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Attention, surveillez vos gosses !

DroguesC’est un autre phénomène, certes nouveau, mais très dangereux qui prend de l’ampleur dans des lycées et collèges de Ouagadougou: de plus en plus de jeunes élèves, piqués par on ne sait quelles mouches, s’adonnent allègrement à la consommation de drogue. Ils sont intelligemment discrets au point qu’il est difficile pour les parents et les encadreurs de les prendre les mains dans le sac. Le hic dans ce fléau, c’est que dans la plupart des cas, les parents de ces apprentis-toxicomanes sont très loin de suspecter leurs enfants de consommation de drogue. On en entend parler et on se dit toujours que « ça, c’est le travail des enfants des autres». Et pourtant…

Le lundi 6 février 2012, Ahmed D., 17 ans, a été pris en flagrant délit de consommation de joint par son père tombé des nues. Ce jeune élève en classe de 3e, fils aîné d’un haut cadre de l’administration publique, régulièrement inscrit dans un lycée huppé de Ouaga-2000, a touché à la drogue pour la première fois en octobre 2011, à la première semaine de la rentrée des classes. Il était depuis lors suspecté par sa tante Aïssata (jeune sœur de son père, étudiante de son état) qui n’avait cependant aucune preuve contre lui. «J’ai quelque fois senti des odeurs bizarres, différentes de celles de la cigarette, se dégagées de sa chambre à chaque fois qu’il y reçoit Hermann et Romain, ses meilleurs amis», nous a confié la jeune fille, visiblement inquiète du comportement de son neveu. En janvier 2012, Aïssata en a parlé à sa belle sœur, la mère d’Ahmed. Mais cette dernière a vite fait de défendre son fils et de soupçonner plutôt ses amis, Romain surtout, que tout le monde savait fumeur de cigarettes. Ainsi, au domicile d’Ahmed, au lycée, ou dans leurs lieux habituels de retrouvaille, les deux amis consommaient régulièrement de la drogue discrètement achetée chez un fournisseur qui serait basé au quartier Dassasgho, un quartier de Ouagadougou. Lorsqu’il a été invité par sa jeune sœur à surveiller les agissements de son fils, le père d’Ahmed, lui non plus, n’y a pas cru, tant Ahmed est un garçon très sage à la maison. Il lui a néanmoins subtilement demandé si des jeunes de son lycée consommaient quelque fois de la drogue. Ahmed répond par la négative et ajoute même n’avoir entendu parler de drogue qu’à la télé. Mais le 6 février 2012, jour de grand brouillard à Ouagadougou, alors qu’il était rentré du boulot plus tôt que de coutume (avant midi), le père d’Ahmed a senti une persistante odeur de drogue fraîchement brûlée, depuis son garage, dès qu’il a ouvert la portière de sa 4X4. Le garage du boss, c’était le lieu choisi ce jour-là par Ahmed et ses amis pour consommer la marchandise ramenée de Dassasgho. Mais ils s’étaient vite retranchés dans un balcon près de la chambre à coucher d’Ahmed, à l’étage du duplexe. Stupéfait par cette suffocante odeur de nicotine brulée, et ayant remarqué la présence de plusieurs motos dans la cour dont celle de son fils, le haut fonctionnaire prend les escaliers pour aller mieux comprendre. Il trouve Ahmed et ses camarades dans une posture studieuse, les cahiers ouverts et face à un tableau vierge d’écritures. «Nous sommes en train de préparer un exposé», a déclaré Ahmed, sans être interrogé. Le père, sans mot dire, fouille les lieux et découvre un petit sachet de drogue dans un sac qui appartenait à Romain. Les deux amis sont immédiatement expulsés avec interdiction de remettre les pieds chez Ahmed. «Aïssata avait donc raison !», s’exclame le père devant un fils qui jure n’avoir pas partagé la drogue avec ses amis.

Comme seules mesures suite à ce flagrant délit, le haut fonctionnaire a interdit l’accès à sa cour aux amis d’Ahmed et a redoublé la vigilance sur son fils. Mais il n’a pas cessé de lui donner d’importantes sommes d’argent sans chercher à connaître l’utilisation qui en est faite. Ahmed et ses amis ont-ils pour autant cessé de s’intoxiquer ? Rien n’est moins sûr. Ils ont peut-être juste changé de cadre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cas d’Ahmed n’est pas isolé. La drogue, sous diverses formes s’est invitée dans les milieux scolaires de Ouagadoudou. Rappelez-vous, en début février 2012, des élèves du groupe scolaire Le Creuset Ouaga 2000 étaient exclus par la direction de l’établissement qui les avait surpris, dans un «angle mort» du lycée, en train de fumer de la marijuana. (Voir Courrier Confidentiel N°4 du 25 février 2012). Le ver est donc dans le fruit. Il n’y a pas lieu de se leurrer. Vite, il faut assainir les enceintes scolaires ! Sinon, on ne devrait pas s’étonner de voir un jour de jeunes élèves effectuer des tueries en série avant de se réfugier dans des immeubles pour défier la police cherchant à les arrêter. Ça n’arrive pas qu’ailleurs.

Paul-Miki ROAMBA

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