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11 fonctionnaires se tournent les pouces !

gouvernoratY a-t-il vraiment de quoi occuper un bureaucrate gratte-papier à la Direction régionale de la Culture et du Tourisme du Plateau central ? Oui, sans doute ! Mais certainement pas assez pour plus de dix fonctionnaires de même profil ! Ils sont en effet onze jeunes agents administratifs, fraîchement sortis des écoles de formation (ISTIC, ENAM, etc.), à être affectés dans cette fameuse Direction régionale. Courrier confidentiel leur a rendu visite dans l’après-midi du 27 juillet dernier, à Ziniaré city. Constat…

Qui pouvait donc lever le petit doigt pour dire « niet » au projet d’ouverture d’une Direction régionale de la Culture et du Tourisme dans la prestigieuse région du Plateau central ? Personne ! Et bien, c’est fait : Ziniaré a eu sa Direction régionale dans la dynamique de déconcentration du département aujourd’hui géré par le ministre Baba Hama. Le premier Directeur régional a d’ailleurs été installé dare-dare depuis décembre 2008. Il est chargé de «la mise en œuvre, au niveau régional, de la politique du gouvernement en matière de promotion culturelle et touristique». C’est vrai, cette région administrative, également créée au forceps, et coincée entre le Centre et le Centre-Nord, n’est pas si pauvre en sites d’attraction touristique et d’expression culturelle. Elle renferme en effet, entre autres sites touristiques, le Symposium de sculpture sur granite de Loango, le Parc animalier de Ziniaré, le Musée de Manega, le Musée du Warba de Zorgho, etc. La gestion de cet échantillon du patrimoine touristique du Burkina Faso incombe à la Direction régionale de la Culture et du Tourisme du Plateau central.

Effectif pléthorique 

Mais plutôt que de songer d’abord à l’acquisition d’infrastructures adéquates pour abriter cette Direction régionale, le ministère a axé sa politique en priorité sur le déploiement des ressources humaines. Et on en a fait trop depuis le temps de l’ex-ministre Philippe Savadogo, aujourd’hui ambassadeur de la Francophonie auprès des Nations unies à New York. De jeunes fonctionnaires nouvellement sortis des écoles de formation professionnelle et enthousiasmés à l’idée de servir leur pays ont été affectés par vagues successives dans cette entité administrative pour assister le Directeur régional. Entre 2008 et 2012, l’effectif du personnel administratif de cette «petite» Direction régionale d’un ministère tout aussi «petit» que celui de la Culture et du Tourisme, a connu une évolution exponentielle pour atteindre aujourd’hui le chiffre record de onze agents. Ils sont astreints à travailler – si travail il y a –, en qualité de bureaucrates dans une Direction régionale de la Culture et du Tourisme jusque-là coincée dans l’antichambre du gouvernorat de Ziniaré…

Ziniaré, 27 juillet 2012. Nous sommes vendredi. Jour ouvrable, jour non chômé au Burkina Faso. Il est 16 heures 05 minutes au gouvernorat de la région du Plateau central. Le drapeau du pays des Hommes intègres fixé au-dessus du bâtiment à deux niveaux flotte allègrement dans le ciel bleu-nuageux de Ziniaré. A la devanture du gouvernorat, un groupe de 3 chauffeurs, assis sur des motos, tentent de «tuer le temps», attendant l’heure de la descente ou l’éventuel feu-vert d’un supérieur hiérarchique, pour quitter les lieux. Mais où se situe donc le bloc de la Direction régionale de la Culture ? L’agent posté dans un box du service d’accueil nous fait signe de continuer sur l’allée gauche au rez-de-chaussée, et de frapper à la deuxième porte à gauche. Et nous y voilà ! A l’accueil, un seul agent, occupé à jouer aux cartes sur l’unique ordinateur installé dans le bureau…

Oui ! Un seul agent sur les onze censés être à leur poste à cette heure ouvrable. Mais rien d’étonnant pour Courrier confidentiel qui, quelques semaines plus tôt, avait été informé par un appel anonyme d’un citoyen soucieux de la bonne gouvernance, de ce qu’il y avait une pléthore d’effectif de fonctionnaires dans cette Direction régionale au regard du volume de travail. Notre informateur avait même précisé que la conséquence presque logique de cette situation était l’absentéisme de ces salariés du public qui, généralement, optent de rester chez eux plutôt que d’aller poiroter dans un bureau où il n’y a même pas de places assises pour tous !

Où sont donc passés le Directeur régional et vos neuf autres collègues ? «Ouf !... Ils ne sont pas venus ce soir. Non seulement parce qu’il n’y a rien à faire, mais aussi et surtout, parce que nous sommes à la fin du mois ; ils sont allés chercher leur salaire en banque. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de boulot ici. Ya rien à faire ! Moi-même je suis là, juste pour tuer le temps en jouant aux cartes sur l’ordinateur… ». Voici, en substance, la réponse, sur fond de regret sincère, que nous avons recueillie de la part de ce jeune fonctionnaire sans doute compétent et visiblement débordant d’énergie.

9 fonctionnaires dans un seul bureau !

Le gouvernorat du Plateau central qui a toujours abrité d’autres services plus ou moins étrangers au cabinet du gouverneur, n’a pu céder que deux bureaux à la Direction régionale de la Culture et du Tourisme. Les demandes de nouveaux locaux sont restées sans suite favorable, malgré le déménagement de la Direction régionale de la Fonction publique, qui s’est trouvé un local en ville, nous a expliqué le «permanencier» du jour, avant d’ajouter que le gouverneur leur a demandé de supporter ces conditions de travail jusqu’à la réception de l’hôtel administratif en chantier à quelques mètres de là.

En attendant donc, le DR occupe le premier bureau qu’il partage avec un de ses collaborateurs, tandis que les neuf autres se partagent le second bureau, légèrement plus large. Dur, dur d’avoir de la place assise pour tous dans cette salle exiguë, même en position de conférence ou de réunion. Heureusement, serait-on tenté de dire, qu’ils ne sont presque jamais tous présents en même temps.

Vite, un redéploiement rationnel !

Désœuvrés, improductifs, voire contreproductifs à leur corps défendant, ces «travailleurs» de la Fonction publique ont, à la limite, de bonnes raisons d’abandonner quelques fois leur poste pour aller parader un peu dans la ville de Ziniaré. Ils ont d’ailleurs l’extraordinaire chance que Ziniaré est une ville véritablement émergente, avec du goudron partout ! Même les chemins sans issue sont très clean, bitumés et éclairés dans cette belle petite cité qui brille de mille feux, la nuit tombée.

Et tout porte à croire que les onze agents de la Direction régionale de la Culture et du Tourisme du Plateau central devraient davantage se réorganiser, s’entremêler, bien se coincer pour faire de la place à de nouvelles recrues qui, dans quelques mois, sortiront des écoles de formation professionnelle et seront mécaniquement déployés dans cette Direction régionale. Tout se passe comme si l’on avait affaire à un processus automatique, au travail d’un robot que personne ne peut désamorcer…

Le ministère de la Culture et du Tourisme a réussi le pari de déployer ses tentacules dans les treize régions administratives du Burkina. Chapeau bas ! Mais les effectifs pléthoriques, comme c’est le cas à Ziniaré, on en connaît dans la quasi-totalité de ses Directions régionales. D’où le nécessaire redéploiement ou réaffectation de ces effectifs, pour plus d’efficacité dans l’administration publique. Car l’on ne peut qu’être sidéré, lorsque l’on compare la situation de ces agents oisifs qui occupent les bureaux des Directions régionales, à celle des hommes-orchestres de certains ministères comme ceux chargés de la santé et de l’éducation. Le ministre de la Fonction publique avait dit, il y a quelques mois, qu’il n’allait plus recruter, pour recruter ! Sur le terrain, ce discours se traduit autrement…

Paul-Miki ROAMBA

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