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Une grosse arnaque !

MaletteC’est une cacophonie indescriptible. La construction de l’hôtel du député, annoncée en grande pompe en 2000, devait être terminée depuis le 2 septembre 2002. Mais jusqu’à présent, cet hôtel est à la recherche d’une âme. Dix ans après ! Les techniciens avaient pourtant déclaré, la main sur le cœur, et à maintes reprises, que les travaux étaient exécutés à 90%. Et qu’il ne restait que de petits réajustements. Mais jusqu’aujourd’hui, on continue de tâtonner...

Le projet était bancal dès le départ. Les députés ont applaudi à tout rompre l’initiative sans vraiment s’assurer qu’ils avaient les ressources nécessaires pour sa mise en œuvre. Ainsi, très vite, leur espoir s’est défait à vive allure. Ils ont alors commencé à crier, devant le ministre des Finances, qu’ils n’avaient pas la totalité des ressources financières nécessaires pour la construction de l’hôtel. Mais ils n’ont pas eu gain de cause. En tout cas, pas dans l’immédiat. Ils ont alors décidé de construire certaines parties de l’hôtel, en attendant de terminer le reste. Et les voici qui lancent un appel d’offres pour la construction de quatre pôles de l’hôtel: une salle de conférences, trois blocs d’hébergements, un bloc de restauration et un bloc de l’administration qui servira de salle d’accueil. Le groupement d’entreprises Société Fadoul Technibois, Sol Confort et Décor et ECHA remporte ainsi ce marché d’une valeur de 2 997 960 479 FCFA. Ils avaient quatorze mois pour réaliser les travaux. Mais l’Assemblée nationale n’avait même pas les deux milliards pour la réalisation de la première tranche. Elle ne disposait que de 1 067 941 151 FCFA financé par la république de Chine/Taïwan. Le groupement d’entreprises décide de jouer au bon samaritain. Il vole au secours de l’Assemblée. Il décide ainsi de préfinancer les trois blocs d’hébergements en déboursant, au total, la somme de 1 930 019 479 FCFA. La lettre d’approbation N°2001-141/AN/CAM du 11 mai 2001 et l’ordre de service N°2001-014/AN/QU/DSFC du 18 mai 2001 étaient suffisamment clairs. Démarrage des travaux: 2 juillet 2001. Fin d’exécution, 2 septembre 2002. Mais tout cela n’était que du bluff ! Les travaux n’ont pas démarré à la date prévue. Contre toute attente, la «grande» Assemblée nationale a été incapable d’enregistrer convenablement le marché. La machine s’est alors grippée. L’affaire était tellement bizarre qu’à l’hémicycle, on avait finalement tendance à laisser tomber le projet.

Mais voilà qu’un beau matin de mai 2004, les autorités de l’Assemblée décident de remettre la machine en marche. Mais elles se sont heurtées à un autre problème. Au regard du délai écoulé depuis la première notification, il fallait impérativement réviser les prix. Les parlementaires ont dû se plier à cette exigence. Deux nouveaux marchés ont alors été établis: le premier porte sur un montant de 1 067 941 151 hors taxes, hors douane. Et doit permettre la construction du bloc de l’administration, la salle de conférences et le bloc de restauration, financé par la république de Chine. Le coût du deuxième marché ? 1 890 876 353 FCFA TTC. Objectif affiché: construire deux blocs d’hébergement, un ascenseur, une production d’eau chaude et des passages couverts. Ce volet des travaux devait être financé par le budget de l’Assemblée nationale. La raison est simple: le groupement d’entreprises chargé des travaux avait émis des réserves par rapport au préfinancement qu’il avait annoncé. Il ne voulait pas prendre trop de risques. Ainsi, la clause initiale de préfinancement a été finalement annulée.

Ils ont vendu du rêve !

Une nouvelle date a alors été fixée pour le démarrage des travaux: 1er juin 2004. Tout devait être fin prêt le 1er août 2005. Certains blocs de l’hôtel ont ainsi été construits, mais l’infrastructure était à l’image d’un être humain sans tête ni pieds. Complètement rigolo ! L’Assemblée nationale a pourtant pu mobiliser, entre-temps, des ressources financières: 135 048 000 FCFA. En 2007, le montant total mobilisé pour la réalisation du projet était de 4 347 989 151 FCFA. Mais en réalité, le Parlement n’avait déboursé que 3 280 048 000 FCFA et la république de Chine, 1 067 941 151 FCFA. Mais en fin 2007, seulement 336 694 744 FCFA avaient été injectés dans l’exécution du projet.

Et comme il fallait vendre du rêve, en décembre 2008, les techniciens chargés des travaux passent, une fois de plus, aux discours mielleux. Ils affirment, sans sourciller, que le niveau d’exécution des travaux est de 90%. Mais le cabinet chargé du suivi s’en est opposé. Emettant d’importantes réserves quant à la qualité des travaux. Du bloc de restauration aux bâtiments réservés à l’hébergement, en passant par la salle de conférences et le hall d’accueil, il y avait encore d’importants travaux à faire. A dire vrai, l’année 2012 risque de finir sans que l’hôtel du député, qui avait été annoncé, à coups de publicité, dans les années 2000, ne soit achevé. Jusqu’à présent, l’ascenseur, par exemple, annoncé à plusieurs reprises, n’a pas été installé. Et on tâtonne, à n’en point finir, pour la mise en œuvre des recommandations, suite aux failles détectées par le cabinet chargé du suivi. Les travaux sont, par moments, arrêtés, on ne sait pour quelle raison. Jamais un projet n’a autant fatigué l’Assemblée nationale: retard dans le démarrage des travaux, faible mobilisation des ressources, inorganisation du groupement d’entreprises, livraison de matériels non conformes, non-respect du cahier des charges. Bref, la liste est longue. Et Dieu seul sait si l’argent réservé au projet a été bien géré. La Commission des finances et du budget (COMFIB) de l’Assemblée nationale avait même déclaré le groupement Société Fadoul Technibois, Sol Confort et Décor et ECHA «défaillant». Et avait préconisé «la résiliation du contrat et la poursuite ainsi que la finalisation des travaux par d’autres entreprises». Mais jusqu’à présent, c’est le statut quo. La Commission a prêché dans le désert. Les infrastructures déjà réalisées risquent de se dégrader avant la fin des travaux. Mais du haut de son perchoir, le président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, en fait-il encore une priorité ? Pas si sûr. Mais il doit quand même savoir que les travaux devaient être terminés depuis 2002. Et que nous sommes en 2012… Dix ans après !

Par Hervé D’AFRICK

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A quoi sert l’hôtel du député ?

Voici la raison officielle de la création de l’hôtel du député: selon la sphère dirigeante de l’Assemblée nationale, la participation des députés aux travaux en commission est obligatoire. La plupart des élus, non ressortissants du Kadiogo, sont obligés de résider à Ouagadougou pendant les sessions. Mais ce n’est pas toujours facile. Ils ont évoqué le coût élevé des chambres d’hôtel. Et ce n’est pas tout: vivre chez des parents peut impliquer, disent-ils, des contingences et même être inconfortable. Ceux qui ont choisi de louer des villas pendant la période des sessions affirment qu’il n’est pas toujours évident d’en avoir. L’Assemblée a ainsi pensé à construire un hôtel du député afin de résoudre la question de l’hébergement et de la restauration des députés. Mais aussi de résoudre partiellement le problème de l’hébergement des parlementaires et autres personnalités étrangères qu’elle reçoit. Dans le schéma directeur, cet hôtel devrait aussi servir aux groupes parlementaires et aux organisations parlementaires interafricaines et internationales, de lieux de réunions et d’hébergement pour les manifestations. Mais les députés eux-mêmes ne savent pas quand finira l’infrastructure. Et si, pendant son inauguration, ils auront toujours le titre de député…

Hervé D’AFRICK  

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L’hôtel du député de A à Z

-          Quatre blocs d’hébergement R+2 d’une capacité de 120 chambres

-          Une salle de conférences de 314 places

-          Un bloc administration/accueil

-          Un bloc de restauration

-          Un espace sport et loisirs

-          Un gymnase de trois salles de sport

-          Un plateau omnisports

-          Une piscine

-          Des locaux de maintenance technique

-          Des VRD et espaces verts

-          Des parkings couverts et en plein air

L’hôtel du député est situé sur la parcelle DT N°11 762, au quartier Baoghin, précisément le long du canal Kadiogo, à environ 500 m de l’intersection des routes Ouaga-Bobo et Ouaga-Ouahigouya.

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