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Mais qui contrôle la Présidence du Faso ?

Blaise ComLes faits parlent d’eux-mêmes. La Cour des comptes, la haute juridiction chargée du contrôle des finances publiques, n’est jamais allée voir comment la Présidence du Faso gère l’argent du contribuable. Elle n’est jamais non plus allée à l’Assemblée nationale. Ni la Cour des comptes, ni l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE). Pourtant, chaque année, ces hautes institutions de l’Etat brassent d’importantes sommes d’argent. Et il s’y passe souvent des choses pas très claires. Ainsi, lors de l’examen du budget de l’Etat, gestion 2012, les députés ont dû se triturer les méninges. Il y avait une sorte de flou concernant certains documents présentés par la Présidence du Faso.

Certes, le niveau de recouvrement des recettes a connu une amélioration: il est passé de 2 430 000 FCFA en 2009 à 55 670 000 FCFA en 2010. De plus, selon la Commission des finances et du budget (COMFIB) de l’Assemblée nationale, «des efforts sont également faits pour une maîtrise des dépenses de fonctionnement». Mais il y a un gros problème: «la non-lisibilité de nombre de dépenses effectuées pour le compte du titre 5». Il s’agit précisément de l’exécution financière relative à certains marchés. La Présidence a présenté un état de la situation qui pose problème. Et les députés chargés d’examiner le dossier ont relevé un manque de transparence entre les chiffres présentés dans les documents à travers un tableau et la réalité des dépenses. Concernant l’exercice 2010, par exemple, voici leur constat: «Au vu de l’état détaillé ci-dessus, l’exécution financière présente un total de 227 072 950 FCFA contre une exécution (réelle, NDLR) de 2 418 447 000 FCFA, soit un écart de 2 191 374 050 FCFA. Cet écart important s’explique par l’exécution de certains marchés qui ne pourraient être publiés compte tenu de leur spécificité». Et cela crée, du même coup, un gros flou autour de l’utilisation des finances publiques par la Présidence du Faso. On ne sait pas exactement comment ces fonds ont été utilisés, ni à quoi ils ont servi. Sauf évidemment ceux qui gèrent directement ces billets craquants. Et comme ni la Cour des comptes, ni l’ASCE n’a cherché, jusque-là, à y voir clair, cela peut ouvrir la porte à des dérives.

Certes, certaines dépenses relèvent du secret d’Etat, mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Si, en effet, les députés, chargés de voter la loi, de consentir l’impôt et de contrôler l’action gouvernementale sont eux-mêmes dans le flou concernant cet aspect des dépenses effectuées par la Présidence, il faut avouer qu’il y a problème. Et il n’y a pas que ça. La Direction générale des marchés publics (DGMP) n’est pas du tout impliquée dans l’attribution de ces marchés. En clair, il s’agit de marchés publics pas vraiment publics et qui engagent des fonds publics qu’on se garde de rendre totalement publics ! L’argument avancé est en effet lourd de sens : ces marchés «ne pourraient être publiés compte tenu de leur spécificité».

Les députés avaient alors égrené une série de marchés à partir des documents fournis par la Présidence. Et ils avaient remarqué une expression très en vogue, mais très floue: «Acquisition d’équipements spécifiques» ! Morceaux choisis: acquisition d’équipements spécifiques (15 340 000 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (19 980 590 FCFA), acquisition de véhicules (103 250 000 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (43 512 500 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (44 989 860 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (8 136 100 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (16 792 736 FCFA), acquisition de véhicules (65 490 000 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (49 784 200 FCFA), acquisition d’équipements spécifiques (44 928 500 FCFA). Bref, la liste est longue, très longue. Dans l’un de leur document dont Courrier confidentiel a pu se procurer une copie, ils ont fini par lâcher cette expression lourde de sens: «Non-lisibilité de nombre de dépenses effectuées». Finalement, où va l’argent du contribuable ?

Hélène TRAORE

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