, si quelqu’un voit un membre ou une unité du MNLA commettre des crimes, il faut apporter des preuves et les dénoncer. Chacun doit répondre de ses actes. Le reste se passera autour d’une table de négociation.

Dans ce contexte difficile, avez-vous un message particulier à l’endroit du peuple malien ?

Je voudrais leur dire que la vérité n’est pas toujours ce qu’on entend, souvent véhiculé par la rumeur. La vérité, c’est que le MNLA n’a pas fait venir AQMI dans l’Etat de l’Azawad. AQMI était déjà là. Le MNLA a fait le maximum pour que les populations du Nord soient dans leurs droits ; nous avons fait d’énormes efforts pour les protéger. Nous n’avons rien contre un citoyen malien. Mais nous en voulons à un système et nous ne sommes pas les seuls. Même du côté de Bamako, beaucoup de gens sont contre le système ATT (le Président déchu Amadou Toumani Touré, NDLR) et les différents systèmes qui se sont succédé au Mali. Nous voulons un changement. Nous voulons que la corruption cesse, que la Justice fasse son travail, qu’il n’y ait plus d’impunité, qu’il y ait une conscience citoyenne afin que chacun apporte sa contribution à l’édification du pays.

Nous ne sommes pas une rébellion touarègue. Nous sommes un mouvement populaire, révolutionnaire, qui a des revendications légitimes, qui veut un changement au profit du peuple de l’Azawad mais aussi du peuple du Mali. Les populations de l’Azawad, quelles que soient leur couleur, leur religion, ont le droit de vivre, de manger, de boire, d’envoyer leurs enfants à l’école, d’aller et de venir comme bon leur semble dans le respect de la légalité et dans le respect des uns et des autres.

Pensez-vous que le dialogue soit possible alors que le MNLA est toujours armé ?

C’est un faux problème. Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un «désarme-toi d’abord avant que je discute avec toi». Quand il y a un conflit, il faut trouver une solution. Au sein du MNLA, il y a une branche politique et une branche militaire. Le rôle de la branche politique, c’est de discuter, de construire, de prendre des engagements et des décisions qui seront appliqués par la branche armée. Dans les années 90, les accords ont été signés alors que les gens étaient armés. Et c’est lorsque les politiques ont trouvé la solution autour d’une table de négociations que les différents groupes ont décidé de déposer les armes. Les préoccupations avaient été prises en compte. Ce n’est pas parce qu’il y a des armées étrangères qui viennent lutter contre le terrorisme qu’il faut occulter les questions politiques. Pourquoi le MNLA a-t-il pris les armes ? Il faut se poser cette question si on veut véritablement cerner le problème.

Je voudrais dire aussi à ceux qui nous accusent de ne pas être représentatifs des Touaregs ou des gens du Nord ou des gens de l’Azawad, qu’une révolution n’a jamais demandé l’avis de tout le monde avant de se lancer. D’ailleurs, nous n’avons jamais dit que nous représentions l’ensemble des Touaregs où qu’ils soient. Demandez à chaque président si, dans son pays, il a été élu par tous les citoyens. Ceux qui ont été élus ne l’ont jamais été à 100%. Surtout au Mali. La question de la représentativité ne devrait donc pas être un problème. Il faut plutôt analyser les revendications: les habitants de l’Azawad ont-ils été soutenus et protégés contre AQMI, contre l’insécurité ? A-t-on pu construire des écoles, des puits et des routes pour eux ? Les jeunes ont-ils du travail ? Les projets de développement sont-ils vraiment réalisés ? Ce sont toutes ces questions qu’il faut se poser. Il faut dire la vérité en face et accepter aussi d’écouter la vérité des autres. C’est en ce moment-là que nous trouverons des solutions qui permettront à tout le monde de vivre. Il faut impérativement trouver une solution politique.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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