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«Tant qu’il y aura un terroriste dans notre pays, …»

KONEJusqu’à quand durera la guerre au Mali ? Cette question est à la recherche d’une réponse pour le moment introuvable. Mais «sur le terrain, les choses vont plus vite que prévu», affirme, optimiste, le chargé de communication et porte-parole du ministère de la Défense du Mali, le Lieutenant-Colonel Diaran Koné. Mais attention ! «Je ne serais heureux, dit-il, que lorsque toutes les localités du Mali seront reconquises». Dans cette interview, il aborde des sujets brûlants: la participation des troupes françaises et africaines à l’offensive militaire, les accusations de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) contre des militaires maliens qui auraient commis des exécutions sommaires, l’application de la charia dans la partie nord du pays, la scission au sein du groupe Ansar Eddine. Et il ne se limite pas là. Dans quel délai l’armée pense-t-elle reconquérir l’intégrité territoriale du pays ? Bref, parole maintenant au Lieutenant-Colonel Diaran Koné.

Courrier confidentiel: L’armée malienne, avec l’appui des troupes françaises, vient de reprendre, selon des sources officielles, la ville de Gao et s’apprête à lancer une offensive sur Tombouctou et Kidal, des villes occupées par les djihadistes. En tant que militaire, quel est le sentiment qui vous anime en ce moment ?

Lieutenant-Colonel Diaran Koné: Je ne serais heureux que lorsque toutes les localités du Mali seront reconquises. Et nous devons le faire vite. Les populations ont déjà trop souffert. Mais je suis optimiste quant au rétablissement de l’intégrité territoriale de notre pays. D’ailleurs, les choses sont en train d’aller plus vite que prévu. Grâce, bien sûr, à l’apport de la France. Un apport très appréciable, très efficient et très efficace. C’est grâce à cet appui que nous sommes aujourd’hui avancés. Merci à toutes les bonnes volontés qui nous soutiennent. Cela nous permettra de mettre fin à la souffrance humaine que les populations vivent du fait des groupes terroristes. Je m’incline devant la mémoire de toutes les victimes du terrorisme et des terroristes. Je voudrais dire ce message fort à tous vos lecteurs: le Mali, la France, la MISMA et l’humanité se battent contre le terrorisme. Nous ne nous battons pas contre une couleur, une ethnie ou une religion. Nous nous battons et nous nous battrons uniquement et exclusivement contre le terrorisme. Il est important, à ce sujet, que la communauté internationale ne se trompe pas.

De façon concrète, comment est organisée l’offensive militaire sur le terrain ?

Les armées française et malienne ont, à l’heure actuelle, le contrôle de l’aéroport de Gao et d’un ouvrage d’art assez important.

Dans quel délai pensez-vous pouvoir rétablir l’intégrité territoriale du Mali ?

Le Mali a toujours été un et indivisible. Grâce à l’appui de l’armée française, nous pensons pouvoir reconquérir, dans les meilleurs délais, toutes les villes occupées par les terroristes. Les djihadistes dont vous parlez savent jouer sur le mental des gens pour les convaincre d’adhérer à leur cause. En réalité, c’est du terrorisme pur et dur qu’ils appliquent dans la partie nord de notre pays. Nous allons y mettre définitivement fin. Je ne peux pas vous donner de délais pour la reconquête de toutes les localités. Mais sachez que sur le terrain, nous avançons plus vite que prévu. La souffrance des populations a trop duré. Nous allons les libérer de ce calvaire.

Justement, à ce propos, comment appréciez-vous la charia telle qu’appliquée par ces djihadistes ?

Permettez que je dise, avec force, que le Mali se bat uniquement contre le terrorisme et les terroristes. Ces djihadistes ne sont que des terroristes.

Il y a eu récemment une scission au sein du groupe Ansar Eddine. Certains membres de cette organisation, dirigés par Alghabass Ag Intalla, qui était le chef de la délégation de Ansar Eddine lors des négociations le 4 décembre 2012, à Ouagadougou, ont créé le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). Et ils se disent prêts à combattre l’autre aile de Ansar Eddine dirigé par Iyad Ag Ghali. Accepterez-vous de leur tendre la main dans le cadre de la réconciliation nationale ?

GuerreLe Mali est un pays souverain et responsable. Les autorités de notre pays agissent en conformité avec la communauté internationale. Je suis un soldat et l’important pour moi, à l’heure actuelle, c’est d’œuvrer à recouvrer l’intégrité territoriale du Mali. Le reste, ce sont les autorités qui décideront. Permettez que je ne fasse pas de commentaire sur les aspects politiques. Nous sommes une armée républicaine à la disposition des autorités et de l’autorité politiques maliennes.

Avez-vous pris des dispositions particulières pour éviter que les populations civiles de Gao, Tombouctou et Kidal, fiefs des djihadistes, ne soient victimes de l’offensive militaire ?

C’est pour les populations que nous sommes engagés, que nous nous battons. Mais s’il y a des victimes collatérales, nous ne pouvons que le regretter. Nous oeuvrons cependant pour qu’il n’y ait pas de victimes civiles, du moins pour minimiser les dégâts collatéraux. Notre intervention vise à combattre les terroristes et assurer la protection des populations.

La Fédération internationale des droits de l’Homme dénonce des exécutions sommaires et d’autres exactions qui auraient été commises par des militaires maliens. Que s’est-il passé exactement ?

Je ne doute pas de ce qu’affirme la FIDH. Elle sait certainement de quoi elle parle. Mais je voudrais vous rassurer que l’armée malienne, grâce à l’appui de la Fondation Konrad Adenauer, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de bien d’autres organisations, est depuis longtemps en formation permanente dans le cadre du droit international humanitaire. C’est pour vous dire que nous maîtrisons bien ces questions. Notre armée est respectueuse du droit relatif à la guerre. Je m’inscris en faux lorsqu’on dit que c’est l’armée malienne qui a commis ces exactions. L’armée est composée d’individus. Ces exactions dont parle la FIDH, si elles sont fondées, pourraient être le fait d’individus, pas de l’armée malienne tout entière. Moi qui vous parle, je suis un militaire de l’armée malienne mais je n’ai pas commis ces exactions. Il est possible aussi que certains de nos ennemis aient porté des tenues de l’armée malienne pour commettre des exécutions sommaires ou des exactions. Dans tous les cas, l’armée se fera le devoir d’engager des enquêtes. Permettez et acceptez que seules les enquêtes déterminent les responsabilités.

Comment appréciez-vous la participation des troupes africaines aux côtés de votre armée ?

Il s’agit de mettre fin à la souffrance humaine sur le territoire malien. Aucune assistance, aucune aide n’est de trop. Une minute de perdu dans le processus d’intervention est un calvaire de plus pour les populations. Même vous les journalistes, vous êtes la bienvenue pour nous aider, par l’information, à sortir de cette situation. De même que les ONG et tous ceux qui peuvent nous apporter un appui. Les armées sœurs sont la bienvenue. Elles sont attendues vivement et impatiemment dans le cadre de la MISMA, conformément à la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous devons conjuguer et harmoniser nos efforts pour chasser les terroristes de notre pays et réinstaurer la paix.

Il se pose actuellement un problème de financement des troupes africaines qui interviendront dans le cadre de la MISMA. Quel commentaire cela vous inspire ?

Je suis très optimiste que ce problème sera résolu. La communauté internationale est consciente de l’urgence et des enjeux qui se posent actuellement au Mali. Je suis persuadé qu’elle fera en sorte que les points de blocage soient levés et que nous puissions disposer des soutiens nécessaires pour mettre fin à la souffrance des Maliens et combattre le terrorisme et les terroristes. Permettez que je vous le dise: tant qu’il y aura un terroriste, cela signifie que tous les terroristes sont vivants.

Voulez-vous dire que cette guerre risque de durer encore longtemps ?

Ce n’est pas mon souhait. Mais je dis et je le répète: une minute de perdu, c’est déjà tard. L’objectif, c’est de mettre fin, tout de suite, à la souffrance des Maliens et de recouvrer l’intégrité du territoire malien. Mais je reste tout de même réaliste: la guerre de terrain et l’environnement ont leurs réalités qu’il faudra aussi prendre en compte pour éviter de trop rêver. Notre objectif est clair et nous allons l’atteindre.

Avez-vous un appel particulier à lancer au peuple malien ?

Je demande aux Maliens de garder espoir. Je leur demande d’accepter et d’apporter leur soutien à notre armée et aux armées sœurs qui viennent à leur secours. Je leur demande, en outre, de faire preuve de discernement. Il faut éviter de tomber dans le piège de l’adversaire qui tente de jouer sur la psychologie des gens. Je les informe qu’actuellement, les terroristes sont en débandade, en déperdition totale. Je demande donc à mes frères maliens de garder leur sang-froid car nous allons reconquérir toutes les localités actuellement aux mains des terroristes. J’invite ceux qui ont été victimes d’agression de la part de leurs frères ou des terroristes, à ne pas céder à la provocation, ni à l’amalgame. Je compte sur leur sens de compréhension et surtout à leur sens de grandeur.

Avez-vous autre chose du fond du cœur que vous souhaitez dire pour terminer cette interview ?

Je dis merci à tous mes frères d’armes burkinabè pour leur soutien inestimable. Je dis grand merci aussi à votre Journal Courrier confidentiel pour nous avoir permis de nous exprimer à ce moment décisif de l’histoire de notre pays. Infiniment merci.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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