ABONNEMENT EN LIGNE. Accédez à l'ensemble des articles publiés pendant la période de votre abonnement et à toutes les éditions publiées depuis 2012. Pour vous abonner, contacter notre Service clientèle: (00226) 25 411 861, (00226) 71 13 15 14 ou (00226) 72 50 2222. E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

«Aucune compagnie du Burkina ne figure sur la liste noire de l’Union européenne»

avionLa sécurité et la sûreté aéroportuaire sont des aspects fondamentaux du transport aérien. Elles font naturellement partie des principales préoccupations de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Au Burkina Faso, cette question est aussi l’objet de constantes réflexions. Et en la matière, notre pays vient de relever de nouveaux défis. «L’aéroport de Ouagadougou a intégré, à la faveur des récents travaux, toutes les dernières normes et pratiques recommandées en la matière», affirme, dans cette interview, le Délégué aux activités aéronautiques nationale du Burkina Faso, Moumouni Barro. Et ce n’est pas tout: «Selon la dernière liste noire établie par l’Union européenne (avril 2012), on dénombre 16 Etats (dont 13 Etats africains) dont la totalité des compagnies sont interdites dans l’espace européen; mais aucune compagnie du Burkina ne figure et n’a jamais figuré sur cette liste».

Qu’est-ce que la Délégation aux Activités Aéronautiques Nationales et quelles sont ses missions ?

La Délégation aux activités aéronautiques nationale (DAAN) du Burkina Faso est une structure relevant de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), mise en place pour gérer les principales plateformes aéroportuaires du pays conformément à un contrat que l’Etat a passé avec l’Agence.

Cette structure est un peu une sœur jumelle de la Représentation de l’ASECNA, notamment par sa structuration et son fonctionnement, mais elle en est différente par ses missions.

Au sein de l’espace ASECNA, outre le Burkina Faso, il existe des Délégations aux activités aéronautiques nationales de l’Agence (DAAN) dans huit (08) autres Etats (Bénin, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, Guinée Bissau, Mali, Niger, Tchad) qui ont les mêmes missions dans ces pays.

La Délégation du Burkina Faso a également pour mission, d’accompagner l’Etat dans sa politique de développement des aéroports, y compris les terrains secondaires.

Comment agissez-vous concrètement sur le terrain ?

En tant que gestionnaire de l’aéroport, le travail quotidien de la Délégation consiste à administrer et à coordonner la vie de la plateforme tout en garantissant le fonctionnement des différentes installations et équipements aéroportuaires.

L’aéroport, c’est d’abord une gare pour avions; c’est donc le lieu où les passagers du transport aérien commencent ou terminent leur voyage avec des formalités et des rituels parfois complexes.

L’aéroport, c’est aussi une frontière avec tous les dispositifs des services de contrôle de l’Etat (gendarmerie, services d’immigration, de douanes, de santé, etc.).

L’aéroport, c’est également un centre commercial car la présence quasi permanente d’un public important implique des besoins qu’il faut satisfaire (commerce, prestation de services divers).

Enfin, l’aéroport est un centre industriel où plusieurs acteurs (compagnies aériennes, transitaires, Assistance en escale, services de maintenance, services de catering, service de navigation aérienne, etc.) travaillent en synergie autour des avions pour assurer le déroulement ordonné et sécurisé des vols.

Nous avons donc pour rôle au quotidien, de gérer la vie du passager pendant son transit et d’assurer une bonne coordination de toutes ces activités sur la plateforme, en conformité avec les textes nationaux, régionaux et les exigences internationales en matière de sécurité et de sûreté.

L’aéroport de Ouagadougou a un nouveau visage depuis fin décembre 2011. Quelles sont les grandes innovations introduites dans le fonctionnement de cet aéroport ?

Les travaux de réfection de l’aéroport de Ouagadougou, entrepris depuis maintenant environ quatre ans, sont actuellement quasiment achevés.

Ces travaux ont permis de redéfinir complètement cette plateforme, tant dans sa conception que dans ses différentes fonctionnalités.

En effet, l’ancienne infrastructure qui datait des années 70 et 80, ne répondait plus aux exigences actuelles en matière de transport aérien.

La mise en œuvre de ce projet a permis de remettre notre aéroport principal à jour dans trois domaines essentiels :

 

a) Amélioration de la sécurité et de la sûreté aéroportuaire. Ce domaine très sensible est la condition sine qua non du développement du transport aérien. Aucune plateforme réputée non sûre ne peut se développer. C’est pourquoi ce domaine, qui constitue une des principales préoccupations de l’OACI, fait l’objet de constante réflexion. La réglementation et les usages en la matière ont considérablement évolué. L’aéroport de Ouagadougou a intégré, à la faveur des récents travaux, toutes les dernières normes et pratiques recommandées en la matière.

 

b) Amélioration de la capacité et du confort. L’augmentation des superficies opérationnelles qui passent de moins de000 m² à environ 6 500 m² permet aujourd’hui d’accueillir les passagers, et tous les usagers de l’aéroport dans de bonnes conditions.

Le trafic aérien dans notre pays a connu une croissance soutenue depuis une décennie, et se situe pour Ouagadougou, à environ 400 000 passagers.

La capacité de la plateforme est passée à la suite des travaux, de 300 000 passagers à 650 000 passagers.

Par ailleurs, l’élément confortatif a été l’un des aspects qui a fait l’objet de soins particuliers. On peut en effet noter un environnement totalement revu, avec des mobiliers aéroportuaires et une climatisation centrale adéquate.

 

c) Facilitation et modernisation des équipements aéroportuaires. A la faveur des travaux, l’ensemble des équipements aéroportuaires a été renouvelé, avec des modules très performants (carrousels de livraison bagage, télé afficheur, sonorisation différentielle, horlogerie centralisée, etc.), sans oublier toutes les dispositions spécifiques pour faciliter la circulation des personnes à mobilité réduite (PMR) (escalator, rampes, etc.).

Il faut noter que les travaux ne se sont pas limités seulement à l’aérogare passager.

Il y a également la rénovation et l’automatisation du parking auto qui sera bientôt opérationnel, l’extension et la réhabilitation du salon ministériel ainsi que l’assainissement total de la zone aéroportuaire.

Actuellement, sur l’ensemble de ces travaux, seule la climatisation centrale est en cours de finalisation.

Pour terminer, je dois vous avouer que ces travaux qui ont coûté environ sept milliards de nos francs et pour lesquels la Délégation de l’ASECNA a contribué aux côtés de l’Etat pour environ 4,5 milliards de francs, ne se sont pas déroulés sans difficultés. En effet, outre les problèmes de coordination entre les multiples entreprises, les difficultés de bouclage des marchés, les surprises apparues sur les infrastructures (absence de plans) au cours des chantiers, il a fallu assurer le fonctionnement quotidien de l’aéroport, et garantir la régularité de la desserte du pays (aucune fermeture de l’aéroport, ni annulation de vol pour raison de chantier). C’est pourquoi, je saisis l’occasion pour présenter toutes nos excuses aux passagers, aux usagers et à tous ceux qui ont dû subir les désagréments parfois sévères, occasionnés par ces travaux.

Certaines compagnies figurent dans la liste noire de l’Union européenne et d’autres organisations qui régulent l’aviation civile internationale. L’aéroport de Ouagadougou respecte-t-il les normes en la matière ?

Le problème de liste noire ne concerne pas directement les aéroports, mais les compagnies aériennes.

En effet, depuis la fin de l’année 2006, l’Union européenne dresse régulièrement une liste de compagnies aériennes classées peu sûres auxquelles elle interdit le droit d’exploitation dans tout l’espace européen.

Cette liste, qui est régulièrement mise à jour et publiée, est dite «liste noire ou black list» des compagnies.

Selon la dernière liste connue (avril 2012), on dénombre seize (16) Etats (dont 13 Etats africains) dont la totalité des compagnies sont interdites dans l’espace européen.

Ce qui révèle, selon la commission de l’Union européenne, la faiblesse de ces Etats à superviser la sécurité au niveau des exploitants relevant de leur autorité.

La démarche européenne, tout en étant louable dans le fond car elle va dans le sens de l’amélioration de la sécurité globale du transport aérien, gagnerait cependant plus en objectivité et en transparence si elle s’inscrivait dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Elle apparaîtrait moins stigmatisante pour les pays à faibles moyens, comme c’est le cas aujourd’hui.

Enfin, il faut noter qu’aucune compagnie du Burkina ne figure et n’a jamais figuré sur cette liste noire. Ce qui signifie que le travail de supervision de la sécurité menée par les autorités aéronautiques, notamment l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), est bien apprécié au niveau international.

Quels conseils pratiques pourriez-vous donner aux voyageurs et usagers de l’aéroport ?

L’aéroport est un établissement qui reçoit beaucoup de public, environ 3 000 personnes transitent ou travaillent par jour sur la plateforme de Ouagadougou.

Cela nécessite des dispositions de sécurité et de sûreté qui sont souvent contraignantes.

C’est pourquoi nous recommandons aux usagers de se conformer strictement aux consignes de sécurité données soit par le gestionnaire de l’aéroport, soit par les compagnies aériennes ou par toute autre autorité habilitée (police, gendarmerie, douane, etc.).

Dans plusieurs aéroports de la sous-région, et même d’ailleurs, certains voyageurs se plaignent par moments de la perte de leurs bagages. Comment gérez-vous cette question au niveau de l’aéroport de Ouagadougou ?

La perte de bagages à l’arrivée est un évènement très stressant pour le passager. Le traitement de cette question relève plus des procédures de la compagnie aérienne qui vous a transporté et de son service chargé de l’assistance en escale.

A Ouagadougou, lorsque cela arrive, le passager doit se rendre au bureau litige bagage, pour une déclaration. Il est à ce sujet important qu’il conserve les talons (étiquettes) qui sont attachés à son bagage au moment de l’enregistrement.

Il lui sera également demandé une description sommaire de son bagage.

Que deviendra l’aéroport de Ouagadougou après la construction de celui de Donsin ? Donsin étant un peu distant de Ouagadougou, quelles sont les dispositions qui sont prises pour faciliter le trafic ?

Il faut préciser que le projet de construction de l’aéroport est conduit par la Maîtrise d’ouvrage de l’aéroport de Donsin (MOAD) qui relève du Premier ministère.

En tant que gestionnaire de l’aéroport actuel, l’ASECNA participe aux côtés de l’Etat dans le processus qui devra aboutir à la construction de ce nouvel aéroport.

Le projet Donsin est un projet intégré qui comprend plusieurs aspects, parmi lesquels on peut noter un important volet consacré aux voies d’accès. Malgré la distance qui sépare l’aéroport de la ville (une trentaine de kilomètres), les liaisons ville-aéroport ont été largement prises en compte avec même une possibilité future de desserte par voie ferrée (via embranchement chemin de fer de Kaya).

A l’issue du déplacement à Donsin, il est prévu que les infrastructures de l’aéroport actuel s’intègrent dans le tissu urbain actuel, en complétant notamment la zone d’activités diverses (ZAD) (la piste sera une voie urbaine et l’aérogare pourra être emménagé par exemple en centre commercial).

L’aéroport de Bobo Dioulasso semble délaissé. Qu’est-ce qui justifie cela ?

Sur le plan des infrastructures, l’aéroport de Bobo Dioulasso n’est pas délaissé. Sur le plan technique, cet aéroport dispose d’un niveau équivalent à celui de Ouaga. Il a également bénéficié d’importants travaux de modernisation, tant au niveau des infrastructures que des équipements, particulièrement à l’occasion de la célébration du cinquantenaire.

En effet, l’aérogare passager et le salon d’honneur ont été totalement rénovés et équipés en 2010. La clôture périmétrique de sureté a été réhabilitée.

Enfin, une nouvelle tour de contrôle, complètement équipée (l’une des plus modernes de l’agence) a été construite et mise en service en 2011.

Il y a lieu à ce sujet, de préciser que cette plateforme, qui constitue le second pôle d’accès par voie aérienne à notre pays, joue également un rôle d’appui (aéroport de dégagement) à l’aéroport principal et doit, par conséquent, être aussi bien équipé.

Par contre, le trafic annuel moyen de l’aéroport de Bobo Dioulasso qui se situe aux environs de 20 000 passagers (dont 10 000 transits), 2000 mouvements d’aéronefs est très en deçà du potentiel estimé qui, à notre avis, peut atteindre 55 à 60 000 passagers. Cette situation peut être attribuée à plusieurs facteurs dont le principal est la situation de l’économie régionale à laquelle le transport aérien est fortement corrélé.

L’ambition qui nous a été fixée par les autorités aéronautiques, c’est de spécialiser cette plateforme dans le trafic low cost et le trafic fret au regard de l’important potentiel de la zone dans la filière fruits et légumes et dans la perspective du développement du barrage de Samandéni.

Les réflexions se poursuivent activement dans ce sens.

Quels sont les grands projets de la Délégation pour l’année 2013 ?

Pour l’année 2013, la Délégation va poursuivre son travail de modernisation des équipements aéroportuaires, avec un accent particulier sur la finition des travaux de Ouagadougou, la modernisation des équipements de l’aéroport de Bobo Dioulasso et la poursuite de l’aménagement de terrains secondaires.

L’aéroport de Bobo Dioulasso verra la mise en service d’équipements automatisés de traitement des passagers et des bagages (banques d’enregistrement, tapis livraison bagages, etc.) et de rénovation de l’ensemble du système électrique.

Pour les terrains secondaires, le principal projet sera le lancement des travaux de l’aérodrome de Dori.

Enfin, nous nous attacherons à boucler le processus de certification des aérodromes de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso.

Pour terminer, je voudrais vous remercier d’être venu à nous pour nous donner l’opportunité de faire connaître cette structure qui est, nous devons l’avouer, mal connue du public.

 Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

 

Aller au haut
X

Right Click

No right click