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Des prostituées «bon marché» !

Magdala1Le plus vieux métier du monde est devenu un puissant pôle d’attraction de jeunes gens habitant les bidonvilles de Ouagadougou. Certains quartiers non lotis de la capitale du «pays des Hommes intègres» sont devenus, ces dernières années, des zones d’exception où, à la tombée de la nuit, se conjuguent au quotidien, viol, vol, violence, drogue et prostitution. Concernant ce dernier phénomène, ce qui choque le plus, c’est l’implication des mineur(e)s, en tant qu’acteurs ou témoins de ce qu’il convient d’appeler des attentats à la pudeur. Notre constat, sur le terrain.

Le Code pénal du Burkina Faso ne fait place à aucune ambigüité sur la définition qu’il donne de la prostitution. Lorsque l’on parcourt ce gros document qui fait office de bible pour les magistrats et les avocats, et que l’on marque une halte à la page 65 du tome VI, on est très bien renseigné sur le «plus vieux métier du monde», tel que perçu par le législateur. L’article 423 du Code pénal est très clair : «La prostitution est le fait pour une personne de l’un ou de l’autre sexe, de se livrer habituellement à des actes sexuels avec autrui, moyennant rémunération». L’unique alinéa du même article est très précis sur la peine encourue par un(e) prostitué(e) : «Est puni d’un emprisonnement de 15 jours à 2 mois et d’une amende de 50 000 à 100 000 francs ou l’une de ces deux peines seulement quiconque se livre habituellement à la prostitution par racolage sur la voie publique».

Refermons un instant, ce gros document des magistrats, en gardant le marqueur à la page 65, et retour sur le terrain. Le contraste est ahurissant. On a l’impression que personne, parmi ceux qui sont chargés de l’application des textes, n’a jamais mis les pieds, la nuit, sur l’avenue Kwamé N’krumah, ou au quartier Dapoya, dans les environs du bar-dancing «Matata», pour ne citer que ces points chauds de Ouaga by night. Les filles de joie y fourmillent, racolent et assaillent même les passants, sans être inquiétées à l’idée d’être condamnées, au paiement du moindre sou, ni à la moindre peine d’emprisonnement. L’article 423 du Code pénal peut donc aller voir ailleurs !

Le mal est plus profond dans les zones non loties qui, selon toute vraisemblance, sont aux antipodes du Code pénal et de ses prescriptions…

Samedi 18 février 2012. Il n’est que 20h10 au bar-dancing «Magdala», situé dans la zone non lotie du secteur 30 ancien, à la sortie sud-est de la ville de Ouagadougou. Mais déjà, le maquis est à son comble. C’est l’un des rares endroits lumineux dans ce vaste quartier, qui tombe dans les ténèbres dès que s’éclipsent les derniers rayons du soleil. C’est donc le plus grand point de convergence des jeunes et des adolescents du quartier qui renoncent à se terrer chez eux, la nuit tombée. Le service bat aussi son plein pour les prostituées qui se distinguent très facilement par l’extravagance de leurs tenues…, disons plutôt de simples morceaux de tissus sur le bassin et la poitrine. De la musique rythmée à l’ivoirienne, distillée par deux paires de hauts parleurs posés à même le sol, peine à dominer le vrombissement du groupe électrogène qui alimente le maquis. Entre les crevasses d’une piste de danse sérieusement lézardée et défoncée, se trémoussent quelques bambins, une quinzaine environ. Certains d’entre eux ne se gênent pas du tout de tirer une bouffée de cigarette et d’en rejeter la fumée sur les occupants de la piste de danse, comme pour défier ceux qui pensent qu’ils n’avaient pas le droit d’être là, la nuit. De cette cohorte, nous avons remarqué Aziz, 13 ans, qui, entre-temps, a abandonné son panier de kleenex en vente, pour sautiller, comme il peut, sur la piste de danse, au milieu d’autres jeunes de son âge…

Bienvenus à tous à Magdala, bar-dancing-restaurant ! Une bière ? Un coca ? Non ! Il n’y en a pas toujours ici. On peut même remarquer que personne n’est assis en face d’une bouteille. Magdala n’est bar que par le nom. Le gérant explique que la boisson ne s’achète pas ici. Et si vous insistez à prendre un verre, on vous propose de la liqueur d’une marque inconnue. Vu de dehors, Magdala présente l’aspect d’un maquis, comme un autre, mais il ne s’agit en réalité que d’un bordel qui tutoie d’ailleurs le lycée communal, son voisin immédiat. Les filles de joie qui officient à Magdala et dans les autres maquis du même type situés dans les faubourgs de Ouagadougou, coûtent beaucoup moins cher que celles du centre-ville de Ouagadougou. 1000 F CFA ! Voilà ce qu’elles coûtent. Le marché tient compte, sans doute, de la bourse des habitants de ces bas-quartiers. Ces prix imbattables, qui défient toute concurrence, sont même un élément de marketing pour ces filles qui n’hésitent pas à crier «1000 francs !» à l’oreille des clients hésitants, comme s’il était question d’une vente à la criée. Elles le disent dans un français approximatif, car étant pour la plupart originaires du Nigeria, et du Ghana. Mais il y a aussi une flopée de filles burkinabè…  

Las de se remuer au rythme de la même sonorité depuis plus d’une quinzaine de minutes, Aziz se met à l’écart, le panier de kleenex serré contre le ventre à l’aide des deux bras croisés, il observe, bouche ouverte, les agissements d’une prostituée baratinant un potentiel client. Ce mineur de 13 ans qui a bien voulu nous parler de son quotidien, au milieu de 4 de ses camarades de nuit, n’a jamais mis les pieds dans une salle de classe, bien qu’étant né à Ouagadougou. Nous l’avons rencontré très loin de la salle des banquets de Ouaga 2000, et à une période où se tenait la triennale de l’éducation en Afrique. Aziz, jeune garçon plein d’énergie, aux dents jaunies sous l’effet du temps, passe le clair de sa journée en ville, vendant du kleenex dans les maquis environnants. Ce qui lui rapporte entre 100 et 250 F CFA de bénéfice par jour, juste de quoi assurer sa pitance quotidienne. A 13 ans déjà, il ne dépend plus de sa famille pour se nourrir ; ce qui lui donne de fait, un certain libertinage. Peut-être est-il quelque fois tenté de se servir de cet argent pour «acheter» une fille de joie à Magdala ? Nous lui avons posé la question. Il a répondu par la négative, sous les rires aux éclats de ses camarades. Presqu’invariablement, Aziz finit ses soirées à Magdala, au milieu de Kader, Ahmed, Romain, Souley et bien d’autres jeunes de son âge, qui déambulent chaque soir au milieu des prostituées et leurs clients…

Revenons-en au Code pénal du Burkina Faso que nous ouvrons à la page 65, là où nous avions laissé le marqueur. Evoluons à présent vers la page 68, et arrêtons-nous d’abord sur l’article 431: «Il est interdit aux mineurs de moins de 16 ans, de circuler hors de leurs domiciles, sans être accompagnés de leurs parents ou tuteurs ou de toute personne agréée par ceux-ci, de 22 heures à 6 heures du matin (…)». Et ce n’est pas tout: l’article 434 va sans doute surprendre les maquisards ouagalais, habitués à se frayer un chemin parmi les enfants dans les bars-dancings des quartiers périphériques surtout, pour accéder à une piste de danse: «L’accès des bars, dancings et salles de spectacle et distraction est interdit aux mineurs de moins de 18 ans non accompagnés de leurs parents ou tuteurs. (…)». En cas de non-respect des dispositions ci-dessus, le Code pénal a prévu une bonne dose de sanctions contre les gérants des bars-dancings, telles que exposées à la page 69, article 435 : «Est puni d’un emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 50 000 à 150 000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne qui, gérant un établissement interdit aux mineurs de moins de 18 ans les laisse y pénétrer. En cas de récidive, la fermeture temporaire ou définitive de l’établissement est prononcée pour une durée qui ne peut excéder 5 ans».

Les proprios des maquis ont donc intérêt à faire très attention ! A Ouagadougou,– et que dire du milieu rural –, ils sont très peu nombreux à connaître ces dispositions du Code pénal. Pourtant, la loi est dure et quelques fois très têtue ! En plus, nul n’est censé l’ignorer ! Dans certains cas, en effet, le marteau des sanctions survole allègrement la tête des parents des enfants mineurs, pour s’affaisser, avec force, sur celle du tenancier du bar-dancing. Lisez attentivement ce que dit l’article 436 du Code pénal : «Est punie d’un emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 50 000 à 150 000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement, toute personne qui, gérant un établissement, sert de la boisson alcoolisée à un mineur de moins de 18 ans, même accompagné par ses parents ou tuteurs».

Refermons, complètement cette fois-ci, le Code pénal pour repartir dans les zones non loties de Ouagadougou. Là-bas, on s’en fout de l’âge du client ! On s’en fout aussi de savoir s’il est accompagné par ses parents, ses tuteurs ou par le diable. La seule condition qui compte, c’est sa capacité à régler la facture. Le reste, c’est des détails inutiles. D’ailleurs, les mineures, on en compte par dizaines parmi les prostituées et les serveuses des bars (si seulement la différence entre ces deux métiers était évidente !), et cela, les magistrats du ministère public le savent mieux que quiconque. Toutes ces dispositions légales, très clairement mentionnées sur le papier, sont foulées aux pieds par les prostituées et les tenanciers de maquis, sous le nez et la barbe de la police des mœurs et des stupéfiants, dont les locaux, à Ouagadougou, sont situés, curieusement, dans une zone à haute affluence de trotteuses et de racoleuses. Si toutes les sanctions, surtout pécuniaires, prévues par le Code pénal étaient appliquées, on aurait pu amasser beaucoup d’argent, de quoi remplir des dizaines de cantines que l’on pourrait entreposer au Trésor public pour servir l’émergence tant annoncée par le Président Compaoré !

Par Paul-Miki ROAMBA

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A qui appartient le Magdala ?

Nous avons expressément posé la question aux riverains de ce bordel. Personne n’a pu indiquer, avec précision, le nom ou le domicile du propriétaire de ce gigantesque maquis qui a les dimensions d’un établissement d’enseignement secondaire. Cependant, tous s’accordent à dire que le Magdala appartient à un… ancien gendarme aujourd’hui admis à la retraite. Eh oui ! Le Magdala se situe, toujours selon des témoignages concordants, sur le site d’un ancien village aujourd’hui phagocyté par la ville de Ouaga, et l’ancien pandore, natif du village disparu, a simplement hérité de l’infrastructure et a librement choisi d’en faire un bordel depuis qu’il s’est rendu compte que la vente de boissons ne nourrissait pas son homme dans cette zone sans couverture énergétique de la SONABEL. Ça fait déjà plus d’une dizaine d’années que Magdala (le nom rappelle celui de «Marie de Magdala» ou «Marie Madeleine» qui renvoie à la prostitution dans la Bible) existe en tant que sanctuaire de la dépravation des mœurs, mais ne demandez surtout pas à l’autorité municipale de tenter de tuer la poule aux œufs d’or. Elle trouvera sur son chemin un vieux gendarme gonflé à bloc !

PMR

 

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