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Ici, on refait les visages !

dr hpAu centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, le service de la chirurgie maxillo-faciale et stomatologie, créé seulement en 2005, fait du bon boulot dans le raccommodage des visages défigurés par suite d’accidents divers. Mieux, ses compétences humaines et son plateau technique autorisent la chirurgie esthétique. Le professeur Dieudonné Ouédraogo, patron des lieux, est très habile dans le «cisaillement» des lèvres trop grosses, le «dégonflage» des poitrines trop fortes, la réparation des «becs de lièvre»…

Dans les couloirs du service de la stomatologie et de la chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital Yalgado, les patients en attente de consultation sont tous – ou presque –, porteurs de gros signes particuliers, bien visibles sur le visage. Ceux parmi eux qui ne se sont pas voilé la face, au sens propre du terme, laissent apparaître des déformations sur le faciès. Il s’agit, dans la plupart des cas, d’accidentés qui y arrivent dans l’espoir de faire disparaître, du mieux que peut la médecine moderne, les monstruosités et autres cicatrices occasionnées par des accidents de toutes natures. Et parce que Ouagadougou est une ville où sont légions les accidents d’engins à deux roues, les antichambres des salles de consultation et d’hospitalisation du service de la chirurgie maxillo-faciale et stomatologie ne désemplissent presque jamais.

Du coup, le professeur Dieudonné Ouédraogo est un homme très occupé. Qu’à cela ne tienne, entre consultations de malades, réunions administratives, et dispensations de cours à la faculté de médecine de l’université de Ouagadougou, il a bien voulu accorder une trentaine de minutes de son précieux temps, le 6 février dernier, en fin de matinée, pour parler de la chirurgie maxillo-faciale à Courrier confidentiel.

La technique, selon le professeur, s’attaque à toutes les affections de la face et du tissu osseux (les os de la face). A ce niveau, il y a d’abord la chirurgie plastique réparatrice (suite à un accident ou aux séquelles d’une maladie). Elle intervient pour réparer les anomalies congénitales (c’est le cas des becs de lièvre), ou acquises en cas de fractures des os de la face (mâchoire). La chirurgie réparatrice permet également de combler les pertes de substances après une tumeur médicalement ôtée. C’est là qu’intervient la technique de la greffe qui consiste à cisailler une partie du corps du malade pour combler le vide laissé par la tumeur. Le chirurgien réparateur s’en prend généralement à l’os au niveau du bassin, qui, selon le professeur Dieudonné Ouédraogo, a une forme voisine à celle de la mandibule (mâchoire). Ou alors, il descend plus bas, vers la jambe, pour élaguer le péroné et laisser le tibia se débrouiller tout seul pour supporter le patient. L’os ainsi ôté est modelé pour reconstituer la mandibule.

Il y a ensuite la chirurgie esthétique qui, elle, s’adresse uniquement aux imperfections de la nature. Elle consiste en des « interventions de surface » pour tenter de contenter des gens qui ne sont pas satisfaits de la forme de leur bouche, oreilles, nez, etc. Il s’agit là donc d’une intervention localisée sur une partie du corps humain. A ce niveau également, les clients se bousculent aux portillons du service de la chirurgie maxillo-faciale. Mais attention ! Vous avez dit chirurgie esthétique ? Le professeur Dieudonné Ouédraogo n’en fait pas une priorité. Ce n’est d’ailleurs pas une activité courante à l’hôpital Yalgado. « Je refuse de le faire volontairement. Parce qu’il y a des malades, des cas plus sérieux, plus urgents dont je dois d’abord m’occuper », s’est expliqué le professionnel de la chirurgie esthétique, une spécialité rare, très rare au Burkina.

Néanmoins, quelques fois, des nécessités d’opération en chirurgie esthétique ont constitué, aux yeux du professeur Dieudonné Ouédraogo, des cas d’extrême urgence pour sauver un foyer menacé, ou permettre à des gens de se faire accepter d’une âme sœur dans la perspective de convoler en justes noces…    

Gros seins, chirurgie esthétique et… divorce !

Le professeur Ouédraogo maîtrise parfaitement la technique qui consiste à arrondir les organes anormalement développés chez l’homme ou la femme. Il s’est spécialisé dans ce domaine en France. Ainsi, les femmes qui se gênent de leurs poitrines, parce que trop grosses, ont souvent recours au service du professeur. Il peut en réduire le volume. Mais, précise-t-il, cela nécessite une chirurgie lourde qui prend du temps. Il en est de même pour les nez trop gros ou trop longs ; les lèvres exagérément volumineuses, etc. qui peuvent être redimensionnés au service de la chirurgie maxillo-faciale du CHU Yalgado, afin de permettre à leurs «propriétaires» de devenir plus mignons, et ne plus être l’épicentre de tous les regards en public.

Des anecdotes, le professeur en a plein, sur les cas de chirurgies esthétiques pour lesquelles son intervention a permis, d’après lui, de régler pas mal de conflits sociaux et surtout conjugaux. La dernière en date se rapporte à cette dame qui a développé une dentition déployée, et dont la belle-mère ne voulait plus d’elle aux côtés de son fils. Ce dernier, explique le professeur, a pratiquement été sommé de se débarrasser de sa femme. «On a dû intervenir sur sa cavité bucco-dentaire pour la faire accepter par sa belle-mère et sauver son foyer», raconte le chirurgien.

Dieudonné Ouédraogo se souvient également de la mésaventure d’un jeune homme de Ouagadougou qui, se hâtant en circulation pour aller chercher sa belle-mère en gare, a été victime d’un accident de moto. Cela a occasionné une déformation de son visage, caractérisé par un creux sur le front. Du coup, il n’était plus le même homme aux yeux de sa fiancée qui l’a quitté. «Lorsque je l’ai rencontré, je lui ai simplement dit que la déformation qui le défigurait pouvait être complètement réparée. Il a accepté de venir à mes services. L’opération a réussi au point que sa fiancée a manifesté son désir de revenir… Mais c’était peine perdue ! Le jeune homme a repris goût à la vie et s’est exilé aux Etats-Unis d’où il me donne quelques fois de ses nouvelles au téléphone », explique le professeur chirurgien-esthétique de Yalgado.

La pratique de la chirurgie esthétique pose quand même un petit problème moral. Et cela, le professeur le reconnaît; lui qui se souvient que son maître de stage en France avait une fois «corrigé» la grosse poitrine d’une patiente et cela n’a pas du tout été du goût de son mari qui lui aurait fait savoir, ce jour-là, et pour la première fois, qu’il l’avait épousée pour ses gros seins. Le chef du service de la chirurgie maxillo-faciale de Yalgado a très bien retenu la leçon et exige de ses patients mariés, la présence de leur conjoint, ou, à défaut, une autorisation écrite, avant toute intervention pour corriger une quelconque malformation ou déformation.

Dieudonné Ouédraogo nous confie également avoir rendu service, discrètement, à des artistes qui, lors des tournages de clip-vidéo, se rendent compte qu’ils ont des lèvres pas très jolies à voir dans les gros plans de caméras. «Comme il s’agit de personnes bien connues du grand public, j’accepte de les recevoir les week-ends ou en heures creuses pour garantir une certaine confidentialité à leur démarche. J’ai reçu quelques cas ici, et les concernés sont répartis satisfaits pour poursuivre leur vie de star». On peut donc comprendre qu’en plus d’être praticien de la médecine moderne, le professeur Dieudonné Ouédraogo est, en lui-même, un artiste parfait. Cela d’autant plus qu’il aime à répéter cette citation d’un chirurgien américain qui dit qu’ «en chirurgie esthétique, il faut 25% de connaissance scientifique contre 75% de sens artistique».

Paul-Miki ROAMBA

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