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Les larmes silencieuses des personnes vivant avec le VIH

vihLa plus grande angoisse du monde s’est emparée des Burkinabè vivant avec le VIH/Sida depuis que certaines molécules du traitement se font rares dans les points de distribution des médicaments antirétroviraux (ARV). Un compte à rebours infernal pour des dizaines de milliers de personnes infectées.

Les associations de lutte contre le Sida avaient pourtant vu venir les choses. Elles avaient même tiré la sonnette d’alarme depuis fin 2011, en annonçant, publiquement, un risque de rupture de médicaments antirétroviraux au Burkina Faso, à partir de mars 2012. La raison ? La voici: le Fonds mondial de lutte contre le Sida, le paludisme et la tuberculose, principale «vache à lait», a dû retirer ses «mamelles» du fait de la crise économique qui sévit dans de nombreux pays contributeurs. Jusqu’en 2014, l’institution ne financera pas de nouveaux programmes dans la lutte contre le Sida.

Dans les pays à ressources limitées, - c’est bien le cas du Burkina Faso - le traitement antirétroviral repose sur une approche de santé publique qui vise à faciliter l’accès universel. Dans cette dynamique, le Burkina Faso, avec l’aide de ses partenaires, a réussi à franchir le pas décisif vers la gratuité du traitement. Qui, mieux que le président du Faso lui-même, pour annoncer cette bonne nouvelle en guise de cadeau de nouvel an ? C’était le 31 décembre 2009 et la mesure entrait en vigueur dès le lendemain, 1er janvier 2010. Pour tenir cette promesse présidentielle, le gouvernement comptait, comme d’habitude, sur la forte contribution de ses partenaires financiers, mais avait néanmoins consenti à sacrifier une enveloppe financière de 3 517 040 943 FCFA. Pour soutenir de façon durable cette gratuité, il était question, côté gouvernement, de remplir quatre conditions de base parmi lesquelles «la disponibilité des ressources financières pour acquérir les médicaments, équiper les centres de prise en charge et assurer la formation du personnel».

Fort heureusement, le Sida a reculé au Burkina. Du moins selon les statistiques officielles. La prévalence est passée de 3% en 1997 à 1, 2%, selon le rapport 2010 de l’Onu/Sida. Cela représente quelques 110 000 personnes vivant avec le Sida (PVVIH) au Burkina Faso. Les politiques brandissent surtout le tableau de la prise en charge qui aurait évolué de 31 543 patients sous ARV en 2010 à 36 248 en 2011.

Aujourd’hui, ces personnes infectées font l’amer constat de la non-disponibilité des médicaments pour la continuité des traitements antirétroviraux. Certaines molécules, pourtant essentielles dans la combinaison du traitement antirétroviral, ne sont plus accessibles. Du coup, l’horizon s’assombrit pour des dizaines de milliers de personnes vivant avec le VIH qui croulent déjà sous le poids de la maladie et de la stigmatisation. Plus proches des malades, les associations connaissent, mieux que quiconque, les revers sociaux qu’endurent les PVVIH depuis que cette nouvelle situation s’est présentée...

Et nous voici aux portes du Réseau pour une grande implication des personnes vivant avec le VIH. Le REGIPIV, qui est devenu depuis 2006 le Réseau national des associations de personnes infectées et affectées par le VIH/Sida au Burkina, est coordonné par Mamadou Sawadogo, lui-même PVVIH. D’après lui, cette crise des ARV a connu son paroxysme en fin 2011 et les patients en ont été directement et durement affectés. «La situation était telle que les personnes vivant avec le VIH/Sida ont déserté les associations, alors que c’était au sein de ces associations qu’elles avaient ce réconfort moral, ce soutien, cet accompagnement d’où elles tiraient le goût de vivre», a-t-il confié à Courrier confidentiel. La raison de ce désintérêt ? Les associations elles-mêmes ont besoin d’une prise en charge; elles n’ont plus le minimum pour fonctionner.

Personnes vivant VIHAujourd’hui, chez les personnes indigentes vivant avec le VIH/Sida au Burkina, lorsque sonne l’heure de se rendre dans une formation sanitaire pour se faire servir les fameuses molécules nécessaires au suivi biologique régulier, c’est l’incertitude qui pointe au rendez-vous: «Est-ce qu’on ne me demandera pas de revenir plus tard ? Est-ce que j’aurai mes molécules au complet ? Est-ce que j’en aurai à la quantité qu’il me faut ? Est-ce que j’aurai un approvisionnement d’ARV d’au moins 3 mois pour réduire mes charges de déplacement ?... ». Questions angoissantes…

Stigmatisation

L’un des plus lourds fardeaux qui pèsent sur les personnes vivant avec le VIH/Sida est la stigmatisation. Pour éviter donc de tomber dans ce piège infernal, nombreuses sont les PVVIH qui préfèrent parcourir de longues distances, des centaines de kilomètres, pour s’approvisionner incognito en médicaments antirétroviraux, auprès des formations sanitaires les plus éloignées de leur localité de résidence permanente. «Je connais des patients qui quittent Bobo Dioulasso pour se faire servir les ARV à Fada N’Gourma ou à Dori et vice versa », explique Mamadou Sawadogo. La situation de raréfaction des molécules pour le traitement ARV engendre naturellement des dépenses supplémentaires en termes de transport et d’hébergement pour ces personnes qui se font l’obligation d’aller chercher très loin leurs molécules. «Pour un patient sous traitement qui, en temps normal, effectuait 4 sorties dans l’année pour s’approvisionner en ARV, en raison d’une sortie par trimestre, il lui faudra désormais, avec la nouvelle situation, 6, voire 8 sorties dans l’année. Vous imaginez bien ce que ça fait comme dépenses ?», s’interroge le coordonnateur du REGIPIV.

Mais il n’y a pas que les patients sous traitement qui font les frais de cette crise d’ARV ; il y a aussi le personnel soignant très mal à l’aise lorsqu’il s’agit de donner les molécules au compte-goûte et sans pouvoir, à la même occasion, faire l’examen biologique par manque de réactifs. Tout cela, de l’avis de Mamadou Sawadogo, est lié au fait que le Burkina est presqu’entièrement dépendant du financement extérieur pour ce qui concerne les questions de santé. «La souveraineté d’un pays, c’est aussi sa capacité à pouvoir assurer par lui-même la santé de ses populations», explique le coordonnateur du Réseau des associations de personnes infectées et affectées par le Sida, qui s’insurge aussi contre le fait que les ARV ne soient pas fabriqués en Afrique. «Tout le monde s’approvisionne en Inde. Si jamais il y a une quelconque catastrophe dans ce pays, ce sera l’hécatombe chez les millions de patients sous traitement en Afrique».

Ces cris du cœur, ces appels au secours des personnes vivant avec le VIH sont accompagnés d’appels lancés à l’endroit de chaque Burkinabè. Et c’est la voix du coordonnateur du REGIPIV qui porte ce message : «La lutte contre l’infection à VIH/Sida au Burkina Faso, c’est l’affaire de chaque Burkinabè. Chacun doit faire l’effort de s’interposer. En tant que personnes infectées, nous ne souhaitons pas que d’autres Burkinabè rejoignent le groupe des infectés. Il nous faut aussi lutter contre la stigmatisation qui, dans certaines contrées, pèse plus lourd que l’infection elle-même…»

 Paul-Miki ROAMBA

 

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