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Tentative de coup d’Etat ?

Blaise CCC’est un dossier chaud ! Et ça fait des émules, depuis janvier 2013, dans les premiers cercles du Président Compaoré. Au cœur de cette affaire brûlante, un diplomate burkinabè, Abdul Ouahab Drabo, qui occupait, jusqu’en février dernier, le poste de troisième Secrétaire à la Mission permanente du Burkina Faso auprès des Nations unies. Selon des sources proches du dossier, un rapport confidentiel aurait été adressé, en mi-février, par les services de sécurité à la Présidence du Faso. Avec notification au ministre de la Sécurité et à celui des Affaires étrangères et de la Coopération régionale. Le diplomate est accusé d’être mêlé à une affaire de «tentative de coup d’Etat». Et il a été sommé de regagner le Burkina «au plus tard le 15 avril».

Abdul Ouahab Drabo affirme qu’à l’heure actuelle sa vie est en danger. Et qu’il craint le pire. Ce diplomate, en poste, il y a à peine une année, à la Mission permanente du Burkina aux Nations unies, dit avoir été complètement surpris par la tournure des événements. Même si, à l’heure actuelle, aucune accusation officielle ne lui a été signifiée, il dit avoir appris que dans les salons feutrés du ministère des Affaires étrangères, se trament des choses graves. Et même très graves. Selon des sources concordantes, il serait accusé d’ «incitation à la rébellion, de financement de rébellion, de tentative de coup d’Etat, de tentative de libération de prisonniers, de connexion avec l’extérieur dans le but de déstabiliser le pays…». Mais la main sur le cœur, il rejette, avec la dernière énergie, toutes ces accusations. Que s’est-il passé pour qu’il se retrouve ainsi dans le pétrin ? Lorsqu’en décembre 2012, il est revenu au pays, c’était, dit-il, «pour y passer les fêtes de fin d’année». Et il y est resté du 26 décembre au 3 janvier. Pendant son séjour, il s’est rendu à Bobo Dioulasso pour «une ballade entre amis». Et là, il a rencontré, par hasard, un militaire qu’il connaissait. Son nom: Jérôme Traoré. Belle occasion pour échanger sur la crise militaire qui a secoué le Burkina en 2011, de ses conséquences, mais aussi de questions politiques qui font l’actualité au Burkina, en Afrique et dans le reste du monde. Le péché du diplomate a-t-il été d’avoir échangé avec ce militaire ? Ou ont-ils réellement planifié des actions dans le but d’inciter à la rébellion et de faire un coup d’Etat ? Question à multiples inconnues. Le diplomate affirme n’avoir pas trempé dans de telles pratiques. Il dit avoir regagné Ouagadougou le 30 décembre 2012 et s’être envolé pour New York le 3 janvier 2013. Et voilà que le 6 janvier, il apprend, de source digne de foi, qu’il est recherché. Mais il ne reçoit aucune convocation officielle des services de sécurité. L’affaire prendra, par la suite, des proportions inquiétantes. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Djibrill Bassolé, a donné, en février dernier, des instructions fermes pour qu’il soit rappelé à l’administration centrale à Ouagadougou. Pour y être entendu concernant ce dossier brûlant ? Mystère et boule de gomme.

Et voilà les événements qui s’accélèrent. Et tout porte à croire que ce «rappel avant terme» du troisième Secrétaire de la Mission permanente du Burkina auprès des Nations unies est relatif à ce dossier d’«incitation à la rébellion, de financement de rébellion, de tentative de coup d’Etat…». En tout cas, depuis que le ministre a donné instruction de rappeler le diplomate, c’est la croix et la bannière. Résumé des faits: le 28 mars, le ministère adresse un fax confidentiel à l’ambassadeur du Burkina Faso à New York, Der Kogda. Le fax (N°491/MAE-CR/SG/DAF) porte un message urgent. Il somme pratiquement l’ambassadeur de prendre les dispositions nécessaires pour que le troisième Secrétaire de la Mission permanente, Abdul Ouahab Drabo, et les membres de sa famille, soient au Burkina dans les plus brefs délais. Dans pratiquement deux semaines ! Pas plus ! D’ailleurs, dans le fax daté du 28 mars, il y a cette phrase lourde de sens: «Date limite mise en route intéressé est fixée au plus tard 15 avril 2013. En cas de difficultés, contacter Directeur administration et Finances». Pourtant, l’intéressé, joint par téléphone, affirme n’avoir reçu aucune lettre officielle de rappel. Ni une décision administrative officielle. Ce «rapatriement», prévu «au plus tard (le) 15 avril 2013», semble se dérouler dans la plus grande opacité. Selon des sources internes à la Mission permanente, l’intéressé a tenté, en vain, de savoir les raisons de ce rappel «précipité» et «sans motif officiel». Mais il n’a reçu aucune réponse. L’ambassadeur, Der Kogda, lui aurait même fait savoir, lors d’un échange le 22 février, qu’il ignorait totalement les raisons de ce «rappel avant terme». Et même lorsque le 1er avril dernier, il a adressé une correspondance officielle à l’ambassadeur, il n’a reçu, jusque-là, aucune réponse. Dans cette lettre, il demande «le respect des règles de rappel d’un agent en mission» qui, visiblement, ont été bafouées sur toute la ligne. Voici un extrait de la lettre: «Suite à notre entretien en date du 22 février 2013, dans la matinée (vers 11h), dans votre bureau à la Mission permanente du Burkina Faso à New York, vous m’aviez informé oralement de la décision de S.E.M le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, de me rappeler à l’administration centrale; vous aviez précisé ignorer les raisons et les motivations de cette décision. Le 28 mars 2013, vous me faites parvenir une copie du Fax N°491 MAE-CR/SG/DAF en date du 28 mars 2013, adressée à la Mission permanente et à Monsieur Abdul Ouahab Drabo, troisième Secrétaire. Par la même occasion, j’ai l’honneur de vous demander une copie de la lettre que vous m’aviez présentée dans votre bureau. Tout en souhaitant le respect des règles de rappel d’un agent en mission, veuillez recevoir, Excellence, mes salutations les plus respectueuses». L’ambassadeur a-t-il informé le ministre de cette requête ? Question à multiples inconnues. Le Secrétaire général du ministère, qui a, lui aussi, reçu une correspondance le 1er avril, est resté muet. Grâce à des sources diplomatiques, nous avons eu confirmation que la lettre lui est bel et bien parvenue. Voici ce que le diplomate lui a dit: «En référence au message fax N°491 MAE-CR/SG/DAF en date du 28 mars 2013, relative au rappel à l’administration centrale de Monsieur Abdul Ouahab Drabo, troisième Secrétaire et les membres de sa famille, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit: 1- Compte tenu de l’urgence («date de mise en route intéressé est fixée au plus tard 15 avril 2013» et de la procédure inhabituelle de rappeler un agent par «simple fax», je demande officiellement les raisons et les motivations des autorités du ministère des Affaires étrangères. 2- A ce jour, je (Abdul Ouahab Drabo) n’ai pas encore reçu ni de lettre de rappel, ni de décision de rappel. 3- Du fait de l’année scolaire en cours, je demande à l’administration centrale de reporter la date de la mise en route de moi et de ma famille». Comme dans la correspondance adressée à l’ambassadeur, il finit par cette phrase: «Dans l’attente d’une réponse appropriée, je souhaite le respect des règles de rappel d’un agent en mission, conformément aux textes et lois dans une République». Mais c’était peine perdue. Jusqu’au moment où nous bouclions cette édition, l’intéressé n’avait reçu aucune réponse.

Au ministère des Affaires étrangères, c’est le mystère total. Un entretien avec le Secrétaire général ? «Il est malade», nous a-t-on affirmé, avant d’ajouter que tous les autres qui «peuvent donner des informations sur ce sujet sont en voyage». Près d’une semaine après notre demande d’entretien, personne n’était disponible pour répondre à nos questions. Même le Secrétaire général, qui était au bureau, n’a pas voulu se prêter à cet exercice. Il avait promis par l’intermédiaire de la Direction de la Communication du ministère mais il n’a pas tenu promesse. Pas facile, peut-être, d’aborder ce sujet brûlant. Au point que chacun craint de se cramer les ailes. Signe que le «rappel» du diplomate à Ouagadougou «au plus tard (le) 15 avril», n’est pas un simple rappel.

Par Hervé D’AFRICK

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Règlement de comptes ?

Il y a beaucoup de non-dits dans cette affaire. Nous avons tenté, en vain, de retrouver les traces du nommé Jérôme Traoré, militaire de son état. Où se trouve-t-il ? A-t-il été interpellé et soumis à un interrogatoire ? Est-il en liberté ou en prison ? C’est le mystère total. Le diplomate a-t-il été «mouillé» parce qu’il a simplement échangé, dans un maquis de Bobo, avec un militaire qu’il connaissait ? Ou y a-t-il eu autre chose ? Certaines sources parlent de «règlement de comptes» et affirment que le dossier a été traité avec «trop de zèle». Vrai ou faux ? En attendant de le savoir, le diplomate est sur une pente glissante. Il a été sommé de regagner Ouagadougou «au plus tard le 15 avril».

Hervé D’AFRICK

 

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