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Roch et Salif vont-ils créer un parti politique ?

usrC'est une grande interrogation ! Nul ne sait, à l'heure actuelle, exactement ce qui va se passer. Même les personnalités politiques concernées, bombardées en début mars, du titre très ronflant mais laconique de "conseillers politiques" du nouveau Secrétaire exécutif du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont, peut-être, une idée de leur projet, mais ils ne savent pas à quelle sauce ils pourraient être mangés s'ils décidaient de le mettre en oeuvre. Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Paramanga Ernest Yonli, Juliette Bonkoungou, Simon Compaoré et les autres "frustrés" du parti au pouvoir peuvent effectuer une sortie fracassante. Mais ils savent bien qu'on les attend au tournant. Ils sont la cible du nouveau cercle des inconditionnels du Président Compaoré. Décryptage.

Le moment est-il opportun pour les caciques du pouvoir, mis au garage lors du dernier congrès du CDP, de créer un nouveau parti politique ? Certains d'entre eux se sont rencontrés à plusieurs reprises après le congrès. Officiellement, c'était à titre informel. Mais dans le fond, ils ont discuté de leur avenir politique. Si la fougue des premières heures tendait à la création d'un parti politique, le terrain étant fertile du fait des multiples et profondes frustrations engendrées par la mise pratiquement hors jeu des "poids lourds" du parti, force est de reconnaître que cet élan s'est ramolli ces dernières semaines. Même si, au sein des militants, nombreux sont ceux qui souhaitent les voir s'affirmer pleinement en créant un parti politique ou, tout au moins, afficher publiquement leur position par rapport à la rumeur de plus en plus féconde. Cela leur permettra, à coup sûr, d'être définitivement situés sur ce fameux projet de création de parti dont tout le monde parle mais dont personne n'en sait grand-chose. Les principaux concernés sont subitement devenus muets, comme s'ils tenaient absolument à focaliser les attentions sur eux afin de se faire une nouvelle virginité politique. Mais ce qu'ils oublient, c'est qu'à force de vouloir maintenir le suspense, la fougue des militants finira par se dégonfler. Et ce sera peut-être trop tard. Il faut battre le fer quand il est chaud !

Ont-ils voulu abattre politiquement Salif Diallo ?

Mais les "gourous" déchus vont-ils vraiment oser s'aventurer ? Pas si sûr. Selon des sources proches des intéressés, le projet de création d'un parti politique est en train d'être rangé dans les tiroirs. Plusieurs raisons justifient cela. D'abord, entre eux, le courant ne passe pas vraiment. Roch Marc Christian Kaboré et Salif Diallo n'ont pas encore oublié leurs vieilles querelles. "A l'heure actuelle, ils ne s'entendent pas", confie un proche de Salif Diallo. Certes, "à un certain moment, il y a eu, dit-il, une tentative de rapprochement entre les deux hommes, mais ça n'a pas vraiment marché. Lorsque Salif avait dénoncé la patrimonialisation du pouvoir et les pratiques malsaines au sein du parti, Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré avaient reçu pour mission, dit-on, de l'affaiblir politiquement. Mais ils ont oublié que Salif est un dinausaure politique qui sait rebondir". Et voici une question importante: qui a bien pu envoyer Roch et Simon pour "abattre" Salif Diallo ? Notre interlocuteur, qui a lui aussi occupé de hautes fonctions politiques, pointe un doigt accusateur sur François Compaoré. "Salif et François ne s'entendent pas du tout. Mais entre Salif et Blaise, c'est la lune de miel actuellement". Dans tous les cas, dit-il, "ce sont de vieux copains; ils se connaissent, ils se tiennent. Ils partagent tellement de secrets que si l'un décide de lâcher l'autre, c'est la fin des deux". A ces deux-là, il ajoute le Général Gilbert Diendéré. Donc trois personnages indécrottables. "Il suffit de constater que du fait de la crise de 2011, le Président a changé toutes les têtes dirigeantes des sphères de l'armée et des forces de sécurité, sans toucher à un seul: Gilbert Diendéré. Si vous avez compris à quoi cela rime, vous aurez tout compris", lance notre interlocuteur.

La résistance se fera en interne

groupe

En réalité, le courant passe plutôt bien entre Salif Diallo, Juliette Bonkoungou et Paramanga Ernest Yonli. Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré filent aussi, de leur côté, le parfait amour. Et chaque camp a ses alliés. Mais réussiront-ils, face aux enjeux actuels, à mettre leurs divergences de côté pour créer un parti politique ? Pas évident, tellement les pressions sont énormes et multiformes. Plusieurs personnalités qui font partie du nouveau Secrétariat exécutif national sont en train d'oeuvrer pour leur enlever toute envie de créer un parti. Par contre, là où la plupart des "gourous" mis à la touche lors du dernier congrès accordent leurs violons, c'est la cruciale question relative au frère cadet du président du Faso. "Le problème actuellement, c'est François Compaoré", affirme une source proche de Salif Diallo. C'est lui, dit-on, qui est à la base de leur éjection de la sphère dirigeante du parti. Dans certains milieux de militants mécontents, on affirme même que c'est lui, François, "le petit Président", qui est le vrai bénéficiaire de la nouvelle structuration du parti, telle que dessinée lors du dernier congrès. En réalité, Assimi Kouanda, le nouveau Secrétaire exécutif national, n'aura pas une grande marge de manoeuvre. "C'est François qui pilotera les choses à distance", confie un irréductible ami de Salif Diallo que nous avons rencontré le 24 mai dernier. Pour lui, son chef (c'est ainsi qu'il qualifie Salif) "ne prendra pas le risque de se jeter dans la gueule du loup".

Par contre, il est très ferme sur un point: la résistance se fera à l'intérieur du parti. Le premier défi pour les "gourous" mis au garage sera d'oeuvrer à faire adopter des mesures qui leur sont favorables et faire, du même coup, échec à celles qui leur seront préjudiciables. Et il annonce déjà que la prochaine bataille sera de positionner, coûte que coûte, leurs partisans sur les listes électorales pour les prochaines élections municipales et législatives. La grosse bagarre va donc commencer bientôt. Trois camps se dessinent déjà: les tenants actuels du CDP, les "conseillers politiques" mis au garage (qui auront sans doute deux tendances) et les membres de la FEDAP/BC (proche de François Compaoré) qui entendent effectuer une entrée en force à l'Assemblée nationale et dans les sphères dirigeantes des communes. Les militants de cette dernière tendance sont actuellement en difficulté. Instruction a été donnée de les intégrer dans les bureaux sectoriels du CDP. Mais visiblement, les militants du CDP ne sont pas très favorables. Ils craignent qu'on accapare leurs places.

S’ils créent un parti, …

Visiblement, le projet de création de parti politique, même s'il est dessiné sur papier, aura du mal à être traduit, à l'heure actuelle, sur le champ du concret. Et même si les protagonistes de ce projet déposaient une demande de récépissé au ministère de l'Administration territoriale, combien de temps prendrait-on avant de le leur délivrer? A coup sûr, il y aura des blocages. Et quel temps auront-ils pour s'organiser afin de participer pleinement aux élections couplées de décembre prochain ? Sans oublier que tous ceux qui sont à un poste électif et qui décideront d'adhérer à ce parti, perdront d'office leur poste. La loi sur le nomadisme politique ne fait pas de cadeau à ce sujet. Si Salif, Roch et les autres "gourous" mis au garage arrivaient à s'imposer, imposer leurs partisans sur les listes électorales et engranger des postes à l'Assemblée nationale ou dans les conseils municipaux, ils perdraient forcément leur postes s'ils décidaient, après le scrutin, de créer un parti politique. Cette situation risque de provoquer des réticences du côté de certains gros militants qui tiennent, coûte que coûte, à conserver leurs postes. Alors que 2015 est encore loin. Et il faut attendre 2017 pour d'autres élections municipales et législatives. A moins qu'ils ne décident de faire un passage en force. Et d'assumer, dans ce cas, les conséquences. Quelle que soit leur gravité.

Par Hervé D'AFRICK

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