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Le Conseil des ministres a-t-il menti ?

Blaise CompaoreeeeeeeeeeeeeeeeeeePetite devinette: combien de militaires le Burkina Faso a-t-il envoyé au Mali  dans le cadre de la MISMA ? 500 comme écrit, noir sur blanc, dans le rapport du Conseil des ministres du 22 janvier ? Non ! Ce n’est pas le bon chiffre. En fouinant dans les tiroirs de la Commission des affaires étrangères et de la Défense (CAED) de l’Assemblée nationale, nous avons découvert le vrai: il s’agit de 660 militaires.

Le gouvernement avait déjà un peu fait entorse à la loi. Il a envoyé les soldats au Mali sans que l’Assemblée nationale n’ait donné son autorisation (Voir CC N°26 du 25 janvier 2013). Et voilà qu’il entretient le flou autour du nombre exact de militaires burkinabè envoyés dans ce pays en crise. L’acte solennel du Conseil des ministres du 22 janvier parle de 500 militaires. Voici exactement ce que dit le rapport : «Le Conseil a examiné un projet de loi portant autorisation d’envoi d’un contingent burkinabè de 500 hommes au Mali dans le cadre du déploiement de la Force de la mission internationale de soutien au Mali (MISMA)”. Mais lorsque les représentants du gouvernement ont été auditionnés par la CAED, ils ont communiqué le chiffre de 660. Le projet de loi a ainsi été adopté. Le hic, c’est que le Conseil des ministres n’a fait, par la suite, aucune rectification dans le but de donner la bonne information aux citoyens burkinabè. Comme s’il voulait cacher quelque chose...

Les choses sont plutôt allées vite. Les militaires concernés sont tous sur le terrain, au Mali. Ils y resteront pendant douze mois. C’est écrit dans un “protocole d’entente” signé entre le Burkina Faso et le Conseil de paix et de sécurité des Nations unies, dont Courrier confidentiel a pu se procurer une copie. Le Burkina devra ainsi se charger de l’équipement des 660 militaires. L’ONU, elle, prendra en charge “les dépenses inhérentes au mouvement stratégique par voie aérienne et terrestre, à l’hébergement et aux émoluments du personnel”. Elle devra également prendre en charge les coûts du “mouvement du matériel militaire, de Ouagadougou à Markala, la zone de déploiement des militaires burkinabè”. Nos soldats ont pour mission de “contribuer à la reconquête du Nord-Mali et à la réduction de la menace terroriste”. Ils devront aussi “aider à la protection des pupulations civiles, de leurs biens et à la sécurisation de la partie du Mali frontalière avec le Burkina Faso”. Notre pays avait déjà envoyé 1000 soldats pour sécuriser la frontière avec le Mali.

Selon le “protocole d’entente”, le Burkina “prendra en charge ses propres dépenses” pendant les 90 premiers jours de mission, avant d’être remboursé. Mais quel est, de façon concrète, le coût financier de la participation du contingent burkinabè à la MISMA ? Et quelle est la part que supportera notre pays ? Lorsque les membres de la CAED ont posé ces questions au ministre de la Sécurité, une semaine après l’envoi du premier groupe de militaires au Mali, il n’a pas été en mesure d’apporter une réponse précise. Aucun chiffre ! Les autres représentants du gouvernement non plus. Comme si la mission n’avait pas été budgétisée. Et comme si le Burkina ne disposait, en la matière, d’aucune donnée chiffrée avant de déployer ses soldats sur le terrain de guerre. Certes, comme l’a dit le ministre Jérôme Bougouma à la Commission des affaires étrangères et de la Défense, les coûts financiers de la mission seront pris en charge par les Nations unies. Mais il est curieux que le gouvernement s’engage dans cette aventure sans disposer, au préalable, de chiffres précis. Et ce n’est pas tout: selon le protocole, ”il appartient à chaque pays contributeur de troupe de s’équipper, soit à partir de ses ressources nationales, soit avec l’aide de pays amis”. Et si jamais, dans le cadre de cette mission, le Burkina venait à louer du matériel, l’ONU devrait, selon le ministre de la Sécurité, rembourser les fonds engagés. Mais même là, il y a problème: les soldats ont été envoyés au Mali sans qu’on ait défini les modalités d’un tel remboursement. Ce sera fait “ultérieurement”, s’est contenté de dire le ministre Jérôme Bougouma aux membres de la CAED.

Autre question brûlante: les 660 militaires auront-ils leurs “gombos” à temps ? Cet aspect doit être géré, selon les représentants du gouvernement, avec tact et diligence. La question de la rémunération, souvent mal gérée, a créé, lors de précédentes missions, de grosses frustrations et même un sentiment de révolte au sein des militaires en mission. Et ça, les représentants du gouvernement, auditionnés par la CAED, le savent. Et ils envisagent même un paiement anticipé. Voici ce qu’ils ont dit pendant l’audition, contenu dans le rapport N°2013-001/AN/CAED du 31 janvier 2013: “Le gouvernement a tiré les leçons des manifestations qui ont eu lieu de par le passé et a pris des dispositions permettant le paiement anticipé compte tenu du fait que l’ONU rembourse avec des délais qui peuvent varier”. Ils précisent aussi que “la communication a été améliorée avec les militaires en mission dans le sens de mieux les informer sur certaines variables telles que le cours du dollar qui peut, disent-ils, affecter le montant de leurs émoluments”. Mais face à la CAED, le gouvernement n’a donné aucun détail chiffré sur leur prise en charge.

Les 660 militaires devraient être de retour au Burkina en janvier 2014. A moins qu’il n’y ait des imprévus.

Par Sandra JOLY

 

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