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Il tente d’arnaquer 212 millions de F CFA

Trafic dorC’est une affaire de gros sous pour laquelle toutes les tentatives de médiation ont échoué. Et voilà Issaka Lamoussa Sawadogo et Alain Myard devant le parquet. Cela, à la suite d’une crise de confiance entre le jeune burkinabè de 33 ans et le Français de 56 ans, aux cheveux blanchis et tirés vers l’arrière. La discorde tient sur une somme de 212 millions de francs CFA, dont l’expatrié français demande le remboursement jusqu’au dernier centime. Issaka comparaît en accusé. Mais un accusé qui ne tarit pas d’arguments solides pour se tirer d’affaire.

Au tribunal, l’audience était marquée par un contraste assez bouleversant entre l’apparence des deux appelés à la barre et la nature du sujet sur lequel ils devaient s’expliquer: le vieux français est apparu en Blue jean délavé aux niveaux des genoux avec un T-shirt blanc-sale et sali au dos. Son antagoniste était, lui, en pantalon sauté couvert d’un blouson bleu, plus gros que de raison, dans lequel il était enveloppé jusqu’aux genoux. On s’étonne donc de les entendre parler de centaines de millions de francs CFA…

Avant de se «trimballer» devant les juges du tribunal de grande instance de Ouagadougou, ils étaient deux amis, d’étroits collaborateurs, disons tout court, deux complices qui, sur les sites aurifères du Burkina, s’entendaient comme des larrons en foire.

Alain Myard, originaire de Grenoble en France, est arrivé au Burkina Faso depuis juillet 2009, avec l’objectif clair de se faire le plein d’argent dans la commercialisation de l’or. Dès sa première exploration sur le site aurifère de Taparko, il rencontre Issaka Lamoussa Sawadogo, avec qui il a eu des informations utiles sur son projet. Très vite, la confiance s’établit entre les deux hommes et Issaka abandonne son poste d’ouvrier sur le chantier de Taparko, pour accompagner son «vieux blanc» à l’assaut des autres régions aurifères du Burkina, à la recherche du métal précieux. A la barre, Issaka a confié à la juge Ouédraogo, qu’Alain avait pour destination de prédilection les sites d’extraction artisanale d’or.

Le travail du jeune burkinabè consistait à prendre de l’argent en espèces sonnantes auprès de son patron pour acheter l’or dont le prix se négociait entre 20 000 et 27 000 F CFA le gramme. Jusqu’en avril 2011, tout s’est très bien passé avec le Burkinabè, et Alain Myard a réussi à se faire des économies de plusieurs dizaines de millions de F CFA, avant de fuir vers son pays, aux temps forts de la mutinerie dans les casernes militaires du Burkina. Depuis Grenoble, il a continué à envoyer de l’argent à son répondant burkinabè: deux fois 75 millions de francs CFA, soit une somme cumulée de 150 millions de nos francs, et Issaka était chargé de trouver son pesant d’or sur le marché local.

En fin juin 2011, Alain Myard atterrit de nouveau à Ouagadougou. Mais, pas d’or… pas d’argent ! Issaka tourne en rond. Il finit par mettre son «blanc» en confiance en lui disant que face à l’affluence des acheteurs et la rareté de l’or, il a été obligé de répartir l’argent entre des orpailleurs qui tardaient à livrer la marchandise. Et pour ne pas avoir à se tourner les pouces dans sa résidence à la Zone du bois, à Ouagadougou, Alain décide de mettre en jeu le reste de ses économies: 62 millions de F CFA. Issaka encaisse et prend la direction de Kalsaka, dans le Yatenga, d’où il ne reviendra pas de sitôt et devient injoignable au téléphone…

La patience d’Alain n’aura duré qu’une semaine, pas plus ! Et le voilà à la recherche de son acolyte d’hier subitement devenu «wanted» par la police nationale. Mais Issaka n’était pas en fuite. Sans coup férir, la police l’a retrouvé dans une petite auberge de Ouahigouya et l’a conduit auprès du vieux blanc qui hausse le ton et exige l’or ou ses 212 millions de F CFA en intégralité, en échange de la mise en liberté de son collaborateur. Face à la police, Issaka se défend d’être un fugitif et fait la promesse de se mettre à la disposition d’Alain pour définitivement vider le contentieux qui les divise. Et c’est désormais un marquage à la culotte qu’impose Alain à son ex-ami. Il l’accompagne à tous ses voyages, sur les carrières aurifères, à la recherche de l’argent, ou de l’or subitement devenu si rare aux yeux d’Alain. Après une semaine de va-et-vient infructueux, Alain tape du poing sur la table et promet la prison à Issaka qui, sous la contrainte, signe un premier chèque de 82 millions de F CFA au nom d’Alain qui réussit ainsi à rentrer en possession d’une partie de ses fonds. Quelques semaines plus tard (nous sommes à la mi-septembre 2011), Alain met la pression sur son adversaire et obtient de lui, sous forte contrainte, un nouveau chèque: 58 millions de F CFA. Le Français se calme, Issaka souffle un coup, quoique sachant que ce second chèque se référait à un compte non approvisionné.

Et c’est ce vilain geste d’Issaka qui lui a valu plusieurs comparutions au tribunal de grande instance de Ouagadougou. L’avocat d’Alain exige le remboursement de la somme restante due, soit 130 millions de F CFA , le paiement de dommages et intérêts estimés à 75 millions de F CFA et des honoraires d’avocat de l’ordre de 600 000 F CFA. Issaka Lamoussa Ouédraogo et sa défense insistent sur le fait qu’il n’a jamais été question de fuite, et que le chèque sans provision a été rempli et signé sous menace, et demande au tribunal de débouter les requérants dans leur demande de paiement des dommages et intérêts.

Les participants à l’audience n’ont pas caché leur étonnement lorsqu’Alain Myard, appuyé par son avocat, a avoué que l’or acheté à 25 mille F CFA le gramme au Burkina Faso était revendu en France à plus de… 120 mille F CFA ! Le procès est mis en délibéré pour mars 2012 ! Affaire à suivre…

 

Paul-Miki ROAMBA, envoyé spécial au palais de Justice

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