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"J'ai un salaire mensuel de 138 736 FCFA"

Thomas SankareLe Président Thomas Sankara avait donné le ton, le 19 février 1984, sur la déclaration des biens des personnalités publiques. Il tenait tellement à la transparence dans la gestion des deniers publics qu'il a été le premier à se présenter devant la Commission du peuple chargée de la prévention contre la corruption (CPPC). Le public était très nombreux ce jour-là. Les membres du Conseil national de la révolution (CNR) étaient pratiquement tous présents. De même que le corps diplomatique. Les médias aussi. La présence de la presse a permis aux citoyens qui n'avaient pas pu effectuer le déplacement, de voir le PF à la télé et de l'écouter à la radio, en train de se soumettre à une exigence fondamentale de la bonne gouvernance. Sa déclaration a aussi été publiée dans les journaux. Ce jour-là, Sankara a déclaré publiquement ses biens. C'était un déclic majeur. Plusieurs membres du CNR sont ensuite passés à la barre au nom du sacro-saint principe de la transparence dans la gestion des deniers publics. Donc de la lutte contre la corruption et les détournements des biens de l'Etat. Mais aussi au nom du droit des citoyens d'être informés sur le degré de moralité et d'intégrité de leurs gouvernants. Mais voilà que tout a basculé le 15 octobre 1987. Thomas Sankara a été assassiné. Du coup, l'on a oublié la déclaration publique des biens. Désormais, tout est frappé du sceau du secret. C'est le flou total. Voici ce que dit l’article 2 de la loi actuellement en vigueur: "Le dépôt des listes de biens, visé par la présente loi, se fait sous le sceau de la confidence. Les listes sont conservées par le président du Conseil constitutionnel dans des dossiers confidentiels, ouverts au nom de chacune des personnalités énumérées à l'article 1 de la présente loi". Mais cette loi, bien que garantissant un caractère hautement confidentiel à la déclaration des biens, est, dans la plupart des cas, violée. Et de fort mauvaise manière. Selon des sources concordantes, la plupart des personnalités, qui auraient dû montrer le bon exemple, n’ont pas, jusque-là, déclaré leurs biens. Et elles n’ont jamais été sanctionnées. Même concernant celles qui l’ont fait, l’opacité règne en maître. La commission de vérification des biens en début et en fin de mandat ou d’exercice, annoncée en grande pompe par la loi, n’a jamais fonctionné. Laissant ainsi la porte ouverte à des détournements (peut-être massifs) de deniers publics. Bref, parole à Thomas Sankara ! Monsieur le président du Faso, président du Conseil national de la révolution, veuillez nous déclarer publiquement vos biens !

“Camarades membres de la première CPPC, Camarade Président (de séance), je vais vous communiquer lecture de mes biens, assuré que vous ferez mener des enquêtes, toutes les enquêtes ici et partout, pour vérifier la véracité, assuré surtout que les militants du Burkina, partout où ils se trouvent, ici ou ailleurs, aideront la vérité à se manifester, si par hasard, je venais à oublier un texte, si volontairement je venais à tenter de me soustraire à cette obligation de dire la vérité, toute la vérité... (rires dans la salle).

En matière de biens immobiliers, je citerai d'abord un réfrigérateur; je signale qu'il est en panne (rires dans la salle). Cet appareil n'est pas actuellement à ma disposition. Il a été prêté à un couple d'amis, parce que de par mes fonctions, j'ai reçu ce matériel au palais de la Présidence. Je possède également deux téléviseurs avec magnétoscope qui sont installés à mon domicile et dans mon salon de travail. J'ai également installé un téléviseur à mon lieu de travail, parce que j'ai souvent besoin, partout où je me trouve, d'être à l'écoute de nouvelles du monde (rires dans la salle). A titre personnel, je possède un salon complet et une bibliothèque qui devrait être livrée incessamment. Peut-être d'ici la fin du mois. C'est une commande personnelle. Je possède également trois guitares sèches. Je les cite parce que je leur attribue beaucoup de valeur.

"Je possède deux vélos de course"

Comme biens immobiliers, je possède une villa à la cité BND, au secteur 2. Elle a été acquise par engagement auprès de la BND-B sur prêt N° 313/109-862 en décembre 1976. Je suis soumis à un remboursement en 120 mensualités et à ce jour, il reste à payer à la banque la somme de 678 824 F que je règle par des mensualités de 31 944 F, ainsi que je pourrai vous le prouver par les documents de la BND-B que je détiens ici. Cette maison est actuellement occupée par un parent qui, je l'espère, me paiera ce qu'il me doit (rires dans la salle). Je dis cela parce que j'ai l'intention de me dessaisir de cette maison, et nous établirons entre lui et moi, un contrat en bonne et due forme. Nous possédons un terrain au secteur 7 non mis en valeur à ce jour, que mon épouse avait déjà acquis. Nous possédons un terrain dans mon village, non mis en valeur. Il avait été saisi par les CDR (rires dans la salle). Selon les dernières nouvelles, les CDR l'ont restitué en nous invitant à investir sur cette nouvelle parcelle. Ils l'avaient retiré parce que nous n'y avons pas investi pendant un certain nombre d'années. Donc nous avons reçu sommation de la part des CDR de réaliser quelque chose sur le terrain. Je m'acquitterai également de cette obligation que me font les CDR de mon village. Nous possédons une voiture de marque Mitsubishi, acquise en 1978. Elle a été régulièrement dédouanée en dix-huit mensualités auprès du Trésorier-payeur général. J'ai ici la décision du ministère des Finances de février 1979 qui m'avait accordé la possibilité de m'acquitter de ces charges douanières. Je pourrai vous lire la lettre. Et également l'attestation du Trésorier-payeur général qui prouve que j'ai régulièrement payé toutes ces traites douanières. Je possède deux vélos de course, un vélo de dame et un vélo pour enfant. Nous n'avons ni actions ni effets de commerce. Nous avons deux salaires: mon salaire (confère la fiche de solde émise par la Direction de l'Intendance militaire) révèle un net de 138 736 FCFA par mois (rires dans la salle). Mon épouse a un salaire de 192 698 FCFA. Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous partageons les charges et mon épouse s'occupe des charges courantes de ménage et moi je m'occupe des grosses dépenses et aussi surtout des obligations sociales, notamment les incessants secours à des amis et autres personnes qui le demandent.

A propos des bijoux de ma femme

Je possède un compte en banque à la BICIA-B et un compte à la Caisse nationale d'épargne. A la BICIA-B, mon compte est créditeur de 353 665 FCFA. Je précise que cette somme a été gelée parce que nous avons réalisé une commande, des commandes nouvelles qui devraient être payées, dès le mois de décembre. Malheureusement, le menuisier auprès de qui nous avons passé la commande n'a pas encore livré ce que nous attendons. Et nous attendons par conséquent qu'il nous livre pour que nous payions. A ce moment-là, bien sûr, le compte va tendre vers... A la Caisse nationale d'épargne, je possède donc un compte qui, je crois, depuis 1979, n'a pas été mouvementé. Je n'ai pu faire des retraits mais je n'ai pas fait de dépôt non plus, et la Caisse nationale d'épargne révèle que je dispose de 69 792 FCFA. Malheureusement, je ne suis pas en règle pour jouir de ce compte parce que j'ai égaré les documents du fait de mes nombreux déménagements incessants et répétés (rires dans la salle). Mon épouse a un compte créditeur à la BICIA-B de 43 037 FCFA. Evidemment, ce compte est régulièrement mouvementé en retraits, vu nos charges familiales, les scolarités également. A la BICIA-B, elle est également détentrice d'un compte créditeur de 63 646 FCFA. Nous avons chacun une alliance en or qui a de la valeur. Mon épouse possède d'autres bijoux, chaînes et bracelets, mais je voudrais préciser tout de suite et me tenir à la disposition de la CPPC, que ces bijoux ainsi que nous l'avons inventorié, nous n'avons pas pu chiffrer la valeur, parce que ce sont généralement des bijoux en imitation or, donc ces bijoux, les bijoutiers ne peuvent leur attribuer des valeurs, sauf à l'achat. Une fois que vous les avez achetés, ces bijoux que l'on appelle généralement de la pacotille perdent leur valeur. Mais je le cite quand même parce que des camarades militants ont dit avoir vu mon épouse avec du diamant à la télé. Je précise qu'il n'en est rien. Mais nous tenons ces bijoux à la disposition de la commission pour toute expertise.

"J'ai un assez grand nombre de livres"

Je voudrais citer des dons, mais demander à la commission de ne point en révéler les donateurs pour des raisons d'Etat. J'ai reçu un don de 400 000 FCFA, un don de 20 000000 FCFA, un don de 75 000 000 FCFA, un don de 350 000 000 FCFA et un don de 400 000 000 FCFA (vacarme de surprise et d'ahurissement dans la salle). Pour toutes ces valeurs, ces sommes d'argent, tout en remerciant les généreux donateurs, j'ai déposé ces sommes auprès du Budget national, soit auprès d'institutions de l'Etat qui pourront faire la preuve de ces dépôts. J'ai reçu également des voitures qui ont été toutes cédées au parc de l'Etat. J'ai reçu donc une BMW, une Alpha Roméo, une Cressida Toyota, une Mitsubishi également, mais j'ai reversé tous ces véhicules au parc automobile de l'Etat. Mon épouse a reçu 5 000 000 FCFA une fois, 5 000 000 FCFA une deuxième fois, puis 10 000 000 FCFA. Ces sommes ont été cédées à la Caisse de solidarité révolutionnaire, puis au restaurant des femmes.

Voilà, Camarade Président, Camarades membres de la Commission, la déclaration que j'ai voulu faire. Je n'ai pas cité certains biens qui sont tellement périssables qu'il m'a été difficile de les évaluer. Je pense à l'habillement, je pense à la bibliothèque également que je n'ai pu évaluer, des livres que j'ai en assez grand nombre, soit achetés par moi-même, soit offerts par des personnes, des amis, des étrangers, etc.

Je suis à votre disposition, Camarade Président, pour toute question que vous jugerez utile".

 

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