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«Nous ne sommes pas des terroristes»

Ansar EddineLe groupe islamiste Ansar Eddine, l’un des groupes armés qui occupent le nord du Mali, a décidé, officiellement, lors du récent conclave de Ouagadougou, de s’ouvrir au dialogue. Mais il fait des mystères autour de ses revendications. «Nous mettrons nos cartes sur la table, mais pas maintenant», affirme le porte-parole de la délégation, Mohamed Ag Ahari. Dans cette interview, il se prononce sur l’intervention militaire en perspective de la CEDEAO, la plainte pour «crimes de guerre» déposée par l’Etat malien à la Cour pénale internationale et bien d’autres sujets concernant la crise au Mali.

Courrier confidentiel: De façon précise, quels sont les points abordés lors du conclave de Ouaga avec le médiateur Compaoré ?

Mohamed Ag Ahari : Il a surtout été question d’instaurer un dialogue politique avec les autorités maliennes. Dans les détails, nous avons parlé de l’arrêt des hostilités, de la libre circulation des personnes et des biens dans les territoires que nous contrôlons. C’était aussi l’occasion de dire que nous ne sommes pas des terroristes comme le prétend une certaine presse. Et nous avons apporté des preuves. Nous réfutons la prise d’otages et toutes sortes de terrorisme. Nous avons beaucoup insisté sur cela parce que les gens avaient cru que nous étions liés à Al Qaida et ils voulaient qu’on nous «déconnecte» de ce groupe. Nous avons donc affirmé et confirmé que nous n’étions pas des terroristes et que nous revendiquions simplement nos droits. Cela n’est pas un crime.

Avez-vous désormais les mêmes revendications que le MNLA ?

Je ne peux pas répondre à cette question. Je n’ai pas eu de contact officiel avec le MNLA. Mais nous souhaitons qu’il rentre dans le processus. Dans notre déclaration, nous avons lancé un appel à tous les mouvements armés afin qu’ensemble, nous puissions aller vers le dialogue politique.

Qu’entendez-vous faire après la rencontre de Ouagadougou ?

Il s’agit maintenant de passer au concret. Nous avons assez parlé, déterminé les voies par lesquelles il faut passer. Il s’agit désormais de créer la confiance au sein de la population et de l’opinion.

Justement à ce propos, la charia, telle qu’elle est appliquée dans le Nord-Mali, est redoutée par les populations. A quelles conclusions avez-vous abouti concernant ce sujet lors de vos échanges avec le médiateur ?

Nous n’avons pas évoqué la question de la charia. Ce sont des détails qui ne doivent pas nous bloquer. Ce n’est pas le moment d’évoquer la charia. C’est peut-être plus tard, quand on aura trouvé des compromis pour nous permettre de travailler ensemble, de ramener la paix dans le pays, que nous pourrons, entre Maliens, évoquer des questions comme la charia.

Est-il prévu une rencontre de dialogue entre votre mouvement et le gouvernement malien ?

Pas encore. Nous souhaitons que le gouvernement malien mette en place une structure qui sera chargée de prendre les contacts nécessaires afin d’instaurer le dialogue.

Des experts internationaux travaillent sur un «plan opérationnel» de déploiement des forces de la CEDEAO pour «chasser» les mouvements armés qui occupent le Nord-Mali. Comment appréciez-vous cela ?

L’usage de la force militaire, surtout une force internationale, ne réglera pas le problème. Cela donnera plutôt raison à ceux qui veulent diviser ou détruire le pays. Il y a des exemples à travers le monde: on n’a jamais vu une intervention militaire régler le problème. Si, par la force des choses, une intervention militaire se déroulait, ce serait regrettable. Notre mouvement condamne le règlement du problème par la force. Mais si nous sommes obligés d’aller à la guerre, nous ferons la guerre.

Avez-vous les moyens militaires nécessaires pour affronter les forces de la CEDEAO ?

Nous sommes prêts à nous battre jusqu’au dernier sacrifice. Une intervention militaire serait une coalition contre le peuple touareg. Et c’est extrêmement grave. Sur ce point, je voudrais attirer l’attention de l’opinion internationale que c’est ce qui est en train de se passer. Certes, la CEDEAO et les Occidentaux brandissent le fait qu’il ya des prises d’otages, des actes terroristes, mais je tiens à signaler que les Touaregs ne sont pas des terroristes. Ils ne sont pas non plus des preneurs d’otages. Dire qu’on s’attaquera aux terroristes et qu’on ne s’attaquera pas aux autres, franchement, je ne sais pas comment on peut le faire. En tout cas, les experts qui feront ce plan auront du travail !

Voulez-vous dire que sur le terrain, il y a une certaine confusion entre AQMI et les populations touarègues ?

De toutes les manières, AQMI est un peu partout. Il ne va pas rester sur place. Sa force, c’est la mobilité. On ne peut donc pas dire qu’on s’attaquera à AQMI dans telle zone ou dans telle autre. Il est présent sur tout le territoire.

De façon très précise, quelles sont les revendications de Ansar Eddine ?

C’est quand le dialogue avec le gouvernement malien commencera que nous mettrons sur la table nos revendications. Pour le moment, nos objectifs ne sont pas connus du grand public. Si nous le faisons maintenant, cela pourrait entraîner des blocages dans le processus. Si par exemple, nous disons que nous accepterons le dialogue à condition que l’autre partie accepte la charia, cela pourrait entraver la dynamique que nous avons entamée pour aboutir au dialogue.

Le gouvernement malien a déposé une plainte pour «crimes de guerre» à la CPI contre les mouvements armés qui occupent le nord du Mali Comment appréciez-vous cela ?

Je n’en sais pas grand-chose; je ne peux donc pas vous répondre. Mais c’est de bonne guerre. Quand on est en guerre, tous les coups sont permis.

De votre côté, que reprochez-vous à l’armée malienne ?

Nous lui reprochons les massacres qui se déroulent vers Sevaré, Diabali et d’autres localités. Nous déplorons et condamnons cela. Le hic, c’est qu’on n’a pas l’impression que ce sont des Maliens qui meurent. On ne sait pas non plus quels arguments ceux qui les tuent avancent. On en parlera peut-être plus tard. Pour l’instant, l’armée malienne a des problèmes. Elle se cherche. Il est sûr aussi qu’ on y trouve des soldats égarés, des brebis égarées qui continuent de se livrer à des exactions et des bavures dans certaines localités du pays. Cela est vraiment regrettable. Un Etat doit pouvoir défendre ses citoyens, au moment où il le faut et quel que soit l'endroit où ils se trouvent. Surtout que ces massacres se déroulent au sud du pays, pas au nord.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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