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«Le MUJAO vient de couper la main droite et le pied gauche de 5 personnes»

microLa situation est de plus en plus préoccupante dans le Nord du Mali. Des combattants de Boko Haram, le groupe terroriste qui a perpétré de nombreux attentats au Nigeria, sont arrivés. Des combattants venus du Cap-Vert, du Liberia et du Maroc se sont aussi signalés. Al Qaida et le MUJAO affûtent leurs armes pour faire face à une éventuelle intervention militaire de la CEDEAO. De nombreux enfants armés sillonnent la ville de Gao. La population, elle, a peur, très peur. Le MUJAO vient encore de frapper fort. Il a amputé, le 10 septembre, la main droite et le pied gauche de cinq personnes. L’un des habitants de Gao, qui suit de très près la situation depuis le début de la crise, retrace le film des événements. Pour des raisons de sécurité, il a souhaité que son identité ne soit pas mentionnée ?

Courrier confidentiel: Que s’est-t-il concrètement passé le 10 septembre ?

Vers 13h 30 mn, des éléments du MUJAO ont embarqué cinq personnes dans leur véhicule. Ils sont directement allés dans le bâtiment de la douane. Ils ont ensuite ligoté quatre d’entre eux. Ce qui s’est passé ensuite est trop macabre. Ils ont amputé le pied gauche et la main droite de chacune des quatre personnes. Cela s’est passé à l’insu de la population. Seuls quelques témoins ont assisté à cette amputation de mains et de jambes. Ce n’est qu’après que les gens ont vu les quatre hommes qui venaient de subir la charia. Le cinquième, lui, a été conduit à la Place de l’indépendance de Gao. Il a également été ligoté. Sa main droite et sa jambe gauche ont aussi été amputées. C’était trop macabre.

Que leur reprochait-on au juste ?

Ils sont accusés d’avoir intercepté, il y a environ un mois, un car en provenance du Niger et dépouillé tous les passagers de leurs biens. La sentence est tombée aujourd’hui. C’était très triste.

C’est donc la panique dans la ville, j’imagine…

Les habitants de Gao ont observé de loin les membres du MUJAO appliquer leur charia. Cette fois, il n’y avait pas grand monde à la Place de l’indépendance de Gao. Les gens ont refusé de cautionner de telles pratiques en laissant les éléments du MUJAO, seuls face à leur conscience. C’est une façon de protester. Et cela se comprend. En effet, bien avant ces événements, les marabouts et autres responsables religieux de Gao, qui officiaient ici bien avant l’arrivée des groupes islamistes, avaient demandé aux gens de ne pas être présents lors de l’application de la charia. Les habitants de Gao ont fortement respecté cet appel.

Comment le MUJAO et Ançar Dine sont-ils organisés au sein de la ville ?

Le MUJAO est omniprésent à Gao. Mais on ne perçoit pas tout le temps An çar Dine. Ces deux groupes collaborent cependant très bien, en parfaite intelligence, je dirais.

En parfaite intelligence ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Nous les voyons assez souvent ensemble. Et lorsqu’ils agissent, tout porte à croire qu’ils le font de commun accord.

Y a-t-il une présence massive d’armes à Gao ?

Oui, les armes circulent beaucoup ici. Chaque jour, de nouveaux combattants arrivent pour le compte du MUJAO. Ce mouvement a aussi armé de nombreux enfants qui se promènent dans la ville. De très nombreux enfants.

Quel âge ont-ils ?

Entre 16 et 18 ans. Ce sont des enfants qui n’ont aucune expérience en matière de conflit. Nous ne savons pas non plus d’où ils viennent.

Avez-vous constaté la présence de combattants d’autres nationalités ? Niger, Burkina, Ghana et d’autres pays ?

Il y a une présence très visible de combattants du groupe islamiste Boko Haram. Ce groupe a perpétré de nombreux attentats au Nigeria. Certains combattants sont venus du Cap-Vert et du Liberia. On nous a également signalé la présence de Marocains aux côtés du MUJAO.

Et concernant le Burkina ?

Tous les responsables du MNLA (NDLR: Mouvement national de libération de l’Azawad) sont établis au Burkina. Les autres combattants du MNLA ont disparu. En tous cas, on ne les voit pas sur le terrain.

Avez-vous entendu parler de la présence de combattants burkinabè dans le Nord du Mali ?

Pour le moment, nous n’avons pas eu échos de cela.

Vous avez parlé d’une présence très visible de combattants de Boko Haram. Qu’est-ce qui permet de les distinguer ?

Ils ont les cheveux tressés et ils parlent anglais le plus souvent. Ils ne comprennent pas les langues locales. Nous avons pu vérifier grâce à certaines sources proches du MUJAO qu’il s’agissait bel et bien d’éléments de Boko Haram.

Sont-ils très menaçants ?

Nous n’avons pas constaté, pour le moment, de menaces précises les concernant vis-à-vis de la population.

Pourquoi sont-ils là, selon vous ?

Pour renforcer les rangs du MUJAO en cas d’intervention militaire. Le MUJAO a pris très au sérieux la menace de la CEDEAO et est prêt à en découdre.

Al Qaida est également présent dans la zone. Ses membres sont-ils fréquents à Gao ?

Oui. La plupart sont des arabes. Ils ont la peau très claire. Ceux du MUJAO sont, pour l’essentiel, de peau noire. La plupart des membres du MUJAO sont des gens que nous connaissions ici avant que les responsables des groupes islamistes se signalent.

Comment l’intervention militaire envisagée par la CEDEAO est-elle perçue par la population de Gao ?

C’est plutôt la peur. La plupart des gens ici se demandent si une intervention militaire épargnera la population civile. Il faut qu’on nous explique comment une telle intervention peut se faire sans tuer des innocents. Si cette intervention n’est pas bien maîtrisée, les conséquences risquent d’être énormes, et même très énormes. C’est ce qui inquiète le plus.

Préférez-vous le dialogue à une intervention militaire ?

Nous souhaitons qu’il y ait le dialogue pour que la population soit épargnée d’une intervention militaire.

Pensez-vous que le dialogue soit possible alors que le MUJAO continue d’amputer des mains et des jambes ?

Je pense que le dialogue est toujours possible. C’est mieux par rapport à la guerre. Il faut être à Gao, vivre les réalités d’ici, pour comprendre à quel point la population craint de périr en cas d’intervention militaire.

Les otages occidentaux sont également dans le pétrin. Que sont-ils devenus ?

Nous n’avons pas d’informations précises les concernant. Nous avons vu la dernière vidéo qui a été diffusée par les médias dans laquelle ils demandent de privilégier les négociations afin qu’ils soient libérés. Mis à part cela, nous n’avons pas d’autres informations.

Qu’avez-vous envie de dire d’autre, quelque chose de spécial, pour terminer cette interview ?

Je souhaite vivement que la paix revienne dans notre pays, surtout dans la partie nord. Beaucoup de Maliens se sont déplacés ou se sont réfugiés dans d’autres pays. Et cela créent naturellement d’autres problèmes. Notre grand souhait est que la paix revienne afin qu’ils puissent regagner leur pays.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

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