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Détournement de fonds ?

EnceinteTrop de pratiques louches dans le secteur de la santé. Les milliards injectés chaque année pour la subvention des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d'urgence sont, dans la plupart des cas, très mal gérés. L’opacité règne en maître. Il s'y dégage même une forte odeur de détournements.

Une bonne partie des fonds n'arrive pas à destination. Des exemples ? Il y en a à la pelle ! Entre 2008 et 2011 par exemple, l'Etat a débloqué, au total, 10 715 427 FCFA. La Direction des affaires administratives et financières (DAAF) du ministère de la Santé devait transmettre cette somme à la Direction de la santé de la famille (DSF) qui, à son tour, devait la transférer aux formations sanitaires. Mais seulement 10 568 024 372 FCFA ont été remis à la DSF. Voici les détails: 1 644 129 000 FCFA a été débloqué par l'Etat en 2008, 2 144 129 000 FCFA en 2009, 3 950 000 000 FCFA en 2010 et 2 977 169 000 FCFA en 2011. Mais entre la DAAF du ministère et la DSF, les chiffres ont changé. Voici comment ils ont manipulé les montants. En 2008, il y a eu 6 942 606 FCFA de plus que ce qui devait être officiellement transféré à la DSF au profit des formations sanitaires. Le chiffre initial est donc passé à 1 651 071 606 FCFA. Dans quel budget a-t-on puisé le montant supplémentaire et à quoi a-t-il réellement servi par la suite ? En clair, quelle a été la destination exacte des 6 942 606 FCFA ? Mystère et boule de gomme.

En 2009 par contre, le montant tel qu'il a été débloqué par l'Etat, a été remis à la DSF par la DAAF. Mais le flou s'est encore installé en 2010 et 2011. La totalité des sommes débloquées n'a pas été remise à la DSF. Sur les 3 950 000 000 FCFA fraîchement sortis des caisses de l'Etat en 2010, 64 836 286 FCFA manquaient lorsque le chèque a été transmis à la DSF. En 2011 aussi, il manquait 89 508 950 FCFA. Si on fait les calculs, on se rend compte qu'entre 2008 et 2011, au total 147 402 628 FCFA ne sont pas arrivés à destination. Ce montant aurait été détourné à d'autres fins. Selon des sources internes au ministère de la Santé, cette somme aurait été investie dans «des activités dites de soutien, l'organisation d'ateliers, etc.». Une partie des fonds aurait été convertie en frais de voyage. Mais d'autres sources précisent que cet argument officiel est servi dans le seul but de sauver les meubles. Dans tous les cas, il y a un flou autour de la destination des 147 402 628 FCFA. L'argent a-t-il été détourné à des fins personnelles ? Tout porte à le croire. Même si, dans certains milieux, on affirme, tout de go, que ça a été investi ailleurs, cette affirmation ne résiste pas à la critique. Car, même si c’était le cas, les fonds n'étaient pas destinés à cela. Ceux qui ont détourné les millions de francs CFA de leur destination initiale doivent donc répondre de leurs actes. Car les dépenses parallèles qui auraient été effectuées ne s'inscrivent nulle part dans le cadre des subventions des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d'urgence. Le hic, c'est que dans la plupart des cas, les dépenses sont faites sans pièces justificatives. Souvent, certaines dépenses sont doublement comptabilisées. Sans oublier la mauvaise tenue de la comptabilité. Il y a donc un flou artistique autour de la gestion des fonds. Et cela laisse entrevoir des présomptions d'abus et de détournements.

Cacophonie

Ces pratiques malsaines, décriées par certains travailleurs du ministère, existent depuis plusieurs années. En 2006 par exemple, une première tranche de 396 507 252 avait été débloquée pour la subvention des coûts des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d'urgence. Mais on ne sait trop par quelle acrobatie, 176 600 000 FCFA ont été retenus de cette somme pour des activités qui n'avaient rien à voir avec la subvention. En tout cas, les fonds ne sont pas arrivés au destinataire final. C'est-à-dire les femmes enceintes et leurs bébés. La raison ? La voici : la Direction des affaires administratives et financières et l'Inspection générale des services de santé ont extrait 7 395 280 FCFA, la Direction de la santé de la famille 146 861 720 FCFA. Et ce n'est pas tout: 16 500 000 FCFA ont été bloqués par les districts sanitaires; 5 843 000 FCFA engloutis par les Directions régionales de la Santé. Et même lorsque la deuxième tranche de la subvention a été débloquée, les mêmes structures ont détourné 59 343 000 FCFA de leur destination initiale.

Dans certains cas, il y a une totale cacophonie concernant les chiffres. Faisons une halte au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo. La DAAF du ministère de la Santé et la Direction de l'hôpital ne sont pas sur la même longueur d'onde. Alors que la DAAF affirme avoir transféré, pour les gestions 2009 et 2010, 228 627 266 FCFA (en deux tranches de 96 901 424 FCFA et 131 725 842 FCFA), la Direction de l'hôpital note, dans ses documents comptables, qu'elle a reçu seulement la somme de 181 983 287 FCFA. Là aussi, on ne sait pas vraiment où sont passés les 46 643 999 FCFA. L'hôpital a dû caracoler pour gérer les urgences liées aux accouchements et aux soins obstétricaux et néonataux. Les fonds reçus de la DAAF étant insuffisants, il s'est vu obligé de puiser 106 048 713 FCFA supplémentaires dans ses recettes propres afin de pallier les problèmes de subvention de plus en plus croissants.

Où sont passées les structures de contrôle ?

Même opacité au CHR de Koudougou. Entre 2008 et 2010, 168 157 794 FCFA ont été transférés. Mais l'hôpital n'a reçu que 110 461 006 FCFA. Le CHR de Ouahigouya a connu le même sort. Montants officiellement transférés et montants effectivement reçus ne sont pas du tout les mêmes pour la période 2008-2010. 125 322 306 FCFA débloqués contre 119 517 746 FCFA reçus. A quoi ont bien pu servir les 5 804 560 FCFA non reçus par le CHR ? Bien malin qui pourra y répondre. Là aussi, l'hôpital a été pratiquement obligé de puiser dans ses fonds propres 2 070 571 FCFA supplémentaires pour gérer les urgences relatives à la subvention. Sera-t-il remboursé par la DAAF du ministère ? Cette question, apparemment dérangeante, est à la recherche d'une réponse pour le moment introuvable.

Certains districts sanitaires sont aussi dans le pétrin. Dans celui de l’arrondissement de Boulmiougou par exemple, plusieurs dépenses ont été faites sans pièces justificatives et certaines dépenses doublement comptabilisées. Le district n'a reçu que 118 571 326 FCFA sur les 205 855 536 FCFA transférés par la DAAF entre 2008 et 2010. Il manque donc 87 284 210 FCFA à la somme reçue. Mais en feuilletant les archives de ce district sanitaire, on se rend compte que le montant des dépenses effectuées est inférieur à celui reçu. Le district a dépensé, pour la période concernée (2008, 2009 et 2010), 87 414 303 FCFA. Mais selon nos sources, on ne sait pas trop où sont passés les 31 157 023 FCFA restants. Le même problème se pose dans la plupart des districts sanitaires. Montants transférés et montants reçus ne concordent pas. Dans certains cas, on a fait croire que l'argent reçu avait été totalement dépensé alors que ce n'était pas le cas. Plusieurs dizaines, voire des centaines de millions, semblent avoir disparu. Et il faut impérativement que la lumière se fasse sur cette gestion opaque des fonds publics. Le district sanitaire de Léo traîne un boulet de 74 879 175 FCFA (sommes non dépensées mais dont les traces ne sont pas très visibles) et celui de Yako, 12 007 524 FCFA. Il va falloir donc que les structures de contrôle donnent un coup de pied dans la fourmilière. Et que la lumière jaillisse dans toute sa plénitude.

Par Hervé D’AFRICK

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Ainsi naquit la subvention !

Le décret a été signé en 2006. L’ambition était bien affichée: «Réduire la mortalité et la morbidité maternelles et néonatales». La stratégie avait été fortement applaudie. Elle tenait pratiquement en une phrase: baisser le coût des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d’urgence dans les formations sanitaires publiques de l’Etat. Cela devait permettre surtout aux couches défavorisées d’accéder plus facilement à la prise en charge et aux soins connexes.

Selon le décret, les femmes enceintes, les parturientes, les femmes en post-partum jusqu’au 7e jour et les nouveau-nés pendant les 7 premiers jours» devaient pleinement bénéficier de cette subvention. Le financement est assuré, depuis le début, par l’Etat et ses partenaires. Mais très vite, la mise en œuvre de la subvention a reçu du plomb dans l’aile. Depuis 2006, cette subvention, qui aurait dû apporter une vraie bouffée d’oxygène aux femmes enceintes et aux nouveau-nés, a du mal à se traduire véritablement dans le champ du concret. Dans certaines localités du Burkina, on ignore totalement son existence. Signe que la stratégie de mise en œuvre a été mal ficelée. Surtout que la totalité des sommes débloquées n’arrivent pas à destination.

H. D

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Vite, des audits !

L’opacité qui règne dans la gestion des fonds laisse libre court à toutes sortes de dérives. L’Etat doit impérativement donner un coup de pied dans la fourmilière. Tant au niveau de la Direction des affaires administratives et financières, de la Direction de la santé de la famille que des hôpitaux et des districts sanitaires. A l’heure actuelle, il y a un maillon manquant. Pas de mécanisme efficient et efficace de contrôle de la mise en œuvre de la subvention. Et cela crée, du coup, un dysfonctionnement dans la gestion des fonds. Les risques de détournements sont énormes. Très énormes.

H. D

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Mauvaises conditions d’accouchements…

La prise en charge des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d’urgence se passe, dans la plupart des cas, dans de mauvaises conditions: salles d’hospitalisation étroites, manque de lits, tables d’accouchement inadaptées, manque de pavillon pour les nouveau-nés. Bref, la liste est longue. Dans certaines formations sanitaires, il y a un manque criard de matériel de travail: manque de bistouris, manque de fils de suture, etc. Comment les agents de santé, chargés d’assurer les accouchements et les soins des nouveau-nés et de leur mère, peuvent-ils travailler dans de telles conditions ? Il y a même souvent un manque de personnel, au point que les femmes enceintes sont obligées d’aller «se faire voir ailleurs»…

Souvent aussi, les bénéficiaires des subventions, et même certains agents de santé, n’ont pas une pleine connaissance des tarifs de la subvention. Et en plus, certaines pathologies liées à l’accouchement, telles que l’anémie et le diabète, ne sont pas prises en charge. De même que certains examens complémentaires de laboratoire. La prise en charge des accouchements et des soins obstétricaux et néonataux d’urgence devient donc un casse-tête. Au point que des femmes continuent de mourir en voulant donner la vie. En totale contradiction donc avec les objectifs de la subvention.

H. D

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Les prestations subventionnées et leurs tarifs 

Prestation Montant à payer par les bénéficiaires(en FCFA)
Au niveau CMA et au niveau CHR/CHU
Accouchement eutocique 900
Accouchement dystocique 3600
Accouchement eutocique        CMA 900
CHR/CHU 1800
Accouchement dystocique 3600
Complications de l’accouchement 3600
Prise en charge de pré éclampsie et des crises d’éclampsie 3600
Soins intensifs au nouveau-né (pour souffrance cérébrale aiguë, infection néonatale, détresse respiratoire et hypothermie) 3600
Aspiration manuelle intra utérine 3600
Césarienne 11000
Laparotomie (GUE et RU) 11000

 

Source : ministère de la Santé 

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