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Le PM ira-t-il jusqu’au bout ?

L’affaire défraie la chronique ! Et semble même avoir provoqué une sorte de «séisme» dans certains milieux. Depuis que le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, a ordonné à l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE) de lui fournir, “dans un délai de dix (10) jours, la liste des personnes identifiées dans tous ses rapports comme responsables de fautes lourdes de gestion ou de détournement de deniers publics”, nombreux sont ceux qui cherchent à sauver leur tête. Le PM a été clair: il y aura des sanctions. Et ça ne saurait tarder. “Au plus tard dans le mois d’octobre”, a-t-il précisé.

Mais cette opération “mains propres”, lancée en grande pompe, se déroulera-t-elle en toute transparence ? Il est permis d’en douter. En effet, depuis la publication de la première partie de la liste jugée “hautement confidentielle” par nos autorités (voir notre édition du 25 septembre), une batterie de mesures a été déployée pour tenter de retrouver nos sources d’information. Une enquête a ainsi été menée dans certains services de l’administration. Mais c’est peine perdue ! A moins que l’on veuille, coûte que coûte, trouver des boucs émissaires... Dans tous les cas, que l’ASCE et le Premier ministère le sachent une fois pour toutes: jamais nous ne livrerons nos sources d’information. C’est sacré ! Et même très sacré ! En clair, ces deux hautes structures de l’Etat, qui ont décidé de bander les muscles contre la corruption, les détournements de fonds publics et autres malversations, devraient plutôt revoir leur copie. Comment peuvent-elles, en effet, engager une lutte pour la transparence dans la gestion des affaires publiques et faire, au même moment, preuve d’opacité ? Que cherchent-elles à cacher ? Cette opération, engagée à quelques semaines de la campagne électorale, est-elle vraiment sincère ? Le Premier ministre gagnerait à poser des actes concrets, en toute transparence. Les citoyens ont le droit de savoir ce que font leurs gouvernants. Il est temps de crever l’abcès, sans complaisance. Car, comme dirait l’autre, “y en a marre des promesses non tenues”. A moult reprises, de hauts responsables de l’Etat ont pris des engagements solennels sans jamais les respecter. Cette situation a fini par créer un climat de méfiance entre gouvernants et gouvernés. Et c’est ce qui explique, en bonne partie, la désaffection électorale des citoyens.

Luc Adolphe Tiao doit donc aller au-delà des discours mielleux. Sans pour autant faire une chasse aux sorcières. Voici, à ce sujet, une question capitale. Les personnes accusées auront-elles la possibilité de se défendre ? Comme nous l’avons écrit dans notre précédente édition, tous ceux qui sont cités dans la liste transmise au Premier ministre sont présumés innocents tant qu’ils n’ont pas été entendus, jugés et condamnés par un tribunal. Le PM devrait donc donner la possibilité à chacun de s’expliquer. Mais attention ! Lorsque les faits sont suffisamment graves, l’administration doit impérativement prendre certaines sanctions en attendant que le droit soit dit. Certes, Tiao veut aller vite, très vite. Il a affirmé qu’il transmettrait “immédiatement” les listes “aux ministres et présidents d’institution” dont les individus mis en cause relèvent “en vue de l’élaboration d’un rapport sur chacune des personnes concernées à soumettre au Conseil des ministres dans un délai de quinze jours suivant la réception des listes”. Ces rapports que l’on cherchera sans doute à classer top secret, se feront-ils en toute objectivité ? Il faut éviter que les ministres et présidents d’institution n’en profitent pour faire des règlements de comptes. C’est pourquoi la transparence doit prévaloir à tous les niveaux. Certes, il faut des sanctions, mais il faut que cela se passe dans la rigueur et l’équité nécessaires, afin de donner un coup de pouce à la bonne gouvernance. Dans tous les cas, il importe de briser les chaînes de l’impunité. Et ça, le PM l’avait annoncé, en avril 2011, aux premières heures de son arrivée à la Primature.”Mon gouvernement veillera à ce que les responsables mis en cause dans les dossiers de mauvaise gestion, de corruption, de concussion soient immédiatement relevés de leur fonction, dans l’attente de jugements en bonne et due règle”, avait-il martelé. Quelques mois après, face aux exigences populaires de plus en plus pressantes, il avait affirmé qu’il avait besoin de preuves pour engager un combat contre la corruption. Les preuves étaient pourtant là, en face de lui. Il suffisait de feuilletter les rapports de l’ASCE, de la Cour des comptes, de l’Inspection générale des finances, de l’Inspection générale du budget et des inspections techniques des ministères pour s’en convaincre. Le Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC) avait aussi adressé au président du Faso et au Premier ministre deux importants mémorandums. Ces documents, riches en infos, égrènent des faits de corruption qui se sont produits pendant plusieurs années. Mais les autorités concernées n’en ont jamais donné suite. A plusieurs reprises, le REN-LAC est monté au créneau, en vain. D’autres dossiers, traités dans l’opacité par l’administration, avaient fini par être enterrés. Et leurs auteurs, qui avaient visiblement les mains sales, ont même été nommés, par la suite, à de hautes fonctions. Les faits étaient pourtant suffisamment graves. Et même très graves.

Luc Adolphe Tiao saura-t-il aller au-delà des promesses politiques ? Après la publication de la liste des personnes épinglées dans les rapports de l’ASCE en 2010 et 2011 (Courrier confidentiel du 25 septembre), voici celle des présumés responsables “de fautes lourdes de gestion ou de détournements de deniers publics” identifiés dans les rapports de l’ASCE en 2008 et 2009, et transmise au PM. On attend de voir la suite.

Hervé TAOKO

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