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Les médecins sont fâchés !

drLes conditions sociales et économiques des médecins du Burkina Faso sont loin d’être enviables. Restés en marge des agitations sociales de ces dernières années, ils ont vu leur qualité de vie dégringoler comme un château de cartes. Vite, ils se sont organisés en syndicat national pour formuler une plate-forme revendicative en 4 gros points. Le 16 juillet 2012, le document a atterri sur la table du ministre de la Santé, Adama Traoré, avec ampliation à son homologue de la Fonction publique. Il a une connotation d’essoufflement : « Messieurs les ministres, nous n’en pouvons plus ! »…

Les témoignages sont effarants. Et le moins que l’on puisse constater est que les médecins du Burkina tirent le diable par ce qui lui reste de queue. Ils ont le sommeil très lourd pour des bulletins de salaire très légers. Le 23 juin dernier, dans l’enceinte de la Maison de la femme de Ouagadougou, le docteur Harouna Doro a fini par déclarer, droit dans les yeux des journalistes, que le salaire mensuel du médecin burkinabè n’atteint pas 200 000 F CFA. «C’est dérisoire pour un titulaire de doctorat qui a effectué au moins 8 années d’études supérieures et qui se doit de faire preuve, au quotidien, d’une totale disponibilité pour les besoins du service », a déclaré le médecin en service au district sanitaire de Gaoua.

C’était à l’occasion de la clôture des travaux du dernier congrès du Syndicat des médecins du Burkina (SYMEB). Ce jour-là, ces professionnels de la médecine ont laissé leurs outils de travail dans les différents districts sanitaires du Burkina pour s’occuper de leur propre santé sociale. Le diagnostic a mis à nu les piteuses conditions de travail du médecin burkinabè. Beaucoup d’entre eux ont été affectés dans des centres médicaux dépourvus de laboratoires fonctionnels, d’équipements de bureau adéquats, de matériels médico-techniques, de logistique roulante, etc. Pour les nouveaux médecins fraîchement intégrés, le matériel didactique (livres médicaux, ordinateurs, etc.) relèvent du luxe dans les hôpitaux de certains districts sanitaires. Il en est de même pour la pharmacie hospitalière et les ambulances qui sont en manque dans les hôpitaux d’Etat.

Conditions difficilesA côté de cela, les médecins du Burkina ne sont pas du tout contents de la gestion qui est faite de leur carrière professionnelle. Ils ont donc demandé à leur ministère davantage de bourses de spécialisation par an. Cela, pour permettre d’atteindre le ratio de trois chirurgiens, trois gynéco-obstétriciens, et trois pédiatres par CHR, et au moins un spécialiste dans chacune des disciplines citées par hôpital ou district. D’autre part, ils veulent voir créer au Burkina Faso, les filières de spécialisation qui ont jusque-là manqué. Il s’agit surtout de la pneumologie, des maladies infectieuses, de l’ophtalmologie et de la neurologie.

Allo ? Monsieur le ministre, que se passe-t-il ?

S’agissant de la rémunération, ils voudraient bien se voir classés dans une catégorie spéciale qui tienne compte du fait qu’ils ont enduré au moins sept années d’études. Ils ont aussi en mémoire le décret N°2006-463/PRES/PM/MFRPE/MFB/ du 25 septembre 2006, portant bonification de deux échelons et dont l’application se fait toujours attendre dans leur corps. Le ministre de la Fonction publique est expressément invité à faire appliquer ledit décret avec rappel à l’appui. Les revendications portent aussi sur l’augmentation de l’indemnité de risque à 50 000 F CFA ; l’institution d’une prime de garde en lieu et place de l’indemnité de garde à raison de 20 000 F CFA pour les médecins spécialistes et à 10 000 F CFA pour les généralistes ; l’augmentation de l’indemnité de logement à 60 000 F CFA par mois pour les médecins généralistes et à 70 000 F CFA par mois pour les médecins spécialistes. Ils pensent aussi à l’instauration d’une indemnité dite de contrainte et de responsabilité médicale à hauteur de 50 000 F CFA par mois pour tous les médecins.

Mdecin du BurkinaaEt ce n’est pas tout : les médecins estiment devoir bénéficier d’une subvention de soins de santé pour eux-mêmes et pour leurs familles. Ils ont demandé la gratuité des consultations, des actes opératoires, de l’hospitalisation, du bilan para-clinique et des accouchements ; une prise en charge des frais pharmaceutiques à hauteur de 80% ; une prise en charge intégrale des cas d’accidents de travail ou de maladies professionnelles ; l’évacuation systématique de tout agent de santé malade et dont la prise en charge nécessite un plateau technique non disponible au Burkina Faso.

Toutes ces revendications et bien d’autres ont accompagné la lettre que le secrétariat exécutif national du Syndicat des médecins du Burkina a fait parvenir aux ministres en charge de la Santé et de la Fonction publique. Un mois après réception de la plateforme revendicative, le ministre de la Santé a daigné recevoir ses agents le 16 août 2012 à Ouagadougou, pour « mieux comprendre les problèmes posés, afin de mieux les examiner ». Mais la réponse du professeur Adama Traoré est toujours attendue par les médecins qui, jusqu’ici, n’ont pas brandi la menace d’une grève générale. Mais le pire est à craindre lorsqu’on diagnostique en profondeur les conditions sociales de ces sauveurs de vie. « Vous devrez avoir peur de vous faire soigner par des médecins mal logés, mal nourris, mal payés », a indiqué le docteur Harouna Doro. Il déplore la détérioration continue de la qualité des soins apportés aux populations…

Paul-Miki ROAMBA

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