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Le Conseil des ministres au cœur d’un scandale !

ScanCe dossier dégage de fortes odeurs de corruption. Selon des sources dignes de foi, certains ministres ont trempé leurs babines dans la soupe. Ils ont même réussi à rouler le Conseil des ministres dans la farine. Allant même jusqu’à violer, de façon flagrante, les textes en vigueur. Ont-ils été attirés par le montant colossal et «alléchant» du marché ? 3 052 759 521 FCFA TTC. En tout cas, ils ont vite fait d’attribuer ce «marché juteux» à l’entreprise De Simone. Leur plan semble avoir été savamment conçu. D’ailleurs, à ce sujet, la Commission d’enquête parlementaire a été claire: «ils» ont volé, sans scrupule, la victoire de l’entreprise Faso Construction et Services (FCS) au profit de l’entreprise De Simone. La partie du marché concernée par ce micmac politique est le lot 1, donc le gros œuvre. La loi a été violée sur tous les plans. L’article 102 du décret N°2008-173/PRES/PM/MEF du 16 avril 2008, a ainsi été cloué au pilori. Si cette disposition avait été respectée, le marché aurait été attribué à l’entreprise dont l’offre est la moins disante. Mais entre la Commission d’attribution des marchés (CAM) et le Conseil des ministres, des individus tapis dans l’ombre ont tordu le cou au décret. Selon nos sources, des ministres ont fortement malmené les résultats issus des travaux de la CAM. Cette dernière avait, suite à une analyse minutieuse des offres, attribué le marché à l’entreprise Faso Construction et Services. «Les différents procès-verbaux (dépouillement, travaux de la sous-commission et délibération) classent l’offre de l’entreprise FCS comme étant économiquement la plus avantageuse. Aussi, la CAM lors de sa réunion de délibération, après avoir entériné les travaux de la sous-commission, a proposé l’attribution du lot 1 à l’entreprise FCS». C’est écrit, noir sur blanc, dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire. Il y a aussi, dans le rapport, ce passage digne d’intérêt: «Le respect de cette disposition (article 102 du décret du 16 avril 2008) devrait conduire à l’attribution du marché à Faso Construction et Services (FCS), auteur de la soumission la moins disante (2 494 287 394 FCFA TTC) plutôt qu’à l’entreprise adjudicataire De Simone dont la proposition s’élevait à 3 052 759 521 FCFA TTC, soit une différence de 558 472 127 FCFA».

Blaise CoMais en Conseil des ministres, il y a eu un revirement spectaculaire. «Le Conseil, en sa séance du 23 avril 2009, a décidé de l’attribution du marché à l’entreprise De Simone, sans en motiver la raison», précise le rapport d’investigation. Face à cette violation des textes, la Commission a dû convoquer, une deuxième fois, le ministre de la Culture afin de comprendre ce qui s’était passé. Mais c’était peine perdue. Ce dernier, malgré un long argumentaire, n’a pu convaincre la Commission. Et cette dernière le dit dans son rapport: «L’audition supplémentaire du 1er mars 2012 qui en a résulté, n’a cependant pas permis à la Commission d’être plus éclairée». Selon des sources proches de la Commission d’enquête parlementaire, le revirement spectaculaire, observé lors du Conseil des ministres du 23 avril 2009, serait lié à des actes de corruption. Le ministre des Finances, qui avait bien connaissance des résultats officiels de la Commission d’attribution des marchés et qui était ce jour-là, en Conseil des ministres, n’a pas levé le petit doigt pour dire quoi que ce soit. Séance tenante, le Conseil a tordu le coup aux résultats. Les ministres présents n’ont même pas eu peur de Dieu ! Peut-être qu’ils n’étaient pas tous au courant de ce qui se tramait. Mais certains sont visiblement plongés, jusqu’au cou, dans cette sulfureuse affaire. Le ministre de l’Economie et des Finances, Lucien Marie Noël Bembemba, le ministre délégué chargé du Budget, François Marie Didier Zoundi, et le ministre de la Culture de l’époque, Filippe Savadogo, ne peuvent pas dire qu’ils n’avaient pas connaissance des résultats issus des travaux de la CAM. L’appel d’offres a été lancé par le ministère de la Culture. Suite au dépouillement, les résultats ont été communiqués au ministère des Finances. Mais pourquoi les ministres concernés ont-ils laissé le Conseil des ministres attribuer, à coups d’acclamations, le marché à l’entreprise De Simone, en violation flagrante des textes en vigueur ? Y a-t-il eu des complicités ? Tout porte à le croire.

Dans tous les cas, ces ministres et bien d’autres acteurs tapis dans l’ombre et qui ont trempé dans cette affaire doivent répondre de leurs actes. Mais le gouvernement acceptera-t-il de les traduire devant les juridictions compétentes ? Il ne faut pas trop rêver ! La pratique est bien connue. Observez bien: tous les ministres prônent, dans leurs discours officiels, de grandes valeurs: transparence, rigueur, équité ! Et patati et patata ! Mais lorsqu’ils sont, eux-mêmes impliqués dans de sales affaires, on s’empresse d’étouffer le dossier. C’est d’ailleurs pourquoi, selon certains partenaires techniques et financiers, «le Burkina Faso est champion dans la production de rapports mais dont la mise en œuvre des recommandations pose problème». Dans la plupart des cas, c’est l’impunité totale. Alors qu’on y est, que deviennent les rapports de la Cour des comptes ? Aucune sanction ! Et cela rime comme une caution aux mauvaises pratiques et à l’impunité.

MaletteDonnera-t-on, cette fois, une suite adéquate au rapport de la Commission d’enquête parlementaire ? La balle est dans le camp du Président du Faso et du Premier ministre. On saura s’ils tiennent vraiment à la transparence dans la gestion des affaires publiques. Les faits égrenés dans le rapport sont limpides comme de l’eau de roche. L’attribution du marché à l’entreprise De Simone suite à l’ «appel d’offres restreint accéléré» N° 2009-007/MCTC/SG/DMP du 24 février 2009, est pratiquement un scandale. Ce marché, qui devait permettre la construction de la Maison de la culture de Bobo, et qui était soumis à un délai contractuel de dix mois, a été approuvé, le 20 mai 2009, par le ministre délégué chargé du Budget.

Mais comme il fallait s’y attendre, les effets de la combine se sont traduits sur le terrain de l’exécution du marché. Des exemples ? Il y en a à la pelle ! Le ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication ne disposait même pas d’un plan de passation officiel du marché. Et ne pouvait, par conséquent, faire d’observation conséquente concernant la mise en œuvre du projet. Conséquence, sur le terrain, c’était la cacophonie totale. Avec une forte odeur de scandale ! N’en pouvant plus face au cumul de pratiques malsaines, la Commission d’enquête parlementaire a fini par lâcher cette phrase dans son rapport : «Nous déplorons le non-respect par le gouvernement des procédures de passation ayant entraîné un surcoût de 558 472 127 FCFA, un retard cumulé de plus de 24 mois, et pour finir, la mise en régie du chantier». Curieusement, ces faits obscènes se sont déroulés au «pays des Hommes intègres» et le Conseil des ministres, présidé par Blaise Compaoré, a été au cœur de cette sulfureuse affaire. Sacré Burkina !

Hervé D’AFRICK

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