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Le Premier ministre attendu à Bobo

Yves Ibrahim KohounLe drame s’est produit dans la nuit du 1er mars 2012. Des éléments de la brigade de recherches de gendarmerie de Bobo Dioulasso ont tué par balles un présumé dealer de drogue, Marie-Yves Ibrahim Kohoun, alors qu’ils tentaient, dans une course-poursuite, de l’arrêter. Cette fin tragique avait entraîné une révolte populaire qui a pratiquement embrasé le gouvernorat de Bobo. Dans le but de faire baisser la température sociale, le gouvernement avait vite fait de promettre justice et réparation pour la famille endeuillée. Qu’en est-il aujourd’hui ? Retour à Bobo.

Au quartier Ouezzinville, secteur 15 de Bobo Dioulasso, tout le monde ou presque, connaît désormais chez les Kohoun. La famille de l’infortuné Yves Ibrahim, tombé sous les balles de la gendarmerie alors qu’il venait de souffler sur ses 43 bougies, est devenue célèbre depuis qu’elle a été l’épicentre d’une agitation populaire qui, en 24 heures, avait mis toute la ville de Bobo Dioulasso sur un pied.

Près de 4 mois après les évènements, le drame demeure indélébile dans les esprits des habitants de ce quartier populaire de Bobo. On se souvient encore, comme si c’était hier, de la descente musclée des deux éléments de la brigade de recherches pour cette mission de police judiciaire, surtout des trois coups de feu tirés dans les environs de 21 heures et qui ont mis fin aux jours de cet homme de 43 ans.

Ces souvenirs douloureux ont été réveillés le 26 mai dernier, lors de la marche-meeting organisée par la coordination régionale des Hauts-Bassins de la Coalition contre la vie chère. Le comité mis en place aux premières heures du drame et investi de la mission de réclamer justice sur cette affaire, avait brandi des pancartes dénonçant des velléités d’étouffement du dossier de la part des autorités de la région des Hauts-Bassins.

Bien avant cette sortie des marcheurs, le Premier ministre et quelques membres de son gouvernement avaient mis à profit leur séjour dans la ville de Sya, à l’occasion de l’inauguration de la tour de contrôle de l’aéroport de Bobo Dioulasso, pour effectuer une visite dans la famille Kohoun. Au-delà des condoléances apportées, Luc Adolphe Tiao avait promis une prise en charge des 3 orphelins de 6, 4 et 2 ans du défunt.

Les promesses du PM toujours attendues

Le 19 juin 2012, Courrier confidentiel a été reçu par la famille Kohoun. A l’entrée principale de la cour familiale, l’on est accueilli par une boutique en faillite apparente, avec néanmoins la mention «Pas de crédit» - trop tard peut-être -, et dont on ne peut distinguer, de dehors, la nature des quelques marchandises qui y sont exposées.

Très peu de gens étaient dans la cour endeuillée en cet après-midi de mardi, lorsque nous nous y sommes rendus. A l’accueil, la belle-sœur du défunt, occupée à mettre de l’ordre dans la mini-boutique, puis le frère aîné, Emmanuel Kohoun qui, lui, avait le regard plongé sur l’écran d’un petit post-téléviseur au volume bas, diffusant les programmes d’une chaîne locale.

Les choses ont-elles évolué depuis la promesse de lumière et de justice faite par le gouvernement pour geler la furie des manifestants ? «Non», répond Emmanuel Kohoun qui précise toutefois que l’archevêque de Bobo Dioulasso, médiateur dans cette affaire, avait indiqué, quelques jours plus tôt, que le dossier Yves Kohoun avait été transféré à la Cour d’assises et qu’à ce niveau, la fréquence des audiences est à intervalles lointains. Ainsi, la famille est invitée à prendre son mal en patience en attendant les prochaines assises. Notre interlocuteur confirme aussi l’incarcération de l’un des deux gendarmes; celui-là même qui a été l’auteur des tirs mortels, et qui attend de répondre de ses actes devant les tribunaux de Bobo.

Interrogé sur la nature des soutiens déjà reçus par la famille endeuillée depuis le drame, Emmanuel Kohoun a pointé du doigt deux sacs de céréale entreposés dans son salon. «C’est un don des communautés religieuses de Bobo Dioulasso», a-t-il indiqué. Puis, rien, sinon la promesse du Premier ministre, de prendre en charge les 3 enfants du défunt.

Mais depuis le passage du PM dans la famille le 5 mars dernier, aucun retour de la part du gouvernement sur cette promesse, nous a confié le frère aîné de l’infortuné qui, pour l’instant, s’occupe de la famille du regretté Yves.

Interrogé sur les circonstances de la tentative d’arrestation de son jeune frère, Emmanuel Kohoun, très peu bavard sur ce chapitre, affirme n’avoir pas été témoin direct des faits. Mais il ne nie pas le fait que son frère était poursuivi pour son appartenance à un réseau de trafiquants de drogue. Et regrette que le corps de ce dernier ait été trimballé avec les menottes et exposé devant le public et les autorités locales.

Le soulèvement populaire qui s’en est suivi avait mis à sac les locaux du gouvernorat de Bobo Dioulasso. Faute de pouvoir rencontrer le locataire des lieux, les manifestants y avaient mis le feu et plusieurs véhicules de services étaient partis en fumée, tout comme le poste de police du gouvernorat.

Par Paul-Miki ROAMBA, envoyé spécial

 

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