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Prostitution à ciel ouvert !

Elle se plaint de harclementLe maire de Ouagadougou a-t-il abandonné son projet de fermeture des chambres de passe qui a connu un début de mise en œuvre en 2009 ? Un peu plus de 3 ans après, on en parle très peu. On en parle si peu que l’activité a repris du poil de la bête. Un silence qui donne l’impression qu’il est impossible de s’attaquer à la pratique du plus vieux métier du monde dans la capitale burkinabè. Aujourd’hui, ces maisons closes semblent débordées au point que la prostitution se pratique à la belle étoile, à ciel ouvert ! Notre enquête au centre-ville, au quartier Dapoya et au secteur 30 de Ouaga nous a permis de faire ce triste constat qui foule aux pieds des droits fondamentaux des riverains des quartiers en question, ainsi que la batterie de lois interdisant ces pratiques. Les articles 423 et suivants du Code pénal du Burkina Faso peuvent donc aller voir ailleurs…

Lorsque la nuit tombe sur le quartier Dapoya, dans les environs du grand maquis «Matata», le sexe n’est plus quelque chose de vraiment caché. Dans cette ambiance virevoltante et à flux tendu jusqu’au petit matin, les riverains sont presqu’interdits de sommeiller sur les deux oreilles. Même pas sur une oreille ! Mais ce qu’ils redoutent le plus, c’est la dépravation à laquelle sont exposées leurs progénitures dans cet environnement qui banalise le sexe. N’en pouvant plus, ils ont pris la résolution, en septembre 2011, d’écrire à un Premier ministre qui, à l’époque, n’avait d’oreille que pour les propositions pouvant contribuer à éteindre les dernières étincelles de la crise que venait de traverser le Burkina. La lettre signée par «un groupe d’habitants du secteur 3, quartier Dapoya», avait pourtant des allures de supplication. Morceaux choisis : « Excellence Monsieur le Premier ministre (...), ce commerce (ndlr: la prostitution) qui se pratique en plein milieu d’habitations et même à la devanture de nos concessions avec des filles de joie occupant littéralement la rue de Paspanga jusqu’au marché Sankariaré, impose aux riverains le spectacle des racoleuses exerçant sans vergogne leur vente à la criée». Les auteurs de cette lettre ouverte ont aussi expliqué à Luc Adolphe Tiao comment les bases morales et religieuses sur lesquelles se sont construites les familles de Dapoya, sont mises en péril par la forte concentration de chambres de passe dans la zone, favorisant la délinquance, la consommation de la drogue, le vol, les nuisances sonores, etc. Avant de demander à «Son Excellence» la fermeture de ces «commerces du sexe», les signataires de la lettre ont tenu à relever ceci: «A la tombée de la nuit, les femmes et filles du secteur, toutes généralement issues de familles respectables, ne peuvent plus se promener librement dans la zone, de peur d’être assimilées aux prostituées qui, elles, viennent d’autres quartiers. Pourquoi n’exercent-elles pas leur métier dans leur quartier ? C’est vrai qu’il est si communément admis que la prostitution est «le plus vieux métier du monde», qu’elle est considérée comme inhérente à toute vie sociale. Mais nous, habitants du secteur 3, souhaiterions vivre dans un environnement sain et excluant le corps humain et la sexualité du champ du marché, afin de donner une bonne éducation à nos enfants ».

Cette lettre lourde de sens a fini par produire l’effet d’un violent coup d’épée dans l’eau au regard de l’ambiance nocturne qui prévaut jusqu’aujourd’hui aux abords de la fameuse rue «Zoom-Kom», au secteur 3.

Autre lieu, autre constat plus bouleversant: bienvenus au maquis «Galaxi», à quelques encablures du site du SIAO ! Ici, comme au «Matata», la «météo » est plus sexuelle qu’alcoolique. Comme au «Matata», le marchandage sexuel se déporte bien au-delà de l’entourage immédiat du maquis, pour gagner une bonne partie du quartier. De jeunes filles, de très jeunes filles y déambulent et accostent agressivement les passants de sexe masculin. Cela donne lieu à un spectacle absolument dévergondé. Les riverains s’en plaignent aussi et espèrent une intervention de l’autorité municipale…

«Outrage public à la pudeur»

Mais il y a plus grave que tout cela. Pour le savoir, revenons au centre-ville de Ouaga. Précisément au quartier administratif, entre l’avenue Kwamé N’Krumah et l’archevêché, en passant par la zone du siège de l’UEMOA. Là-bas, les prostituées conduisent leurs clients aux abords des rues moins éclairées pour l’acte sexuel. Le phénomène n’est pas si nouveau que ça, à en croire le témoignage de Bouba Sanfo, veilleur de nuit pour le compte d’un commerce à proximité de l’immeuble des Nations unies, à Ouagadougou. Mais c’est un fait qui est en passe d’être banal au regard de l’ampleur qu’il a pris ces deux dernières années…

Tenez ! Sur l’avenue portant le nom du célèbre docteur Kwamé N’Krumah, on rencontre mille et une catégories de prostituées: à pied, à moto, en voiture, assises dans les maquis, racolant, etc. Les plus modestes d’entre elles proposent aux clients qui les abordent, de faire des économies sur la location d’une chambre de passe, en allant s’accoupler «sap-sap», dans la rue d’à-côté, où il y a moins de passants la nuit, et cela, dans une position «débout-débout», ni vu, ni connu. Ils sont de plus en plus nombreux, les clients qui acceptent cette proposition. Parce qu’elle permet de réduire le risque de tomber sur une connaissance à l’entrée d’une maison-close qui, comme son nom ne l’indique pas, est ouverte à tous.

Bouba Sanfo est un témoin involontaire de ces attentats à la pudeur. Il a bien voulu se confier à Courrier confidentiel, dans la nuit du dimanche 20 mai 2012: «Je connais une prostituée qui, au moins 3 fois par nuit, vient à cet endroit avec des clients qui la prennent dans la même position. Et pendant l’acte sexuel, ils ne prêtent même pas attention aux passants. La seule chose qui puisse les dissuader, ce sont les phares des voitures».

Les prostituées qui optent pour l’accouplement à la belle étoile connaissent très bien les moindres recoins de l’aire géographique choisie pour cet acte infâme. N’ayant aucune crainte du bon Dieu, encore moins de son fils Jésus-Christ, elles ont choisi les alentours de l’archevêché de Ouagadougou pour satisfaire la libido de leur clientèle et empocher quelques billets de francs CFA. La partie extérieure du mur d’enceinte de la base aérienne 511 est aussi le théâtre de cette prostitution à ciel ouvert, rapporte notre interlocuteur. De même que les abords de l’immeuble des Nations unies et de celui servant de siège à la Commission de l’UEMOA. Des passants noctambules sont très souvent témoins de ces scènes scandaleuses qu’offrent des «couples» indiscrets dans une position débout, couché, ou même en appui sur une moto, au vu des passants…

Au vu également des forces de sécurité qui laissent faire. Pourtant, la loi burkinabè interdit, de façon formelle, cette pratique qui est «un outrage public à la pudeur». L’article 410 du Code pénal punit d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 50 000 à 600 000 francs CFA, quiconque commet un outrage public à la pudeur. La brigade des mœurs et des stupéfiants qui, comme par hasard, a son siège situé à proximité du lieu où se pratique cette nouvelle forme de prostitution, a donc de quoi s’occuper au centre-ville de Ouaga. Les veilleurs de nuit en sentinelle aux pieds des immeubles situés dans cette zone sont des témoins privilégiés de ces scènes… obscènes.

Par Paul-Miki ROAMBA

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Origine de la prostitution au Burkina Faso

Bien malin qui saura dire, avec précision, en quelle année la première professionnelle du sexe a obtenu son premier «marché» au Burkina. Sur l’origine de la prostitution au «pays des hommes intègres», l’unique version détenue par le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale indique que la pratique du plus vieux métier du monde au Burkina remonte à… «vers 1935 à Ouagadougou». Du fait que les militaires constituaient leur clientèle principale, les professionnelles venant des pays étrangers s'étaient installées autour de la garnison militaire du quartier Bilibambili, sur le site de l’actuelle cité An III. Il reste entendu que bien avant l’arrivée de ces «étrangères», l'on assistait déjà à des rapts de femmes ainsi que des cas d'adultère s’apparentant à la prostitution. Et il a fallu attendre vers la fin des années 40 pour voir entrer dans la danse, des filles burkinabè. Face à la forte demande, un nouveau quartier de prostituées a vu le jour sous le nom de Kiedpalogo (ou «nouveaux arrivés» en langue mooré). Les clients qui ne voulaient se rendre ni à Bilibambili, ni à Kiedpalogo avaient un troisième choix: les bars. En 1951, s’est ouvert le premier bar à vocation de prostitution sous le nom «le bar du commerce». Progressivement, entre 1945 et 1970, des prostituées ont fait leur apparition dans la capitale de la jeune république de Haute Volta et officiaient dans les abords de l’ex-ciné Nader (actuel ciné Oubri), et de Central hôtel, près du grand marché. C’est après 1970 que la prostitution est devenue un véritable business au Burkina Faso. Comme ailleurs !

PMR

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