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Attention, danger !

Ombre-humaineLes forces de défense et de sécurité sont en alerte 24h/24. Elles craignent que le Burkina, qui serait, selon des sources sécuritaires, dans la ligne rouge des terroristes qui ont fait fureur dans le Nord-Mali, ne soit l’objet d’attaque. Ainsi, lorsque les 10 et 11 février, les supporters des Etalons jubilaient parce que leur équipe était arrivée, pour la première fois de son histoire, en finale de la Coupe d’Afrique des nations, une importante vague de flics et de militaires a été déployée dans plusieurs villes du Burkina. Ils savent bien que le danger peut survenir à tout moment. Dans leur tête, fourmille une image forte: ce «colis suspect», intercepté le 3 février, à l’aéroport de Ouagadougou, et qui aurait pu exploser dans le vol ET 926 de la compagnie Ethiopian Airlines.

Le chef d’Etat-major particulier de la Présidence, le Général Gilbert Diendéré, a tenté de calmer le jeu après que le «colis suspect» a été saisi et explosé. Il a déclaré, face à un parterre de journalistes, qu’il n’y avait «aucune crainte parce qu’il y a une vigilance vraiment très accrue au niveau des services de police et de gendarmerie ainsi qu’au niveau des services de douane de l’aéroport». Il s’était empressé d’ajouter qu’ «un colis piégé ne pouvait pas passer inaperçu». Mais que contenait le fameux sac de voyage qui n’a pu passer inaperçu lors du contrôle des bagages au rayon X ? C’est ici que la réponse du Général commence à susciter des inquiétudes. Il affirme qu’il y avait du beurre de karité dans le sac. Et c’est tout ? Non. «Il y avait également d’autres produits que nous ne connaissons pas», ajoute-t-il, sans vraiment trop d’assurance. Mais quels sont ces «autres produits» que le Général himself ne connaît pas ?

Après moult recherches, nous avons pu savoir ce qu’il y avait dans le sac: trois bidons de couleur jaune contenant de la matière grasse. Du beurre de karité comme l’a dit le Général ? Possible. Mais il y a un détail important: la matière grasse dont il est question dégageait une forte odeur de lait. Et ce n’est pas tout. Lorsque le «colis suspect» passait au rayon X, la police spéciale de l’aéroport a détecté quelque chose de pas clair. Les bagages seraient passés si les agents du service de sécurité aéroportuaires, qui procédaient au contrôle, n’avaient pas remarqué, dans les bidons, des sortes de fils qui ressemblaient fortement à du cuivre. Comment des fils, quelle que soit leur nature, peuvent-ils se retrouver en quantité assez importante dans du beurre de karité ou du lait ? Dans le sac, il y avait également des biscuits. Et tout semblait avoir été bien noué.

Un acte terroriste était-il en préparation ? Question à multiples inconnues. Le suspect, Kimaro Mohamed Yehia Ahmed, né en 1962, de nationalité malienne, frigoriste de profession, a séjourné à Djibo, dans la région du Sahel, et s’apprêtait à prendre le vol ET 926 pour l’Arabie Saoudite. L’avion devait faire escale en Ethiopie. Et voilà que tout a mal tourné pour lui. Le jour de son arrestation, le Général Diendéré, qui était devenu la vedette des services de sécurité, avait affirmé qu’il était encore tôt de parler de terrorisme: «Nous sommes en train de l’interroger; nous ne savons pas s’il a un lien au Nord-Mali ou dans la sous-région, mais les enquêtes nous diront s’il y a un lien ou pas. Dans tous les cas, il était de notre devoir de prendre les mesures nécessaires pour éviter quoi que ce soit de plus grave», avait-il affirmé. Le Général sait sans doute de quoi il parle. Une semaine après, peut-on dire qu’un acte terroriste était effectivement en cours ? «L’intéressé refuse de coopérer», affirme une source sécuritaire, avant d’ajouter qu’il est toujours détenu par la police spéciale de l’aéroport.

Si vous constatez quelque chose de suspect, …

Cet incident a mis en branle les forces de défense et de sécurité. «Il y a des signaux rouges, des signes de menace», confie-t-on dans le milieu. En mi-janvier 2013, une femme en burka, qui roulait dans un véhicule tout terrain en direction de l’aéroport, a fait, selon des sources concordantes, des prises de vue, de la base aérienne 511 à l’ASECNA. C’était au moment où la France venait de commencer ses frappes aériennes au Nord-Mali. Mais qui était cette dame ? Mystère total. Les forces de sécurité, alertées un peu tard, n’ont pu l’arrêter.

Mais depuis lors, la vigilance a été accrue du côté des forces de défense et de sécurité. Et même bien avant. En fin septembre 2012, le ministre de la Sécurité, Jérôme Bougouma, avait invité les responsables d’ONG occidentales à faire preuve de «vigilance particulière». Depuis lors aussi, la Brigade anti-criminalité (BAC) est devenue encore plus active. Et même lorsqu’en fin janvier, la Commission des Affaires étrangères et de la Défense (CAED) de l’Assemblée nationale s’était inquiétée et a voulu savoir, lors d’une audition à huis clos, les dispositions prises par le gouvernement pour la sécurité du territoire, le ministre de la Sécurité avait déballé une batterie de mesures: un dispositif militaire à la frontière avec le Mali formé par le Groupement de forces anti-terroristes (GFAT), un dispositif aussi de protection et de surveillance des institutions nationales, des ambassades, des lieux publics très fréquentés par les expatriés, etc. Il a tenu à préciser que «le GFAT était actuellement dans la phase de montée en puissance» et que «le dispositif de surveillance s’étend à tout le territoire national». Et il ne s’était pas arrêté là. D’autres mesures ont également été prises. Elles consistent, dit-il, à «examiner et refuser, si besoin est, l’autorisation d’entrée au Burkina Faso aux personnes étrangères présumées extrémistes; renforcer le contrôle aux frontières; surveiller les camps de réfugiés et les mouvements des réfugiés; sécuriser les sites et ouvrages stratégiques, etc.».

Suffisant pour faire face à la menace ? Pas si sûr. Tous les indicateurs montrent que la situation est cruciale. Le 15 janvier dernier, le ministère français des Affaires étrangères avait, une fois de plus, sonné l’alerte. Invitant les ressortissants français à ne pas se rendre dans les régions du Nord et du Sahel, qui constituent des zones rouges au Burkina, selon certains pays occidentaux. Le Quay d’Orsay les avait aussi invités à observer une extrême vigilance, quelle que soit la partie du territoire où ils se trouvent. La plupart des pays occidentaux ont donné des consignes à leurs compatriotes. Les forces de sécurité, elles, ne cessent de demander la coopération des citoyens pour parer à d’éventuelles attaques. Alors, si vous constatez quelque chose de suspect, n’hésitez pas: appelez le 1010 ou le 80 00 11 45. Il y va de l’intérêt de tous !

Par Hervé D’AFRICK  

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