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Venez voir les prostituées !

Prostiitution«Allo ?! C’est Courrier confidentiel ? (…) S’il vous plaît, nous voulons vous voir. C’est urgent !». Ok ! Et voici la bonne dame, une trentaine de minutes après, à notre Rédaction. «S’il vous plaît, faite quelque chose pour nous !». Elle nous tend, aussitôt, une correspondance adressée, en 2011, au Premier ministre Luc Adolphe Tiao. «Il n’a même pas réagi alors que les prostituées continuent de nous envahir. Je vous demande de publier notre lettre afin d’attirer l’attention des autorités, car il s’agit d’un drame pour l’éducation de nos enfants…». Et voilà, madame, c’est fait !

Excellence Monsieur le Premier ministre,

Depuis plusieurs années déjà, les habitants du secteur 3 de Ouagadougou, notamment les riverains de la rue Zom-koom, vivent une situation difficilement supportable due à la prolifération vertigineuse des chambres de passe et de la prostitution par racolage. En effet, l’on ne compte plus ces maisons, hauts lieux de prostitution, qui voient le jour apparemment chaque mois dans le secteur 3 où l’on ne compte pas moins d’une dizaine dans la seule rue Zom-Koom.

Ces lieux de dépravation s’ouvrent au mépris de la réglementation en matière d’urbanisme et des droits de l’Homme et des enfants. Cette pratique est devenue si banale dans cette zone où les habitants, soucieux de l’éducation de leur progéniture, se voient en danger. Mais nous habitants, sommes conscients que ce phénomène est rendu possible grâce à l’attitude de certains propriétaires qui, habitant dans d’autres quartiers pour la plupart, n’hésitent pas à louer leur domicile à des gérants de ces maisons qui n’ont que faire des états d’âme des riverains.

Ce commerce qui se pratique en plein milieu d’habitations et même à la devanture de nos concessions avec des filles de joie occupant littéralement la rue de Paspanga jusqu’au marché Sankariaré, impose aux riverains le spectacle des racoleuses exerçant sans vergogne leur vente à la criée. Cette situation, Excellence Monsieur le Premier ministre, constitue un véritable préjudice et même une forme de violence pour les habitants du secteur. La forte concentration des chambres de passe dans une seule zone avec ses corollaires que sont la délinquance, la consommation de la drogue, le vol, les nuisances sonores nocturnes et la prostitution, et nous en passons, met en péril les bases morales et religieuses sur lesquelles se sont construites les familles de Dapoya et, partant, du secteur.

A la tombée de la nuit, les femmes et filles du secteur, toutes généralement issues de familles respectables, ne peuvent plus se promener librement dans la zone, de peur d’être assimilées aux prostituées qui, elles, viennent d’autres quartiers. Pourquoi n’exercent-elles pas leur métier dans leur quartier ? C’est vrai qu’il est si communément admis que la prostitution est «le plus vieux métier du monde», qu’elle est considérée comme inhérente à toute vie sociale. Mais nous, habitants du secteur 3, souhaiterions vivre dans un environnement sain et excluant le corps humain et la sexualité du champ du marché, afin de donner une bonne éducation à nos enfants.

Les prostituées exercent leur activité tandis que l’avenir de nos enfants est en danger. Rares sont les personnes qui acceptent de rendre visite à un parent ou ami de ladite zone à partir de 19h. Le riverain serait-il alors la victime de cette atteinte à la dignité humaine ? Mais s’il peut être victime d’exhibitionnisme ou de tapage nocturne, il ne saurait être la victime directe du racolage. Nous estimons que nous avons aussi droit au respect de notre dignité, de l’éducation et du sort de nos enfants. Monsieur le Premier ministre, c’est au regard de ce tableau très sombre que nous, habitants du secteur en danger, vous lançons ce SOS.

A la volonté d’assainissement de la vie publique dont vous avez fait montre, nous vous prions, monsieur le ministre, d’y associer un assainissement des mœurs et de la morale pour ceux qui en sont épris, particulièrement dans notre secteur. Pour nous, habitants du secteur, la dignité humaine est le patrimoine que nous partageons et dont nous avons la garde. Nous vous alertons, Monsieur le Premier ministre, sur le caractère urgent et dangereux de notre situation et vous demandons, avec insistance, d’agir pour un rétablissement de l’ordre moral, car mine de rien, cette situation de banalisation du sexe, que les racoleuses et les multiplications des chambres de passe traduisent, met en danger les valeurs morales qui ont toujours caractérisé la société burkinabè.

Il est indéniable qu’une lutte frontale contre cette pratique qui n’est pas sans affecter l’éducation de nos enfants et qui met en danger les femmes et les jeunes filles du secteur pourrait être vouée à l’échec. Nous savons qu’une approche prenant en compte la dimension sociologique du phénomène s’impose, ce qui a expliqué peut-être les insuffisances des luttes antérieures. A plusieurs reprises, nous avons été heureux de voir ces lieux fermés. Malheureusement, chaque fois, à notre désagréable surprise, on les voit ouverts à nouveau. Il est vrai que sur le plan international, les prostituées ont accédé à une catégorie professionnelle, puisqu’on les qualifie de « travailleuses du sexe ».

Mais, nous pensons que les riverains ont également le droit de vivre dans un environnement sain. Nous pensons que c’est pour cela que, comme nous l’avons appris par la voie des ondes, la rue princesse qui était un lieu de prostitution très renommé à Abidjan, a été rasée. Et si des lieux tels que La Pigalle et Le Moulin rouge existent, nous pensons qu’il y a une réglementation en la matière. Nous ne sommes pas des opposants farouches à la prostitution. Mais nous estimons que cette pratique doit se faire dans le respect d’un certain nombre de critères, en particulier le respect de la vie des riverains, résidents du secteur. C’est pourquoi il faudrait peut-être envisager un confinement de ces maisons closes, dans des lieux bien déterminés où les clients pourront aller chercher ces « travailleuses du sexe. » Si cette pratique constitue un business toléré, qu’on leur affecte des réserves où elles ne causeraient pas de préjudice aux gens qui sont épris de tranquillité et de vie saine.

Pensez un peu à nous et à nos enfants, Monsieur le Premier ministre. En attendant de trouver une véritable solution à cette situation intolérable que nous vivons, monsieur le ministre, nous souhaiterions que, dans une action concertée avec la mairie de Ouagadougou et l’arrondissement de Baskuy qui ont déjà fait d’énormes efforts pour résoudre la question, vous opériez une lutte systématique contre le racolage dans notre secteur. Nous vous prions de faire appliquer la loi en contraignant les propriétaires de domiciles abritant des chambres de passe à un respect de leur destination, quitte à ce qu’ils demandent officiellement un changement de destination de ces maisons d’habitations pour les transformer en maison de « commerce du sexe ». Dans le cas contraire, nous souhaitons la fermeture pure et simple de ces lieux à vocation de prostitution qui met en péril l’avenir de nos enfants et nous-mêmes. Nous osons croire, Excellence Monsieur le Premier ministre, que notre appel ne restera pas lettre morte.

Un groupe d’habitants du secteur 3, quartier Dapoya

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