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«Comment je suis devenu trafiquant de drogue»

justice1Comment «Boukaré le sage» est-il devenu «Boukaré le délinquant», le dealer de drogue? Ce jeune homme de 34 ans qui a choisi de faire fortune dans le trafic de chanvre indien a été pris dans un «ghetto» dans la zone non lotie, à la sortie ouest de Ouagadougou. C’est la police de Ouaga qui a réussi ce super coup de filet. Boukaré a été pris les mains dans le sac. Devant les juges du tribunal de grande instance, il n’avait d’autre choix que de reconnaître les faits qui lui sont reprochés. Mais il n’était pas seul dans ce deal interdit…

A la barre, lorsqu’il a été invité à relater sa version des faits, Boukaré Z. a d’abord pris du temps à raconter son histoire de vie aux juges qui l’ont écouté attentivement. Il était parti pour réussir dignement. Mais en 1998, alors qu’il était brillant élève en classe de première D, au lycée mixte de Gounghin, il a délibérément choisi de quitter l’école pour se lancer dans le commerce d’effets d’habillements, sur les traces de son frère aîné, entre Ouagadougou et Lomé. Dans cette activité, Boukaré gagnait sa vie, dignement. Mais en 2006, il a rencontré Salam N. lors d’un voyage retour Lomé-Ouaga. Voisins de bus, ils ont naturellement échangé. Salam, aujourd’hui âgé de 37 ans, originaire de Zagtouli et Boukaré, natif de Tanghin-Dassouri, se sont vite considérés, plus que des voisins de villages, mais comme étant des frères. Surtout que la sœur cadette de Salam était mariée à Tanghin-Dassouri. Dans la soute du bus qui les conduisait à vive allure vers Ouaga, Boukaré avait ses marchandises: un lot d’effets d’habillements prêt-à-porter. Salam y avait aussi les siennes…

A Ouagadougou, Salam et Boukaré sont restés en contact permanent. Leur amitié, au fil des mois, s’est renforcée. En février 2007, alors qu’il se plaignait sans cesse de la morosité du marché après les fêtes de fin d’année, Boukaré a été invité par Salam à rejoindre «son» groupe. Il était question de lui apprendre comment gagner de l’argent, facilement et rapidement. Le mode opératoire, c’est l’importation de la drogue depuis Lomé, et sa commercialisation à Ouagadougou, à travers un réseau bien organisé et très peu infiltré. Boukaré s’est laissé convaincre par l’importance du bénéfice qu’il pourrait tirer sur chaque opération: pas moins de 600 000 F CFA par voyage. C’est fou, comparé à sa marge bénéficiaire dans le commerce du «prêt-à-porter». A ses débuts dans ce trafic interdit, Boukaré faisait le commerce mixte, effets d’habillement-chanvre indien. Suivant les conseils et les instructions de Salam, devenu son maître à penser, Boukaré s’était familiarisé avec les techniques de camouflage de la marchandise juteuse pour passer entre les mailles du filet tendu par la douane et les forces de sécurité aux postes frontaliers.

Le tout premier voyage de Boukaré en tant que trafiquant de drogue aura duré une semaine. Et il s’en est sorti avec la somme de 145 000 F CFA. C’était largement en deçà de ce qui lui était promis, mais nettement mieux que le gain qu’il tirait du commerce d’habits. Il a donc poursuivi son aventure jusqu’en juin 2009, date à laquelle il avait décidé d’abandonner ce commerce à risque, après une descente musclée d’une forte équipe de policiers dans le ghetto où était livrée la marchandise importée de Lomé. Salam l’a échappé bel. Ce jour-là, la police était à la recherche de deux complices d’un cambriolage à main armée, qu’elle a épinglés parmi les occupants du ghetto. Cet enlèvement manu militari avait donc dissuadé Boukaré Z. qui s’était interdit la route de Lomé. Mais cette résignation n’aura duré qu’une année, puisqu’en mi-2010, le trafic de la drogue avait repris du poil de la bête pour le jeune homme de 34 ans, une fois encore sur recommandation de Salam. En décembre 2011, un citoyen anonyme qui était bien au courant de ce qui se passait dans le ghetto, a mis la puce à l’oreille de la police qui a pris les précautions nécessaires pour surprendre la bande forte de 6 jeunes en pleine transaction commerciale, les mains dans la marchandise défendue. Boukaré était de ceux-ci. Il est conduit au commissariat avec les 5 autres. Mais Salam, le cerveau de la bande qui était alors en voyage à Lomé, n’a plus été revu à Ouaga, selon les déclarations de Boukaré au tribunal de grande instance de Ouagadougou.

C’est de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) que Boukaré et ses 5 acolytes ont été conduits au palais de Justice. Une chose est claire, ils devraient y retourner pour un long séjour dont la durée leur sera communiquée le 21 mars prochain, date du délibéré du procès.

Par Paul-Miki ROAMBA

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