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Michelle, prostituée européenne établie à Ouaga

Prostitution  OuagadougouuL’ «industrie» du sexe se porte bien à Ouagadougou ! Après les «filles à tabouret» dans les bas-quartiers, puis les «trotteuses» sur l’avenue Kwamé N’Krumah et les «filles à moto», sillonnant les principales avenues du centre-ville de la capitale burkinabè, voici venu le printemps des prostituées de race blanche. Elles viennent surtout de l’Ukraine, de la Norvège, de l’Albanie, mais aussi d’autres pays plus riches tels que la France, l’Italie, la Belgique et la Suisse. Parmi elles, Michelle, jeune femme de 34 ans, qui a bien voulu parler de son boulot à Courrier confidentiel. Témoignage.

La «prostitution blanche» est un phénomène nouveau au pays des Hommes intègres. Mais déjà, à ce jour, le nombre de prostituées européennes dans la seule ville de Ouagadougou dépasse l’entendement du Burkinabè lambda. Elles se comptent par dizaines et exercent le «plus vieux métier du monde» avec la plus grande prudence et la plus grande discrétion. On raconte même qu’elles ont la protection des ambassades et autres représentations diplomatiques de leur pays à Ouagadougou. Les clients bien avertis savent très bien où les trouver. Ils les rejoignent dans les bistrots VIP, situés au cœur de la ville. Ces femmes de joie venues d’Europe n’offrent leur corps qu’à ceux qui ont vraiment les moyens de payer. Car il faut décaisser entre 50 000 et 200 000 F CFA, voire plus, rien que pour une «passe» de quelques minutes ! «C’est fou !», s’étonne Lassina, un jeune salarié d’une entreprise privée burkinabè. «Les clients de ces femmes-là ne sont pas des quidams comme toi et moi», lui répond Boris, son collègue de nationalité ivoirienne, établi à Ouagadougou depuis 2006.

La «prostitution blanche», cette activité assurément génératrice d’abondantes ressources financières, de billets de franc CFA de couleur violette, a connu des moments de léthargie l’année dernière, suite à l’instauration du couvre-feu pour contrôler les mouvements des militaires mutins, aujourd’hui radiés, pour la plupart, de l’armée. Mais juste après la levée de cette mesure restrictive de liberté, le travail a repris du poil de la bête pour Michelle, une prostituée venue d’Ukraine qui a vite abandonné son projet de migrer vers Bamako. Michelle est une femme svelte, aux yeux scintillants et aux longs cheveux noués à l’arrière. Elle aime bien converser mais fourni beaucoup d’efforts pour y arriver, handicapée qu’elle est par sa faible capacité de compréhension et de maniement de la langue de Molière. Dans un français approximatif donc, appris au cours de ses brefs séjours à Kinshasa, Dakar, et Ouagadougou, Michelle ne se gêne pas de parler de la relance de ses activités depuis juin 2011, juste après le dernier coup de feu en l’air des militaires mutins de la garnison de Bobo Dioulasso. Fini donc le chômage technique et adieu la récession économique. Les affaires reprennent pour la jeune dame ukrainienne. «Je gagne en moyenne 150 000 F CFA par jour et le week-end, ce chiffre peut atteindre 500 000 F CFA», nous a-t-elle confié, en écrasant son mégot de cigarette dans un cendrier en porcelaine. Par ses explications, nous avons pu comprendre qu’elle monte les enchères quand la demande est forte, comme c’est le cas les week-ends. Pour ainsi dire, il n’y a pas de prix normalisé pour une passe; ça se négocie selon la loi de l’offre et de la demande. Mais le dialogue est tout de suite rompu si le client s’attarde sur une offre financière de moins de 50 000 F CFA; Michelle préfère aller voir ailleurs. Autre précision importante: le client paie plus cher s’il veut, pour assouvir sa libido, emmener la femme hors de sa «maison de travail». Et pour des raisons de sécurité, Michelle et ses collègues travaillant dans le même restaurant de luxe, au centre-ville de Ouaga, se gardent d’aller aux domiciles de leurs clients; elles n’admettent que les hôtels qui offrent un minimum de confort et surtout de sécurité.

En s’aventurant sur le sol burkinabè, Michelle n’est pas venue en tourisme. Elle n’est pas là non plus pour les beaux yeux des Burkinabè. Elle a un objectif clair qui ne diffère pas de celui de la plupart des prostituées expatriées: se faire de l’argent et rentrer dans son pays pour se trouver un autre boulot et tenter de mener une vie ordinaire.

Notre entretien avec l’Ukrainienne de 34 ans aura duré juste 8 minutes, pas plus ! Il a été instinctivement écourté par le coup de fil intempestif d’un couche-tard qui a téléphoné à Michelle à 0h 33mn, dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 mars 2012, pour annoncer son arrivée dans le «restaurant aux spécialités européennes et asiatiques» où nous étions. «C’est un gros client. Il arrive dans 10 mn», rapporte Michelle qui, sentant venir le pognon, s’est empressée de nous inviter à revenir le lendemain pour la suite de l’entretien. Mais nous n’avons plus eu la chance de rencontrer cette femme aux yeux brillants.

Autre restaurant, mêmes services ! Appalooza, nous y voilà ! C’est un restaurant très chic; un restaurant pour personnalités très très importantes. Rien que son apparence, vue de l’extérieur, dissuade le Ouagalais ordinaire, habitué des gargotes de quartiers populaires et des restaurants sénégalais aux bancs désaxés. Son décor lumineux donne une idée claire de la qualité de sa clientèle. Comme un cheveu dans la soupe, Appalooza se confine au milieu des bâtiments du centre administratif de Ouagadougou. A l’intérieur, travaillent une flopée de prostituées européennes, en même temps que quelques africaines qui ont de la peine à se faire remarquer. Officiellement, on y va pour manger. Le plat le plus simple, donc le moins cher, vaut 7 000 F CFA. La cuisine est tenue par des hommes et le service est assuré par des Norvégiennes, des Ukrainiennes, etc., en tous cas, des Européennes. Où sont donc les prostituées blanches ? Ne cherchez pas loin; ce sont elles justement qui pullulent à l’intérieur pour le service. Comment les aborder ? Nous avons, par téléphone, posé la question à l’un des gérants du coin. C’est simple ! Il s’agit, dit-il, de discuter directement avec l’une d’elles lorsqu’elle vient pour le service. Si le marché est conclu, elle vous suit avec la «marchandise» où vous voulez. Et vous n’êtes plus obligé de terminer votre plat qui, au finish, n’aura servi que pour légitimer votre présence sur les lieux…

Paul-Miki ROAMBA      

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