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Excellence Monsieur le Président ?

francoisPetite devinette: à quoi pense François Compaoré, chaque matin, en se rasant ? Au gros fauteuil de la Présidence, occupé, depuis 1987, par son frère ? … Décryptage.

Le frère cadet de notre Président, François Compaoré, a un peu vieilli. Il aura 61 ans en 2015. Et il sait bien qu’il joue ses dernières cartes. S’il ne trouve pas la stratégie adéquate pour occuper le fauteuil de Président dans trois ans, il ne pourra probablement plus le faire. En 2020 ? Non, il risque d’être un peu usé par l’âge. Il aura 66 ans. Affaibli politiquement aussi. Son frère ne sera plus aux commandes. Et cela risque de lui plomber les ailes. Les jeunes loups de la scène politique ne lui feront pas de cadeau. Si François veut être Président, c’est maintenant ou jamais. Et tout se passe comme si les choses avaient été planifiées. Selon des sources proches du Président Compaoré, ce dernier devrait quitter le pouvoir peu avant la fin de son dernier mandat. «En fin 2014 ou début 2015», confie l’un de ses compagnons politiques. Et d’ajouter que si le schéma tel que prévu actuellement ne change pas en fonction des événements, ça se passera exactement comme cela». Mais très vite, il ajoute que le Président Compaoré est imprévisible. «Il peut décider d’un schéma A le matin et opter, le soir, pour un schéma B. Tout est donc susceptible de changer». Mais dans tous les cas, précise-t-il, «il ne sera pas candidat en 2015». Et le meilleur moyen de ne pas être surpris par une mauvaise tournure des événements après 2015, c’est de placer dans le fauteuil de Président «quelqu’un à qui il a entièrement confiance». Qui d’autre que François Compaoré peut bien jouer le rôle de soupape de sécurité ? Selon nos sources, cette question de haute importance a déjà été débattue dans le cercle restreint du Président. Certaines cartes ont été minutieusement analysées. Mais toutes ont été rapidement rangées. On cite par exemple les noms de Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Juliette Bonkoungou. Mais très vite, on a estimé que leur positionnement pourrait entraîner une fracture au sein du parti. Et cela risquait d’être difficilement maîtrisable. Le nom de l’actuel ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité, Jérôme Bougouma, a également été passé à la loupe. «C’est un cousin de François Compaoré», précise notre interlocuteur. C’est aussi lui, en réalité, qui est chargé des questions juridiques du Président. En quelque sorte, une «éminence grise». Mais il a finalement été mis à la touche. Le ministre des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, franc-maçon devant l’éternel, n’a pas non plus franchi la barre. D’autres personnes, et non des moindres, ont également été recalées. A moins que des événements particuliers s’imposent et les imposent, tous devront regarder à distance le fauteuil que Blaise Compaoré quittera probablement en début 2015.

François ? «C’est la seule carte qui semble inspirer confiance au Président», note un ancien ministre, assez proche de Blaise Compaoré. Et un diplomate européen, en poste à Ouagadougou, d’ajouter que «cette proximité familiale dont jouit François Compaoré, peut passer, à la seule condition qu’il bénéficie du poids politique et de l’influence de son frère Président». Mais très vite, il précise que «cette façon de procéder ne fera pas forcément le bonheur de Blaise, ni celui de François. C’est un couteau à double tranchant car, même installé au pouvoir, ce n’est pas évident que François puisse véritablement consolider son assise». La raison est simple: «Au fil des années, il s’est fait beaucoup d’ennemis», affirme le diplomate, visiblement convaincu.

Oui, François Compaoré, celui que l’on qualifie de «petit président», sait qu’il a fait de nombreux mécontents. Et ces derniers attendent sans doute leur heure pour prendre leur revanche sur ce nouveau dinosaure politique qui a pris le temps de tisser, par des manœuvres diverses, sa toile avant de les écraser.

Le Secrétariat exécutif national, sorti du moule du dernier congrès du parti, en mars dernier, a provoqué, à l’évidence, une fracture interne du parti. Ce jour-là, un haut responsable du CDP, après avoir eu échos de la configuration de la nouvelle sphère dirigeante, a immédiatement claqué la porte du congrès. Il était ensuite allé passer quelques jours au Ghana. Histoire d’oublier un peu le coup de massue qui venait d’être infligé à certains hauts cadres du parti. La sentence serait directement venue du Palais de Kosyam. C’est en effet le jour de la clôture du congrès que le président du parti, Roch Marc Christian Kaboré, est allé chercher la liste des heureux élus à la Présidence du Faso. «En réalité, il n’y a jamais eu d’élection pendant le congrès», rectifie, très vite, un membre très influent du Secrétariat exécutif national, pas très fier de son nouveau poste. «S’il y avait eu élections, tel que le prévoient les textes du parti, jamais on aurait eu, dit-il, un tel bureau qui ressemble, à tous points de vue, à un conglomérat de petits copains». Et il ajoute que Salif Diallo et les «refondateurs» qui avaient déserté le parti il y a quelques années, «avaient tout à fait raison: la démocratie interne au CDP est en panne. Même les prétendues primaires organisées dans la perspective des élections couplées du 2 décembre, ne sont en réalité que de la poudre aux yeux. La volonté de la base ne sera jamais respectée. Suivez bien l’évolution de la situation; vous verrez qu’il y aura des chamboulements à vous couper le souffle». Et voici la grande question qui tombe, brusque et fracassante: «Savez-vous pourquoi ni Roch Marc Christian Kaboré, ni Salif Diallo, ni Simon Compaoré n’ont présenté leurs candidatures à ces prétendues primaires ? C’est parce qu’ils ne croient plus au parti. Ils savent que François Compaoré a placé des mines anti-personnelles partout». Et il ne s’arrête pas là. «Si la démocratie interne fonctionnait correctement, ces trois leaders que je viens de citer seraient au-devant de la scène. Mais je suis persuadé qu’ils n’ont pas encore dit leur dernier mot».

Mais comment François Compaoré a-t-il réussi à bousculer les bonzes du parti pour s’imposer ? Et même occuper, à la surprise générale, le 4 mars dernier, le poste très stratégique de Secrétaire chargé du mouvement associatif ? Selon plusieurs sources internes au parti, «le vrai patron du CDP, ce n’est pas le nouveau Secrétaire exécutif, Assimi Kouanda, mais plutôt François, le frère du Président». D’ailleurs, à la clôture du congrès, ils étaient nombreux à se bousculer pour le saluer. Evidemment, il était aux anges ! Il venait de réussir un bon coup ! Il a pu reléguer au second plan, les «éléments gênants du parti», affirme l’un de ses proches qui dit avoir été surpris d’être maintenu dans la sphère dirigeante du parti alors que des bonzes comme Salif Diallo, Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré, Paramanga Ernest Yonli, Juliette Bonkoungou et bien d’autres caciques du pouvoir «ont été mis au garage».

cdpistes

Pourtant, François Compaoré, nommé conseiller spécial du Président en 1989, puis, plus tard, conseiller économique, était un grand inconnu de la scène nationale. C’est l’affaire David Ouédraogo qui l’a propulsé dans l’opinion. David était le chauffeur de François Compaoré. Mais tout a basculé en 1997 lorsque Salah Ouédraogo, fille de la riche femme d’affaires Alizèta Ouédraogo, et épouse de François Compaoré, accuse David Ouédraogo de leur avoir dérobé 30 millions FCFA. Ainsi commence la descente aux enfers du chauffeur du frère du Président. L’accusé et deux autres domestiques sont maintenus dans les geôles de la Sécurité présidentielle. Un mois plus tard, il est passé à tabac et finit par mourir à l’infirmerie de la Présidence. Les autres domestiques échappent de justesse à la mort. L’un d’entre eux a été sérieusement torturé. Les photos prises suite à cet «acte barbare» montrent bien qu’il aurait pu perdre la vie. Le journaliste Norbert Zongo révèle l’affaire. Un an après, ce dernier est assassiné sur la route de Sapouy. La Commission d’enquête indépendante conclut à un assassinat pour des motifs politiques. Et fait un lien avec ses enquêtes sur la détention et la mort de David Ouédraogo. Dans un premier temps, François Compaoré est inculpé pour «meurtre et recel de cadavre». Mais lorsque la Chambre d’accusation de la Cour d’appel traduit le dossier au Tribunal militaire, cette instance judiciaire ne retient aucun chef d’inculpation. François Compaoré peut, dès lors, prendre une bonne bouffée d’oxygène. Surtout qu’en 2006, un non-lieu a été prononcé dans l’affaire Norbert Zongo.

Et voici le «petit président» qui se réveille avec la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP/BC). Même s’il n’est pas membre du Bureau, plusieurs responsables de cette association affirment qu’il en est le vrai patron. Selon des sources dignes de foi, l’objectif de départ de la FEDAP/BC était d’asphyxier le CDP en lui prenant ses bras financiers et ses cadres. Ainsi, de nombreux opérateurs économiques y ont accouru. Certains ont voulu absolument y faire allégeance «afin d’obtenir de gros marchés». Mais concernant la récupération des cadres, la FEDAP/BC avait lamentablement échoué. Il fallait donc changer de stratégie. L’idée de fusion entre les deux structures, brandie, entre-temps, par certains membres de la FEDAP/BC, a été très mal accueillie. On leur a vite fait savoir que les deux structures (FEDAP/BC et CDP) n’avait pas le même objet. Le CDP, en tant que parti politique, avait, entre autres, pour objectif, de conquérir et d’exercer le pouvoir d’Etat, alors que la FEDAP/BC avait un statut d’association.

Mais la bataille n’était pas pour autant terminée. A défaut de pouvoir récupérer les cadres du parti pour transformer, par la suite, la FEDAP/PC en parti politique, une nouvelle stratégie a été trouvée: phagocyter le parti. Et c’est ce que la FEDAP/PC a réussi en mars dernier pendant le congrès. Une dizaine de ses membres sont entrés dans le nouveau Secrétariat exécutif national. Ce jour-là, François Compaoré était en vedette. Son poste ? Secrétaire chargé du mouvement associatif. Un poste stratégique mais juridiquement à problèmes, note un juriste. «Selon les textes en vigueur, les associations sont apolitiques au Burkina. Le CDP a donc enfreint à la loi», affirme de son côté, un diplomate européen en poste à Ouagadougou. Avant d’ajouter que «le ministre de l’Administration territoriale aurait dû inviter le parti à revoir sa copie. Mais il n’a rien fait. Est-ce parce qu’il fait partie du CDP ?» Question à multiples inconnues.

François, lui, continue son bonhomme de chemin. Il sera en pôle position dans la région du Plateau central pour les prochaines élections législatives. Sauf tremblement de terre, il sera élu. De l’Assemblée nationale, il pourrait être propulsé au Sénat. Et même occuper la présidence de cette haute institution. La nouvelle loi est claire: en cas de vacance du pouvoir, c’est le président du Sénat qui s’installe dans le fauteuil de président du Faso. Or, selon le schéma actuel, Blaise Compaoré devrait quitter le pouvoir avant la fin de son mandat…

 

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