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Au nom de la transparence dans la gestion des affaires publiques

Le Premier ministre Luc Adolphe Tiao a tapé du poing sur la table ! Ses propos, aux allures de menaces, ont dû troubler le sommeil de certains «voleurs» de la république. Il a demandé, le 14 septembre, à l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE) de lui fournir, «dans un délai de dix (10) jours, la liste des personnes identifiées dans tous ses rapports comme responsables de fautes lourdes de gestion ou de détournement de deniers publics». Et il a été clair: un rapport sera établi sur chacune de ces personnes. «Il y aura des sanctions», a-t-il martelé.

Et voilà ! Les dix jours sont arrivés ! La liste est prête ! Elle a été remise au Premier ministre. Et depuis lors, on nous crie partout qu’elle est confidentielle ! De l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE) au Premier ministère, en passant par le ministère de la Communication, porte-parole du gouvernement, on nous a craché, droit dans les yeux, qu’il était impossible de mettre cette liste à la disposition des journalistes. Nous avons insisté, insisté et insisté, en vain ! Il a fallu donc faire un travail de fourmi. Nos journalistes ont fouiné partout. Nous avons réussi à feuilleter les rapports de contrôle, d’inspection ou de vérification confidentiels de l’Inspection générale des finances (IGF), de l’Inspection générale du budget (IGB), des inspections techniques des services des départements ministériels... Nous avons donc passé au crible les rapports concernant les contrôles effectués par ces structures entre 2008 et 2011. Nous les avons croisés avec les quatre rapports (2008, 2009, 2010 et 2011) de l’ASCE. Et aussitôt se sont dégagées des odeurs nauséabondes. Nous avons découvert des choses surprenantes. Les malversations financières sont énormes: détournements de fonds, manquants de caisse, dépenses sans pièces justificatives… Certains se sont carrément permis de piller les caisses de l’Etat ; d’autres ont même puisé dans les fonds réservés à la scolarisation des orphelins et des enfants atteints par le VIH… Et tout cela se passe au pays des «hommes intègres». Le préjudice est énorme pour les caisses de l’Etat, pour l’économie nationale et le développement du pays.

Le Premier ministre vient donc d’engager un combat farouche contre la corruption, les détournements et autres pratiques malsaines. Mais jusqu’où ira le PM ? Certes, il a annoncé un chronogramme précis. Mais c’est sûr qu’en face de lui se dresseront des barrières. Réussira-t-il à les briser ? Les fonds détournés reviendront-ils dans les caisses de l’Etat ? Va-t-on simplement demander aux personnes épinglées de rembourser les sommes détournées ? Ou va-t-on aussi engager des poursuites judiciaires ? Dans tous les cas, l’ASCE a fait son boulot. Le Premier ministre vient, lui aussi, de prendre des engagements. Mais c’est au pied du mur qu’on reconnaît, dit-on, le vrai maçon ! Il faut donc aller au-delà du discours. Mais qu’on ne s’y méprenne pas: seul, Luc Adolphe Tiao ne pourra rien. Il a besoin de soutien dans cette lutte hardie contre la corruption, les détournements et autres malversations. Chaque maillon de la chaîne doit jouer sa partition. Sinon, le PM, malgré sa bonne foi, risque d’être «écrasé» par des puissances politiques ou financières.

Le chemin est parsemé d’embûches. Et les défis sont énormes. Il n’y a pas que l’ASCE. Il est temps, grand temps, de donner un coup de pied dans la fourmilière des rapports produits par la Cour des comptes depuis sa création en 2000. A ce niveau, le constat est lamentable. Les rapports se succèdent mais il n’y a jamais de sanction. Et ces derniers temps, il semble avoir un blocage dans la maison. L’année 2012 tire inexorablement vers sa fin, alors que la Cour des comptes, haute juridiction chargée du contrôle des finances publiques, n’a pas encore publié, ni son rapport 2010, ni celui de 2011. Après l’ASCE, le PM doit impérativement jeter un coup d’œil dans les placards de la Cour des comptes. Car il ne s’agit pas seulement de produire des rapports. Il faut des suites à ces rapports. Il faut aussi des sanctions contre les «voleurs de la république ». Des milliards de francs CFA ont déjà été détournés par des individus ou groupes d’individus sans scrupules. C’est trop ! Il faut, coûte que coûte, arrêter la saignée.

Certes, tous ceux qui sont cités dans la liste transmise au PM par l’ASCE sont présumés innocents tant qu’ils n’ont pas été entendus, jugés et condamnés par un tribunal. Mais il est temps de briser les chaînes de l’impunité.

Bref, nous vous proposons ici la liste des personnes épinglées en 2010 et 2011. Notre Constitution est claire: les citoyens burkinabè ont droit à l’information. C’est pourquoi nous avons décidé de publier cette liste que nos autorités disent avoir classée top secret. Dans notre prochaine édition, nous publierons la liste complète des personnes «identifiées comme responsables de fautes lourdes de gestion et de détournements de deniers publics» en 2008 et 2009 par l’ASCE et les structures de contrôles qui lui sont rattachées. Mais en attendant, c’est chaud dans certains milieux. Chacun veut sauver sa tête. L’ex-ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, Joseph Paré, nommé par la suite ambassadeur du Burkina en France, a été contraint, selon des sources concordantes, de démissionner de ses fonctions. Affaire à suivre.

Hervé TAOKO

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