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Les manuels de l’échec !

livreC’est connu : le niveau de l’éducation scolaire est en chute libre au Burkina Faso. Les autorités en charge des enseignements l’ont même quelque fois avoué publiquement. Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer le fléchissement de la courbe de la qualité des enseignements dans les écoles primaires, collèges, lycées et universités publics et privés. Arrêt sur l’une d’elles, très peu invoquée et non moins influente: le contenu didactique des manuels scolaires homologués par le ministère des Enseignements secondaire et supérieur et mis à la disposition des jeunes lycéens.

Le ministère des Enseignements secondaire et supérieur a vu juste en élaborant des programmes scolaires dont le contenu est adapté à l’Afrique et, de façon spécifique, au Burkina Faso. Ce département, aujourd’hui piloté par le professeur Moussa Ouattara, apporte aussi un support documentaire officiel. Ce dernier est mis à la disposition des élèves et des enseignants. Il est censé appuyer les leçons, prises de notes et explications de l’enseignant. Et c’est là où il y a problème. Car ils sont de plus en plus nombreux, les enseignants qui se plaignent de l’inadéquation entre les programmes officiels d’enseignement au Burkina Faso et les manuels scolaires qui les accompagnent.

Intéressons-nous ici, à titre d’exemple, au programme en vigueur au Burkina Faso pour l’enseignement de l’histoire dans les classes de première. Concocté par l’inspection d’histoire-géographie et d’éducation civique, il est soumis à l’application des enseignants d’histoire des classes de première de tous les lycées du Burkina. Le contenu global du programme est subdivisé en six grands chapitres essentiellement tournés vers l’Afrique coloniale, les transformations du XIXe siècle en Europe, et la première guerre mondiale, avec une fenêtre ouverte sur la participation de l’Afrique et de la Haute-Volta à cette guerre de 1914-1918.

Dans les lycées, les profs d’histoire se doivent de se débrouiller pour administrer le contenu de ce programme aux jeunes apprenants de cette classe d’avant baccalauréat. Face aux élèves qui, par location annuelle auprès des bibliothèques internes des lycées et collèges, ont accès à ce livre intitulé «Histoire 1re L, ES, S», les enseignants se disent être dans une situation tout à fait gênante. Parce que tout porte à croire que le fameux livre écrit par un collectif de douze auteurs français sous la direction de Guillaume Bourel et Mirielle Chevallier, édité en France chez Hatier, est taillé sur mesure pour les élèves français des classes de première des séries L, ES et S ; des séries bien évidemment étranges au système éducatif burkinabè. Pourtant, en première de couverture, le document porte le sceau du ministère des Enseignements secondaire et supérieur du Burkina Faso, avec la mention «Vente interdite». Son contenu est complètement aux antipodes du programme d’histoire des classes de première en vigueur au Burkina Faso, édité par le même ministère. La preuve nous a été apportée par un enseignant d’histoire de la province du Passoré qui dit ne rien comprendre dans cette décision de son ministère de tutelle, de mettre à la disposition des élèves et des enseignants, un livre qui ne sert à rien, sinon qu’à contribuer à embrouiller les lycéens. Pire, ce gros document au contenu inutile est mis en location à des élèves qui n’ont que faire, par exemple, de l’histoire particulière de la France dans les deux guerres mondiales, ou des révolutions culturelles au pays de Charles De Gaule. Le livre s’intéresse en effet, essentiellement, à l’histoire de l’ancien colonisateur. Certains acteurs de l’enseignement secondaire disent espérer qu’il s’agit là d’un cadeau de la France au gouvernement burkinabè. Car, estiment-ils, «injecter l’argent du contribuable africain pour l’achat de ce livre serait scandaleux». Feuilleter un tel manuel donne l’impression aux connaisseurs du système éducatif burkinabè, qu’il est tombé entre les mains du ministère des Enseignements qui a vite fait de le cautionner, le parrainer, avant de l’enrober sous son estampille.

C’est un livre qui, contrairement à l’orientation donnée au programme officiel d’enseignement de l’histoire dans les classes de première, ne parle même pas de l’Afrique, encore moins de la Haute-Volta ou du Burkina Faso. Euh… si ! L’Afrique apparaît en noir à la page 59 de ce doc réédité seulement en avril 2012, sur une caricature illustrant la traite de l’Africain esclave, serviteur de l’homme blanc, à qui il apporte du «chocolat gaucher». Au-dessus de cette caricature véhiculée en 1910 sur une carte postale publicitaire, l’on peut lire sous le titre «L’Europe domine les peuples colonisés », la citation suivante : «Le Nègre est donc à peu près un homme comme les autres. Mais il faudra de longues années d’effort pour qu’il arrive à valoir les peuples blancs qui se sont emparés de sa patrie ». Voilà ! C’est précisément ce qui est dit de l’Afrique et des Africains dans ce document d’histoire, lourd de 367 pages et loué aux jeunes africains des classes de première, à 1000 F CFA, le temps d’une année scolaire.

Le problème est beaucoup plus profond que l’on peut l’imaginer. Et cet exemple du livre d’histoire des classes de première n’est pas isolé. Les lamentations des enseignants et autres encadreurs pédagogiques se portent également sur les livres de géographie, de Sciences de la vie et de terre (SVT), de grammaire, de philosophie, etc., des différentes classes du secondaire, de la sixième à la terminale. A la recherche de manuels adaptés aux programmes d’enseignement en vigueur, les élèves, ceux des classes d’examen surtout, se jettent à bras raccourcis et à défaut du mieux, sur les annales éditées par des auteurs nationaux et qui ne sont pas forcément homologués par le ministère des Enseignements. Là encore, il y a problème !

Par Paul-Miki ROAMBA

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