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Le deal qui fâche !

Don de sangLe sang, gracieusement offert par des milliers de donneurs bénévoles, est-il revendu dans les établissements sanitaires du Burkina ? C’est une question qui fâche dans les milieux hospitaliers. Certains malades ou parents de malades affirment pourtant, face à l’urgence, avoir bel et bien déboursé de l’argent pour acquérir ce liquide rouge qui est pour l’organisme humain, ce qu’est le carburant pour le véhicule. Info ou intox ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que le deal de sang ne laisse aucune pièce à conviction !

Serge Romaric Lamizana, 28 ans, a fini par se débarrasser de sa carte de donneur de sang bénévole. Il l’a fait depuis que des agents de santé de l’hôpital Yalgado Ouédraogo ont demandé à ses parents de débourser la somme de 15 000 F CFA pour obtenir une poche de sang, afin de lui sauver la vie, suite à un accident de la circulation en 2010. C’est donc l’amère expérience d’un donneur de sang régulier qui n’a pu bénéficier du liquide rouge, pour la seule fois qu’il en a eu besoin. «Dès qu’on m’a parlé de transfusion sanguine, je me suis tout de suite dit que ma carte de donneur de sang allait, pour une fois, me rendre un énorme service. Je l’ai fait apporter à l’hôpital, mais le personnel soignant n’a même pas daigné y jeter un coup d’œil. On m’a juste dit que les poches de sang, il y en avait en manque et que je pouvais en avoir une en réserve contre la somme de 15 000 F CFA. Mes parents qui savaient très bien que le sang ne se vendait pas ont refusé de payer et ont préféré faire appel à mon cousin qui est venu offrir son sang pour me permettre de retrouver mon souffle normal…».

Les témoignages, à l’image de celui de Serge, sont légion dans les rangs des malades et des accompagnants de malades au sein des formations sanitaires du Burkina. Mais personne ne peut brandir un reçu de paiement de sang signé d’un médecin de la place.

Le sang se vend-il au pays des Hommes intègres ? La réponse officielle est évidemment «non» ! La loi interdit la vente du sang. Autant le donneur ne peut monnayer son sang, autant les formations sanitaires ne peuvent le revendre. Mais qu’en est-il de la réalité sur le terrain ? Au Centre national de transfusion sanguine (CNTS), on ne nie pas l’existence du deal de sang, mais on s’en lave totalement les mains: «Si le sang se vend, en tous cas, ce n’est pas ici au CNTS», nous a confié Kourtoumi Sanou, Directrice de l’administration et des finances (DAF) du CNTS. Le travail du CNTS, d’après elle, consiste à collecter le sang auprès des donneurs bénévoles, et à le déposer gratuitement à l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Et c’est à ce niveau que les autres formations sanitaires de Ouagadougou (CMA du secteur 30, Hôpital pédiatrique Charles De Gaulle) viennent se servir. «S’il y a un deal de sang, c’est sûrement entre les agents de santé et leurs patients», indique-t-elle.

Où se cachent donc ces vampires ?

Chez les associations de donneurs de sang, l’on est convaincu, sans pour autant en avoir la preuve, que le sang se vend dans les hôpitaux du Burkina. «Les artisans de ce commerce illicite de sang, ce sont généralement les garçons et les filles de salle, chargés de ramener le sang, sur présentation de bons, du dépôt vers les salles d’hospitalisation», confie le responsable d’une association de donneurs de sang qui a requis l’anonymat. Pour lui, ces trafiquants, en complicité avec le personnel soignant, gardent par devers eux, et sous de mauvais conditionnement, les poches de sang non utilisées qu’ils revendent auprès du premier client naïf. «Ce qui nous écœure le plus en tant que donneurs de sang, c’est que ce même sang est jeté à la poubelle si, au bout d’un certain temps, aucun client naïf ne se présente», ajoute-t-il. Au dépôt CNTS de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, une affiche bien visible rappelle que la vente du sang est interdite. Peut-être faudra-t-il multiplier ce type d’affiches et les rendre plus visibles aux yeux des patients et parents de patients.

Paul-Miki ROAMBA

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La poche de sang vaut 22 000 F CFA

Si l’offre et le don du sang sont gratuits au Burkina Faso, il reste entendu que la poche de sang a un coût supporté par l’Etat et ses partenaires. Au Centre national de transfusion sanguine, l’on estime entre 22 000 et 32 000 F CFA, les coûts cumulés de la poche vide, des réactifs, de la collation offerte au donneur et des autres éventuels produits pharmaceutiques nécessaires à la conservation du sang. C’est pourquoi, les pénuries de sang dans les hôpitaux sont liées, non pas toujours à la rareté des donneurs de sang, mais aussi, quelque fois, au manque de réactifs et de poches à sang. Les besoins en sang au Burkina Faso sont estimés à 156 000 poches chaque année. Ce chiffre représente, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, 1% de la population totale. En effet, l’OMS recommande cette marge qui permet aux pays de se mettre à l’abri de toute surprise.

PMR

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Un autre deal fait fureur en Chine

En Chine, lorsque la pénurie de sang se dessine dans les hôpitaux, certains se lancent dans un business qui consiste à recruter des donneurs pour des malades en situation d'urgence. Ces donneurs occasionnels sont, pour la plupart, des travailleurs migrants ou des étudiants au budget serré. Ils se font payer 300 yuans (22 000 FCFA) pour une poche de 400 ml, que les intermédiaires revendent entre 1 300 et 1 600 yuans (entre 92 000 et 115 000 F CFA), à en croire le quotidien Beijing Times. L'intermédiaire, lui, demande en général au donneur de prétendre qu'il est un membre de la famille du malade, de sorte que ce dernier puisse obtenir le type de sang dont il a besoin.

Le Bureau municipal de la santé de Beijing a mis en garde les patients contre ce trafic illégal qui peut avoir de graves conséquences médicales. Puisque de nombreux donneurs mentent sur leur état de santé pour ne pas être exclus du deal.

PMR

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Comment encourager le don de sang ?

Au Burkina Faso, la loi n’autorise pas un individu à monnayer son sang ou tout autre organe. Il est donc impossible de mobiliser les donneurs de sang en période de pénurie autour d’un intérêt pécuniaire qu’ils pourront y tirer. Mais en juin 2010, à l’occasion de la Journée mondiale de don de sang, dont la célébration nationale a eu lieu à Bobo Dioulasso, les 11 meilleurs donneurs de sang ont été récompensés par des diplômes, des téléphones portables et des kits de connexions offerts par un opérateur de téléphonie mobile, ainsi que des comptes d’épargne offerts par une banque de la place. En Côte d’Ivoire, la stratégie (qui ne marche pas bien) a consisté à offrir, en plus de la collation, la somme de 1 000 F CFA à chaque donneur, comme titre de transport.

PMR

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