ABONNEMENT EN LIGNE. Accédez à l'ensemble des articles publiés pendant la période de votre abonnement et à toutes les éditions publiées depuis 2012. Pour vous abonner, contacter notre Service clientèle: (00226) 25 411 861, (00226) 71 13 15 14 ou (00226) 72 50 2222. E-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Lettre à Monsieur Bigot : ”Détenez-vous un agenda secret de déstabilisation du Burkina ?”

Djibrill BassoletBonjour !

Veuillez trouver ci-joint un article des Affaires étrangères intitulé "Mieux connaître le Burkina Faso avant d’en parler"

Meilleures salutations

Le Service d’information du gouvernement

Le 2 juillet 2012, lors d’un séminaire organisé sur le Sahel, à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Monsieur Laurent Bigot, conseiller des Affaires étrangères et sous-directeur Afrique occidentale du Quai d’Orsay, a fait une communication sur : « Les défis du Sahel : vue de Paris ». Dans son exposé, Monsieur Bigot, analysant la situation au Mali, dira que le Burkina Faso pourrait être le prochain pays à s’effondrer après le Mali. Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, par note verbale, a saisi l’Ambassade de France au Burkina Faso pour exprimer sa désapprobation face à cette affirmation.

Dans ses propos qu’il dit personnels, le diplomate français, après avoir dépeint la situation malienne, affirme, qu’ « il y a des pays qui sont parfaitement dans la même situation que le Mali », et qu’il pense que le Burkina Faso est un bon exemple qui sera peut-être le prochain sur la liste à s’effondrer… Pour Monsieur Bigot, notre pays n’a « pas d’armée, pas de classe politique », a « une société civile plus ou moins organisée,… surtout une économie en coupe réglée par le clan présidentiel,… une corruption qui dépasse l’entendement », et a « une implication dans les trafics de la sous-région… »

A l’attention de Monsieur Bigot qui prétend bien connaître cette partie du continent africain parce que travaillant sur les dossiers Afrique de l’Ouest depuis quatre (04) ans, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération éégionale du Burkina Faso tient à faire certaines mises au point, en déplorant cette analyse trop simpliste de la situation dans la sous-région, construite visiblement à dessein. Les pays ouest-africains sont sans aucun doute tous confrontés à des défis sécuritaires et même à des difficultés, liées à la jeunesse de leur démocratie et à la pauvreté, et le Burkina Faso n’y fait pas exception. Mais, chacun de ces pays a ses spécificités que quatre (04) années de diplomatie théorique à partir de Paris ne sauraient suffire à cerner.

Certes, le Burkina Faso a connu, au cours du premier semestre de l’année 2011, une crise sociopolitique sans précédent qui a été plus qu’éprouvante pour l’ensemble des Burkinabè. Mais, loin d’avoir entraîné l’effondrement de la société et des institutions républicaines, cette crise a, au contraire, permis à notre pays de valoriser ces mécanismes traditionnels et modernes de règlement des conflits, et de se remettre en cause pour aller de l’avant dans la recherche d’un progrès social et économique partagé.

L’affirmation selon laquelle le Burkina n’a ni armée, ni classe politique, en plus d’être injurieuse, est tout simplement le signe que Monsieur Bigot ignore tout de notre pays. Et pour un diplomate de carrière, de surcroît en charge de la sous-région ouest-africaine au ministère des Affaires étrangères de son pays, une telle analyse est bien regrettable. Il suffit, à cet égard, de rappeler que l’Armée burkinabè est bien connue et respectée dans la sous-région et qu’elle apporte une contribution très appréciée dans les opérations de maintien de la paix organisées dans le cadre de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations unies dans plusieurs missions. Quant à la classe politique burkinabè, le rôle de premier plan qu’elle joue a permis de garantir au pays sa stabilité et de l’inscrire, résolument, sur le chemin de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Laurent BigotSur la question de « l’économie en coupe réglée », nous rappelons que le Burkina Faso a une économie de type libéral et qu’aucune autorisation d’exercer ou de soumissionner à un marché ne dépend de l’appartenance du demandeur à un « clan » quelconque. Du reste, le Burkina Faso abrite de nombreuses entreprises et sociétés étrangères, qui travaillent dans différents secteurs tels que les mines, l’industrie, les transports, les services et participent au développement économique du pays sans être, pour autant, membres d’un « clan » donné. Ainsi, on dénombre plus de cent (100) sociétés et entreprises françaises qui n’ont pas eu besoin de l’aval d’un « clan » pour s’installer au Burkina Faso, à moins que Monsieur Bigot avec ses quatre années d’expertise sur la région nous dise le contraire.

Laurent Bigot parle aussi d’une « corruption qui dépasse l’entendement ». On voit bien qu’il ne connaît la société burkinabè que sous le prisme de certains écrits. Certes, la corruption existe au Burkina comme dans tous les pays du monde. Mais elle est loin d’atteindre les cimes qu’il prétend dénoncer. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années pour lutter contre la corruption à travers la mise en place de structures de contrôle étatiques et non étatiques. Des acquis ont été notés et le combat continue. Notre pays ne se reconnaît donc pas dans ce qualificatif ni d’ailleurs dans aucun des propos du sieur Bigot que nous invitons à consulter l’Indice 2011 de perception de la corruption (IPC) de transparency International. Il découvrira que le Burkina Faso n’est pas classé 182e sur les 182 pays concernés.

Pour votre gouverne, Monsieur Bigot, les résultats de l’évaluation de la politique et des institutions publiques nationales réalisée au titre de l’année 2011, conformément aux indicateurs de la Banque mondiale, attribuent à notre pays une note globale de 4,48 sur 6 pour les domaines liés à la gestion économique, aux politiques structurelles, à la politique de l’inclusion sociale et de l’équité et à la gestion du secteur public et des institutions.

Le gouvernement, lors du Conseil des ministres du 11 juillet 2012, s’est fixé pour objectif de réfléchir à une mise en oeuvre efficace et à un suivi rigoureux du plan d’actions 2012 qui concerne les deux domaines ayant obtenu les notes les plus faibles, à savoir la politique de l’inclusion sociale et la gestion du secteur public. Nous invitons à nouveau Monsieur Bigot à visiter les rapports de la Société financière internationale (SFI), de Doing Business, et de tous les partenaires qui interviennent au Burkina Faso.

Sur l’implication de notre pays dans les trafics de la sous-région, le ministère attend de Monsieur Bigot des preuves de ses allégations sans fondement et qui cachent mal une intention de nuire.

La médiation burkinabè dans la crise malienne. Selon Monsieur Bigot, la médiation burkinabè a aggravé la crise malienne, et l’a rendue beaucoup plus compliquée à résoudre. Il qualifie les méthodes du médiateur d’étonnantes et trouve choquante la manière dont celui-ci procède avec les mouvements armés du MNLA et d’Ansar dine.

Ceci dénote, une fois de plus, de la méconnaissance totale par Monsieur Bigot des réalités de notre sous-région et des approches élémentaires de règlement des conflits. Quatre ans de diplomatie à distance sur les réalités de notre région ne sauraient justifier une expertise en la matière et encore moins (donner le droit de) vilipender le travail de ceux qui y ont immergé depuis le berceau.

Ceci dit, le diplomate français, dans son exposé, fait comprendre qu’il appartient aux Africains eux-mêmes de trouver les solutions à leurs problèmes avant de demander l’aide de l’extérieur. Sur ce point, il a tout à fait raison et c’est pour cela qu’il est souhaitable que des affirmations gratuites ne soient plus faites sur les réalités que vivent nos pays. En 2011, des pays développés ont été sérieusement éprouvés par des émeutes, qui ont occasionné d’énormes dégâts, sans que cela n’entraîne un effondrement, ou ne donne lieu à des affirmations hâtives sur la stabilité de ces Etats.

Si l’intention de M. Bigot, en lançant de tels propos, est de faire fuir les partenaires du Burkina Faso et de décourager les potentiels investisseurs, il peut être sûr qu’il s’est trompé de stratégie car, ce pays entretient d’excellentes relations avec l’ensemble de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux. En outre, plusieurs réformes ont été opérées qui ont permis d’améliorer le climat des affaires et de créer des conditions favorables aux investissements directs étrangers.

Nos pays connaissent, certes, des difficultés, mais, rien n’autorise à prédire leur effondrement imminent, à moins que Monsieur Bigot ne détienne un agenda secret de déstabilisation des pays de la région et particulièrement du Burkina Faso.

Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale

 *******************************************************

 

«Je ne pense pas que, de sa tombe, Sankara se réjouirait de savoir qu'on le pleure encore»

«Il est important de comprendre que les Thomas Sankara de ce monde ne vivent jamais longtemps, qu'ils sont comme des envoyés spéciaux investis d'une mission à court terme. Ce qui est important, c'est ce que leurs peuples font de leur héritage. C'est bien d'avoir des photos de Tom Sank partout, de poster ses discours, de le regretter. Mais encore? Je ne pense pas que, de sa tombe (qu'il repose en paix!), il se réjouirait de savoir qu'on le pleure encore. N'a-t-il pas dit que si on le tuait, qu'il y aurait beaucoup d'autres Sankara? Donc, soyons des Sankara. Soyons-le dans nos communes, dans nos villages, dans nos écoles, dans nos villes. Ce serait le meilleur hommage qu'on rendrait à Tom Sank».

Aziz D.

 *************************************************************

 

“L’art d’enseigner, c’est la répétition. II faut répéter, et encore répéter”

SankarraaBonjour, chers amis de Courrier confidentiel !

Je m’appelle Eléonore. Je suis étudiante en droit et je viens de parcourir l’un des derniers discours de Thomas Sankara avant son assassinat. C’était le 2 octobre 1987. Un message plein de sens. A mon avis, c’est tout un programme ! Je vous fais parvenir un extrait de ce document historique. Je souhaite que ce soit publié dans votre rubrique “courrier des lecteurs”. Merci encore pour l’important travail que vous abattez. Courage à toute l’équipe.


«Notre révolution n’est pas un concours de rhétorique. Notre révolution n’est pas un affrontement de phrases. Notre révolution n’est pas simplement l’affichage d’étiquettes qui sont autant de signes que les manipulateurs cherchent à établir comme des clés, comme des laisser-passer, comme des faire-valoir.

Notre révolution est et doit être en permanence l’action collective des révolutionnaires pour transformer la réalité et améliorer la situation concrète des masses de notre pays. Notre révolution n’aura de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabè sont, grâce à la révolution, un peu plus heureux, parce qu’ils ont de l’eau saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation, parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus, parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité. Notre révolution n’aura de raison d’être que si elle peut répondre concrètement à ces questions.

Tant que la révolution ne sera pas en mesure d’apporter bonheur matériel et moral à notre peuple, elle sera simplement l’activité d’un ramassis, d’un certain nombre de personnes avec plus ou moins de mérite, mais qui représentent tout simplement des momies, qui représentent tout simplement un rassemblement statique de valeurs décadentes, incapables de mouvoir et de faire mouvoir la réalité ; incapables de transformer cette réalité. La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur nous ne pouvons pas parler de succès. Notre révolution doit répondre concrètement à toutes ces questions...

La morale révolutionnaire nous indiquera quels sont nos droits mais surtout quels sont nos devoirs. La morale révolutionnaire nous indiquera quelle est la pratique sociale que nous devons avoir pour que les masses nous apprécient positivement ou négativement, pour que les masses chaque jour viennent à nous, non pas parce que nous les aurons vaincues mais parce que nous les aurons convaincues par l’exemple. Il faut que le Discours d’orientation politique nous ouvre cette porte. Cette porte, elle existe déjà dans chaque ligne, dans chaque page de notre DOP. Faisons-en le meilleur usage qui soit.

Notre révolution est une révolution qui ne peut se démarquer des lois scientifiques qui existent déjà et qui régissent toutes les révolutions. Et c’est quand nous manquons d’appliquer ces lois scientifiques que nous nous égarons. Sans théorie révolutionnaire point de révolution. II faut que nécessairement un jour notre révolution rencontre, aussi loin qu’elle sera avancée, d’autres révolutions par l’application de la théorie révolutionnaire, par l’approfondissement de notre Discours d’orientation politique.

Nous avons connu des difficultés, il ne faut pas s’en cacher. Des difficultés qui ont amené des affrontements çà et là. Des affrontements entre des éléments tout aussi bons, valables et engagés dans le processus révolutionnaire. Tous ceux-là sont des éléments auxquels nous devons faire confiance. C’est chaque fois que nous nous enfermons dans l’idée que seul un noyau, seul un groupe est valable, et que tout le reste n’est que lamentations et échecs que nous nous isolons. C’est-à-dire que nous compromettons notre révolution.

L’objectif de la révolution n’est pas de disperser les révolutionnaires. L’objectif de la révolution est de consolider nos rangs. Nous sommes 8 millions de Burkinabè, nous devons avoir 8 millions de révolutionnaires. Et aucun révolutionnaire n’a le droit de dormir tant que le dernier des réactionnaires au Burkina Faso n’aura pas été en mesure d’expliquer conséquemment le Discours d’orientation politique. Ce ne sont pas les réactionnaires qui doivent faire l’effort pour comprendre. Ce sont les révolutionnaires qui doivent faire l’effort pour leur faire comprendre. Le réactionnaire a choisi sa position de réactionnaire. Le révolutionnaire a choisi sa position de révolutionnaire, c’est-à-dire de mouvement vers les autres pour les gagner à lui. S’il n’arrive pas à convaincre les réactionnaires à adhérer à la révolution, la réaction se développera dans le monde.

Par conséquent, le devoir de tout révolutionnaire, c’est d’éviter que la révolution ne se replie sur elle-même ; que la révolution ne commence à se scléroser ; que la révolution ne commence à se rétrécir en peau de chagrin. Ainsi de 1 000, nous ne serons que 500 ; de 500 nous ne serons plus que deux. Or, notre Révolution démocratique et populaire est une révolution qui se démarque de tout regroupement de sectes ou regroupement sectaire. II faut que chaque jour nous constations que du mouvement pionnier jusqu’à l’UNAB nous avons davantage de militants.

Bien sûr, tout le monde ne sera pas au même niveau. Ce serait de l’utopie, ça serait un rêve que de penser que tout le monde sera au même niveau d’engagement et de compréhension. Mais il appartient aux révolutionnaires chaque jour de ne point se décourager, de ne point se lasser, d’accepter l’effort physique, moral et intellectuel pour aller vers les autres. Ce qui exige bien souvent que nous fassions violence sur nous-mêmes : expliquer et encore expliquer. Lénine disait une chose que nous oublions souvent : « à l’origine de toute révolution, il y a la pédagogie ». Ne l’oublions jamais. Et l’art d’enseigner, c’est la répétition. II faut répéter, et encore répéter. » Thomas SANKARA

 

Aller au haut
X

Right Click

No right click