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Interpellation des populations et engagement des candidats

Le Burkina Faso est un pays résolument engagé sur la voie de la démocratie depuis environ deux décennies. En effet, à la faveur du discours de la Baule en 1990, les Etats africains ont dû se tourner vers un nouveau style de gouvernance impliquant fortement le choix des populations. Perçu au départ comme une « mode occidentale », les gouvernants et les populations ont fini par se convaincre que cette forme de gestion des affaires était salutaire à plus d’un titre. Le principal point à mettre à l’actif de la démocratie est la participation active de la population aux choix des meilleures pratiques à mettre en oeuvre par les élections. Le processus électoral permet au peuple de désigner à tous les niveaux ses responsables et ses représentants. Malgré les imperfections du système, les bases de la démocratie sont respectées. Il s’agit notamment du multipartisme, de la liberté d’expression et surtout la tenue régulière de consultations électorales. L’année 2010 a marqué la troisième élection présidentielle consécutive sous la IVe République et 2012 est une année de double consultation municipale et législative. Un tel processus au vu de son importance et des enjeux énormes mérite une préparation adéquate et une totale adhésion de la population. Le succès de ce processus réside toutefois en deux principaux points : la participation réelle des populations et l’engagement résolu des candidats à respecter les principes du jeu démocratique.

Sur le premier point, on peut noter un apparent désintérêt des populations pour la chose politique. Cela peut être illustré par le fait que le Burkina Faso compte environ 16 000 000 d’habitants dont la majorité est jeune. En effet, environ 50% ont moins de 16 ans, tandis que 72,6% ont moins de 35 ans selon le dernier recensement général de la population de 2006. Le Burkina Faso dispose alors d’un potentiel électoral de l’ordre d’environ 48% de la population, soit environ 8 millions de potentiels électeurs. Cependant, seul, un peu plus de 4 millions de Burkinabè se sont inscrits sur les listes électorales, soit seulement la moitié des électeurs que compte notre pays. Ce désintérêt n’est pourtant pas totalement confirmé par les enquêtes du CGD, pour qui les Burkinabè sont intéressés par plusieurs aspects de la vie de la nation. Il y a donc lieu de présenter à ceux-ci tout l’intérêt d’une participation pleine et entière aux élections, preuve de leur participation à la gestion de la cité. C’est en cela qu’il est pertinent d’interpeller les populations sur l’importance des élections et le grand intérêt de s’exprimer en y participant activement. Le rôle majeur que jouent les élections est fonction du degré d’appropriation par les populations. Ce sont elles qui doivent décider de qui les représente et de quelle politique mettre en œuvre. Aussi, plus elles s’impliquent en participant au vote et en donnant ainsi leur point de vue, mieux leurs aspirations réelles, voire leur vision sociétale qui sera la boussole des gouvernants qu’elles auront délibérément choisis et mandatés.

Pour ce faire, l’implication de la population se situe à trois principaux niveaux : l’enrôlement sur les listes électorales, l’écoute des programmes des candidats et le choix à travers le vote. Ces trois étapes convenablement exécutées sont la garantie d’une participation réussie et hautement contributive au développement du pays. On ne doit plus subir, on peut décider, alors donnons notre point de vue par la participation aux élections. De par le passé, beaucoup de citoyens qui ont le pouvoir de décider se sont laissés berner par des réflexions du genre « ça ne sert à rien de voter, les élections ne changent pas notre quotidien ». Aucun pouvoir, ni représentation démocratique ne peut être valable que s’il y a élection, donc expression de la population légitime pour le choix. Toutes les voix sont utiles, nul ne doit s’exclure de la vie de la nation, on doit tous apporter notre contribution au développement. Comme le dit un proverbe moaga, « Quand le warba devient une question familiale, que chacun mette du sien ».

En outre, s’il est vrai que le choix revient aux populations dont la participation active au processus électoral est déterminante, il est tout aussi important d’affirmer que la qualité des candidats ou des programmes est fondamentale dans une telle dynamique. Sur ce second point, les élections couplées interviennent à un moment critique et propice pour des changements très utiles. A cet effet, il est important de souligner que le pays a connu une récente crise sociopolitique qui a mis à nu les besoins de réformes, voire de révolution de la gouvernance. La nouvelle donne telle que prônée par les autorités, est celle de l’exemplarité, la compétence et la probité des responsables. Les élections législatives et municipales sont en soi des élections de proximité car elles permettent de désigner les représentants directs de la population. Dans ce sens, qui mieux que des candidats bien imprégnés des réalités locales, épris de patriotisme et hautement convaincus de la nécessité de servir les communautés, doivent-ils se soumettre aux suffrages des électeurs ? Les candidats doivent être avec le peuple et s’engager rigoureusement à être entièrement au service du peuple en acceptant de rendre compte. En termes de responsabilité, il sied de prendre des engagements à partir d’un programme clair à proposer aux électeurs et aux populations. «  Le programme sociétal » apparaît comme le contrat avec le peuple lorsqu’on est élu. Pour les élus locaux, la mission doit être : œuvrer avec tous au mieux-être de la communauté par des réalisations pertinentes découlant des préoccupations réelles et prioritaires des populations. Quant aux élus nationaux, au-delà des circonscriptions dont ils relèvent, leur responsabilité est nationale. De ce point de vue, ils doivent se départir du régionalisme et surtout de la tendance partisane pour défendre convenablement les populations de façon générale. C’est à ce seul prix que le parlement prouvera convenablement sa crédibilité et sa légitimité auprès du peuple.

Cette élection nous donne la grande opportunité de changer radicalement le mode de gouvernance en consolidant les bases de la démocratie (fichier électoral biométrique, respect de la Constitution…), mais aussi d’instaurer un système de participation effectif de tous à la gestion de la cité. C’est surtout le moment d’établir un contrat entre les politiques de tout bord et les populations ; contrat qui pourrait être que la population s’engage à participer pleinement au processus électoral et que les politiques en plus de jouer franc jeu, en créant avant les élections des « yaar démocratiques », tribune pour recueillir les besoins et préoccupations des concitoyens et s’engager à les satisfaire. Cette « feuille de route démocratique » permet de suivre et d’évaluer les actions de chaque élu. C’est à ce prix que notre système de gouvernance sortira renforcé et utile. Cet article s’inscrit dans le cadre du « Projet d’appui au Renforcement de la Visibilité des Organisations de la Société civile » de l’Union européenne à traves son programme PROS dont le MBDC (Mouvement burkinabè pour le développement et le civisme) est bénéficiaire.

 

Le Coordonnateur

 Fousseni OUEDRAOGO

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