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Un marché exécuté en 13 ans !

March publicLe président de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), Justin Bouda, a fait des révélations fracassantes. Les cas de magouilles sont fréquents dans la passation des marchés publics. «Mais le plus irritant, estime le président, reste le cas des marchés passés selon la formule du gré à gré, conclus dans l’urgence, et dont la procédure et l’exécution sont parfois plus longues que les marchés normaux, avec des délais d’exécution inacceptables». Et voici le président de l’ARMP qui brandit un exemple: à l’université de Ouagadougou, l’exécution d’un marché de 1998 a duré jusqu’en 2011. Donc 13 ans !

Et ce n’est pas tout. Il y a des pratiques louches concernant les avenants. Le président de l’ARMP a exposé ce problème crucial aux membres de la Commission d’enquête parlementaire. La plupart du temps, pour justifier les avenants, on affirme, tout de go, que les études ont été mal faites. Et tout se passe «comme si cela était volontairement fait pour favoriser secrètement un soumissionnaire choisi. On a ainsi vu des cas de ponts de 7 à 8 millions qui sont allés à 53 millions suite aux avenants !».

Le rapport de la Commission d’enquête précise aussi que «les marchés résiliés (très souvent en retard) sont aussi source de problèmes qui peuvent cacher des cas de corruption». Un membre de l’ARMP, qui officie dans le domaine de l’architecture, s’est même offusqué face à certaines pratiques à forte odeur de laxisme. Morceau choisi: «Les faiblesses constatées et les mauvaises pratiques sont dues au manque de professionnalisme, d’éthique et de technicité tant de la part de l’Etat (maître d’ouvrage) que des entreprises. Comment peut-on comprendre, dit-il, qu’un marché prévu pour 6 mois fasse 2 ans (24 mois) avant d’être achevé ? Et de dénoncer une forme de concurrence qui frise le déloyal et entraîne de mauvais ouvrages». «Seule la qualité devrait prévaloir et non le critère du moins disant», a-t-il affirmé à la Commission d’enquête. Le hic, c’est que l’ARMP, elle-même, a du plomb dans l’aile.

Face aux membres de la Commission, son président «a avoué que sa structure n’avait pas les moyens nécessaires pour aller au fond de tous les problèmes recensés». Il estime, par ailleurs, «que si l’opinion parle de corruption dans le domaine des marchés publics, cela est peut-être avéré». En réalité, l’ARMP a une marge de manœuvre limitée. Elle intervient après la passation des marchés. Elle régule, contrôle, règle des litiges et inflige des sanctions aux attributaires défaillants. Mais dans certains cas, c’est déjà trop tard. Le mal est déjà fait. Le ver est dans le fruit… Et l’ARMP apparaît, du même coup, comme un médecin après la mort.

Hervé D’AFRICK

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