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Il tente de sacrifier son cousin

Ombre humaineOn croyait révolue la période où les croyances aux miracles des prétendus prédicateurs traditionnels sous nos tropiques prenaient le dessus sur la raison. Mais cette affaire de tentative de trafic de sang humain, qui a fini par parachuter sur le bureau du juge A. Ouédraogo sous la forme d’un dossier bien enrôlé, indique à souhait que la société burkinabè doit composer, encore longtemps, avec le charlatanisme et ses corollaires: escroquerie, duperie, violence, assassinat… prison !

A la barre le 7 février dernier, et après plusieurs comparutions devant le parquet du tribunal de grande instance de Ouagadougou, Adama Sawadogo, 36 ans, boucher de son état, a fini par avouer les faits: il a tenté, par l’usage de sa machette de charcuterie, de mettre fin aux jours de Hamado son cousin, dont le sang frais lui serait utile, selon les «lutins» de son marabout, pour devenir multimillionnaire en 33 jours !

Pourtant, depuis le début de la procédure, d’abord lors de son audition à la police divisionnaire de Nongre-Massom, puis devant les juges du TGI, Adama s’était défendu d’avoir tenté d’assommer Hamado, le fils de son oncle, qui est aussi son tuteur depuis le décès de son père, en 1996.

Tout a commencé en octobre 2010. Alors qu’il était boucher auxiliaire sur l’aire d’abattage de son employeur, à l’abattoir de Kossodo, en banlieue nord de Ouaga, Adama ne parvenait plus à se consoler d’un revenu journalier d’environ 1 000 F CFA, parfois moins. Il était persuadé que les gens qui prospéraient autour de lui s’étaient attaché les services des meilleurs marabouts pour faire fortune. Du coup, il était jaloux des propriétaires des duplexes et autres immeubles qui poussaient à la lisière de la zone non lotie où il habitait. «Moi, Adama, propriétaire d’un immeuble et d’une voiture de luxe, pourquoi pas ?... » Et le voici à la recherche du marabout rare qui pourrait l’aider à transformer en réalité ce rêve qui lui a soudainement fait tourner la tête. Dans sa démarche, il pouvait bien compter sur le soutien de Hamado, son cousin et cadet d’un an. A deux, ils ont frappé aux portes de plusieurs cabanes de marabouts à Ouagadougou et ses environs, sans être convaincus par les offres de ces derniers, parce qu’essentiellement basées sur la chance. Mais il fallait bien plus que de la chance pour rassurer Adama. Lui qui ne voulait pas voir son avenir immédiat dépendre de l’aléatoire, a sauté, pieds joints, sur l’offre magique, plus complexe que les autres, proposée par Lassané, 41 ans, et prétendu héritier du vieux Mohalim - un marabout de renom aujourd’hui contraint à la retraite sous le poids de l’âge -. Lassané propose une formule d’autant plus compliquée à réaliser que convaincante pour Adama qui savait bien que sur la route de l’enrichissement, étaient érigées des barricades géantes à surmonter…

Beaucoup de cheveux d’homme et du sang de la même personne, en quantité suffisante pour «laver» un corps d’adulte: voilà le gros prix à payer par Adama et son cousin en échange d’une prospérité. A cela, s’ajoutent une somme de 105 500 F CFA et de petits autres sacrifices (cola, lait, tête de coq, etc.)

Au regard de la lourdeur du prix à payer – il fallait absolument abattre un être humain pour en extraire le sang et les cheveux –, Hamado a renoncé à vouloir devenir riche et a supplié son cousin le boucher, de rompre tout contact avec Lassané le marabout. Mais Adama qui était dans une logique de «la fortune ou la mort», ne s’était pas avoué vaincu. Porteur du secret projet de faire une victime dans ses environs, il était donc devenu l’ennemi juré de son cousin avec qui il a partagé une bonne partie de son adolescence. Hamado était allé jusqu’à promettre la prison à Adama, s’il s’entêtait à faire aboutir son projet. Face à cette menace, Adama recule et reprend son activité à l’abattoir de Kossodo. Mais il en voulait vertement à son cousin en qui il voyait un obstacle à son aisance matérielle. Discrètement et en solitaire désormais, il rend visite au marabout qui achève de le convaincre de ce que la fortune était garantie au bout du sacrifice demandé. Lassané donne même des exemples de millionnaires qu’il aurait fabriqués à Ouagadougou et Ouahigouya au Burkina Faso et à Ségou en terre malienne.

Violent coup de machette sur l’épaule

Il n’en fallut pas plus pour qu’Adama décide de transformer l’obstacle à son épanouissement économique, en tremplin pour devenir riche et vivre dans une demeure luxueuse comme les fortunés cités en exemple par le marabout pernicieux. L’unique tentative de faire aboutir son plan diabolique interviendra en février 2011, alors que les deux «frères ennemis» s’étaient retrouvés à Zemtenga, dans la commune rurale de Saponé, pour la cérémonie de fiançailles (communément appelée «PPS») de l’un de leurs cousins.

Devant les juges, Hamado a insisté sur le fait que son cousin avait préparé son coup, en venant à la cérémonie coutumière de Zemtenga. Il avait en effet quitté le village avant même la fin de la cérémonie, sous le prétexte que le propriétaire de la moto qu’il avait empruntée pour faire le voyage, avait urgemment besoin de son engin. Sur le chemin de retour, il a marqué un arrêt à un endroit stratégique de la piste menant à Saponé, pour attendre le retour de son cousin Hamado afin de lui extraire le sang et les cheveux après l’avoir, bien entendu, assommé à coups de machette tranchante.

Le guet-apens d’Adama a consisté à simuler une panne de moto à l’arrivée d’Hamado, dont il va solliciter l’assistance. Et soudain, le boucher devenu assassin sort la machette, son outil de travail, et se jette à bras raccourcis sur son cousin dont il vise la tête pour un premier coup violent qui finira sur l’épaule de l’infortuné. Hamado comprit tout, tout de suite et s’échappa en toute vitesse, courant sur la piste, en direction de Zemtenga, hurlant de toutes ses forces. Adama eut l’audace de poursuivre sa cible. Mais il sera dissuadé d’achever sa «mission» par des villageois qui revenaient de la même cérémonie de PPS, à Zemtenga. Hamado est conduit au CSPS de Saponé, puis transféré à l’hôpital Yalgado Ouédraogo d’où il ne sortira qu’après 24 jours de soins et avec le bras gauche invalide, à jamais. Adama a été conduit et gardé à la police, puis transféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Sur les faits, face aux villageois, puis à la police de Nongre-Massom, et ensuite au palais de Justice, Adama a tenté de justifier son acte par le fait que son cousin aurait violé son épouse. Et lorsque cette dernière, naturellement interloquée, a été appelée en témoin, Adama indique qu’il ne s’agissait pas de son épouse, mais d’une autre jeune fille de Yagma dont il voulait faire sa seconde épouse et qui, curieusement, était injoignable et introuvable. Par contre, à tous les niveaux, Hamado est resté imperturbable sur sa position: «Mon cousin voulait me tuer pour livrer mon sang et mes cheveux au marabout Lassané». Mais Lassané qui avait sans doute appris l’arrestation de son client, s’était volatilisé dans la nature avant l’arrivée de la police. L’enquête préliminaire dont les conclusions sont parvenues chez le juge A. Ouédraogo, indiquait aussi qu’il avait été retrouvé sur Adama, entre autres objets suspects, un lot de sachets noirs et un bidon vide d’une capacité de 5 litres.

Les faits étaient tellement «têtus», les témoignages d’Hamado si cohérents et les questions des magistrats si empoignantes que Adama a fini par tomber dans le «piège». Il n’avait finalement d’autre choix que de passer aux aveux lors de sa dernière comparution et de solliciter la clémence du tribunal. Hamado ne s’est pas constitué partie civile, mais le parquet a requis une peine d’emprisonnement de 6 ans fermes pour coup et blessures volontaires et tentative d’assassinat sur la personne d’Hamado. Le procès est mis en délibéré pour le 28 février 2012.

Par Paul-Miki ROAMBA

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