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Comment le commissaire Sondo a précipité le limogeage du ministre

Paul SondoLes choses sont allées vite, très vite. Le Président Compaoré n'avait pas trop le choix. Le rapport transmis par le Directeur général de la police, Paul Sondo, suite au tumult engendré par le témoignage dans la presse du jeune mécanicien, Adama Kima, qui dit avoir été battu par des agents de sécurité, a été l'élément fatal pour le ministre de la Justice, Jérôme Traoré. La pression populaire aidant, et de peur que de nouvelles manifestations ne mettent à mal le pays, les hautes autorités ont tranché dans le vif. Pourtant, le rapport du commissaire Sondo était biaisé. Et il n'y a pas que ça.

Nous avons pu, de sources internes à la police, obtenir une copie du rapport. Le commissaire Sondo n'a pas pris la peine de mentionner dans le document transmis à ses supérieurs, la version des policiers en service ce jour-là, ni celle des gardes de sécurité pénitentiaires qui ont conduit le jeune mécanicien à la police. Il s'est contenté de relater ce qu'aurait affirmé Adama kima. Son rapport semble visiblement orienté contre le ministre, ce dernier n'ayant pas non plus été approché, selon nos sources, par le DG de la police afin de comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire. Pourtant, dans son rapport, le commissaire Sondo affirme que sa démarche visait à "s'imprégner des circonstances dans lesquelles l'incident est survenu". Mais au finish, son rapport était pratiquement à sens unique. Ce n'est, en réalité, que la version du mécanicien qui y figure, savamment habillée par Paul Sondo qui n'a pas non plus hésité à s'octroyer des points dans la résolution de cette affaire brûlante. Il explique que "Monsieur Kima s'est montré très sensible à la démarche effectuée par le DGPN, mais s'est dit très remonté contre les éléments qui l'ont passé à tabac avant de le conduire au commissariat central de police. Selon ses propos, il aurait admis une correction exercée par le ministre en personne. Par ailleurs, tout en saluant l'initiative du DGPN, monsieur Kima a fait comprendre qu'une telle démarche effectuée par le ministre lui aurait mis plus de baume au coeur". Et comme s'il voulait décocher des flèches sur le ministre, le commissaire parle de "certains agents" de la magistrature qui n'auraient pas compris la position de leur ministre. Mais à propos de ces prétendus "agents de la magistrature", le DG de la police ne donne aucune précision dans son rapport, au point qu'on a l'impression qu'il s'est couvert de cette expression ("certains agents de la magistrature") pour régler des comptes personnels. En tout cas, il n'a pas hésité à accabler le ministre qui "a préféré", selon les prétendus agents de la magistrature, non identifiés, mais cités par le DG de la police, "appeler directement la police pour la relaxe du nommé Kima". Le commissaire Sondo ajoute même qu'ils "auraient souhaité que leur ministre reste sur la logique des instructions à donner à son administration plutôt que de vouloir agir personnellement. Pour ceux-ci, il aurait dû laisser poursuivre la procédure jusqu'à la conduite de l'intéressé au parquet, ce qui ne lui aurait pas permis de contacter les organes de presse dans un état physique déplorable".

«Faux rapport»

jeromePourtant, si le DG de la police avait pris la peine d'inclure dans son rapport les versions des autres acteurs de l'affaire, il se serait mieux "imprégné des circonstances dans lesquelles l'incident est survenu", si son intention était vraiment de s'imprégner de ces circonstances. Le chef du service sécurité de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou, qui a conduit, avec trois assistants GSP, Adama Kima au commissariat central de police, a produit un rapport de mission, mais ce document a été royalement ignoré par le Commissaire Sondo. Aucun point de la version du chef de service Sécurité de la MACO ne figure dans le rapport final de Paul Sondo. Le même sort a été réservé au rapport produit par l'officier de police qui était de permanence au commissariat central le 19 février, date à laquelle Adama Kima a été interpellé. Dans ce dernier rapport, dont nous avons pu obtenir une copie, il est indiqué que c'est plutôt le Procureur du Faso qui a appelé l'un des assistants de police, après avoir tenté sans succès de joindre ses supérieurs, afin "de lui ordonner une intervention au domicile de monsieur le ministre de la Justice pour interpeller un individu auteur d'outrage et d'injures publiques à l'encontre de monsieur le ministre de la Justice". Selon des témoignages concordants, le ministre n'a pas appelé directement la police pour qu'elle vienne chercher Kima, comme le véhiculent certaines rumeurs, mais plutôt le Procureur du Faso qui a ensuite contacté la police. "A peine cette équipe de la police est-elle partie que sont arrivés le contrôleur de la garde de sécurité pénitentiaire (...) et trois assistants conduisant le nommé Kima Adama", peut-on lire, entre autres, dans le rapport de l'officier de permanence ce jour-là au commissariat central.

Mais le rapport final, produit par le Directeur général de la police, occulte ces versions et ne s'en tient qu'à une: celle de Adama Kima. Pourtant, le commissaire Sondo avait bien connaissance des deux rapports. Son rapport final est tellement à sens unique que certains se demandent si le commissaire Sondo n'avait pas une dent contre le ministre et voulait absolument le voir éjecté de son fauteuil. Ce "faux rapport" a été envoyé en haut lieu. Le DG de la police y précise qu'"on peut retenir que le sieur Kima n'entretient pas une certaine haine à l'encontre de l'autorité; ce qui n’est pas le cas pour les agents qui l’ont conduit au commissariat (...)". Et la sentence est tombée, brusque et fracassante: le ministre a été limogé. Le commissaire a, lui aussi, été éjecté de son fauteuil, quelques semaines après. En haut lieu, on aurait découvert que son rapport était un faux. Et la sanction est tombée, de façon fracassante sur sa tête.

Hervé D’AFRICK

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