ABONNEMENT EN LIGNE. Accédez à l'ensemble des articles publiés pendant la période de votre abonnement et à toutes les éditions publiées depuis 2012. Pour vous abonner, contacter notre Service clientèle: (00226) 25 411 861, (00226) 71 13 15 14 ou (00226) 72 50 2222. E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Dans l’antichambre de la morgue

05 Entre- morgueSur l’avenue du capitaine Thomas Sankara, à la hauteur de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, il y a deux grands portails noirs auxquels les passants ne prêtent pas toujours attention ou feignent de n’avoir pas vus. Mais ils savent très bien, et c’est d’ailleurs écrit blanc sur noir, qu’il s’agit de la morgue, la maison de transit des dépouilles mortelles. Comment fonctionne cet autre service du centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo ? Visite guidée avec le régisseur de la morgue, Clément Ouédraogo.

Clément Ouédraogo, la cinquantaine environ, est un homme bien bâti et très jovial. Il est agent de santé et s’occupe, depuis quelques années, de la régie de la morgue de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Son quotidien ? Gérer les cadavres en attendant qu’ils soient enlevés par leurs familles et conduits à leur dernière demeure. Par jour, les brancardiers transportent à son service en moyenne entre 4 et 8 corps d’hommes que les médecins n’ont pas réussi à sauver.

Le morguier en chef de l’hôpital Yalgado a un programme de travail identique à celui d’un fonctionnaire normal, non fictif. En matinée comme dans l’après-midi, il occupe son petit bureau situé à cheval sur l’enceinte de la morgue et la grande cour de l’hôpital, comme pour mieux assurer cette transition entre vie et trépas. Mais son service fonctionne en continue grâce à deux gardiens permanenciers qui sont ses collaborateurs directs. Ces derniers se relayent sur les lieux, tous les deux jours.

Avec l’autorisation du Directeur général de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, le patron de la «maison des morts» a bien voulu nous ouvrir les portes de la morgue – Nous avons dit «non, merci !» pour certaines portes –. L’infrastructure a une capacité normale de huit places pour cadavres ; des chambres froides qui sont faites de deux armoires métalliques à 4 tiroirs chacune. A cela, il faut ajouter une troisième armoire à 3 tiroirs pour, semble-t-il, les cadavres de personnes indigentes.

Les services de la morgue de l’hôpital Yalgado ne sont ouverts aux usagers «vivants» que dans la journée. Une gigantesque affiche à l’entrée du bâtiment principal et sous les hangars d’attente indique clairement que la morgue est «ouverte aux usagers entre 6h00 et 18h00. Après 18 h donc, les vivants ne sont plus les bienvenus. Les gardiens qui y assurent la permanence sont chargés d’ouvrir les portes pour recevoir d’éventuels nouveaux locataires, explique le maître des lieux qui, chaque matin, reçoit de la part des gardiens, un compte rendu détaillé sur les nouveaux arrivés. Avant de procéder à une levée du corps, les parents des défunts sont invités à la caisse de l’hôpital pour s’acquitter des frais de «séjour» de la dépouille, qui varient entre 5 000 et 10 000 F CFA par jour, nous a confié le morguier Clément Ouédraogo. Et ces tarifs sont aussi portés à la connaissance de tous, à travers la grande affiche mise à l’entrée du service.

Faire de la morgue, un endroit où il fait bon… vivre

Ceux qui ont fait un tour à la morgue du centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo ces derniers temps ont sans doute constaté que l’infrastructure a été entièrement relookée et mise au goût du jour. Jadis défectueux, le système de climatisation a été entièrement rénové avec de nouveaux climatiseurs-armoires pour une meilleure conservation des corps et un mieux-être des usagers de la morgue. «Vous pourriez imaginer ce que vous voulez, mais moi, je ne peux m’empêcher de jeter des fleurs au DG pour cette réhabilitation intégrale de la morgue», indique Clément Ouédraogo qui se réjouit de désormais travailler dans un bureau entièrement refait et plus accueillant. Et ce n’est pas tout: les gardiens de nuit ont désormais le luxe, et nous en avons fait le constat, de passer la nuit dans une maisonnette nouvellement climatisée. Qui dit mieux ? En plus, l’enceinte de la morgue est en chantier. Des arbres gênants ont été abattus pour rendre plus aéré le hall d’attente. L’espace ainsi dégagé est prévu pour être fleuri et gazonné. L’objectif, selon le régisseur de la morgue, c’est de «rendre plus accueillants ces locaux où l’on vient déjà suffisamment affligé par la perte d’un être cher».     

Les rumeurs les plus folles courent sur la morgue qui serait un endroit où les fantômes se font la guerre, nuitamment. Mais il n’en est rien, rassure Clément Ouédraogo pour qui un mort, est un mort. De mémoire de ce quinquagénaire, aucun événement mystique ou mystérieux n’a déjà été enregistré à la morgue de l’hôpital Yalgado. Aucun cadavre n’a déjà été à l’origine d’une scène de panique, rassure-t-il. D’ailleurs, la manipulation des cadavres n’est pas l’apanage du service de la morgue qui, selon le régisseur, se contente de conserver les corps dans les chambres froides et les restituer ensuite aux parents sur présentation des reçus de caisse. «Ce sont les brancardiers qui nous apportent les corps qui sont ensuite enlevés par les parents ou les services de pompes funèbres», précise Clément Ouédraogo qui avoue être habitué aux cadavres, car ayant lui-même été brancardier avant d’être affecté à la régie de cette maison intermédiaire entre le lit d’hôpital et celui du repos éternel, dressé six pieds sous la terre légère.

Paul-Miki ROAMBA

Aller au haut
X

Right Click

No right click