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ministre ouaroNotre article sur les tentatives de fraudes au concours de recrutement de 1500 instituteurs adjoints certifiés a créé une petite tempête. Certains faits, recueillis par notre Journal, étaient assez inquiétants.

Nous avons donc demandé au ministère de l’Education nationale de procéder à des vérifications. Certains candidats, qui se sont crus malins, ont été pris dans les filets. Selon le ministre de l’Education nationale, Stanislas Ouaro, des vérifications qui ont porté sur le processus de recrutement ont permis de coincer quatre candidats. Ils «ont fourni dans leur dossier, des diplômes appartenant à d’autres personnes». Et il ajoute qu’ils ont été retirés de la liste et leurs cas transférés à la gendarmerie qui se charge de poursuivre les investigations nécessaires». Mais curieusement, comme s’il voulait alimenter la polémique, le ministre affirme, au même moment, «qu’aucune irrégularité telle que décrite par le Journal n’a été décelée par la cellule de vérification mise en place par les deux ministères». C’est pourtant l’alerte, publiée dans notre édition N° 160, qui a conduit à la mise en place de la cellule de vérification. Et c’est bien du fait de cette alerte que ces investigations ont été menées. Si nous n’avions pas tiré la sonnette d’alarme, rien n’aurait sans doute été fait. Et les quatre candidats épinglés seraient passés entre les mailles du filet.

Mais les autres cas, soulignés dans notre édition du 25 juillet, ont-ils vraiment été décryptés par la cellule de vérification ? Le 10 août, les hauts responsables du ministère de la Fonction publique et celui de l’Education nationale ont jeté un pavé dans la marre. Ils ont affirmé, lors d’une conférence de presse à laquelle nous n’avons pas été invités, qu’ils n’avaient rien trouvé à ce sujet. Et que notre «Journal et le journaliste auteur de l’article» sur les fraudes présumées, avaient même été associés à la «cellule de vérification». Ce qui suppose que nous ayons participé, de bout en bout, aux travaux de la cellule et que nous sommes, de ce fait, comptables de ses résultats. Le ministre Ouaro affirme même, sans détours, sur les réseaux sociaux, que le journaliste auteur de l’article a participé aux travaux de la cellule de vérification. Ce qui est totalement inexact. Les deux ministères ont cru qu’en affirmant que le Journal a «été associé», ils réussiraient à sauver la face et à montrer à l’opinion, que notre article n’avait aucun fondement. Une façon de dire que «même» le Journal était partie prenante de la cellule de vérification, qu’il a été témoin oculaire et qu’aucune irrégularité n’a été constatée. Et donc, de ce fait, que tout est transparent. Mais ils sont passés à côté de la plaque. Nous n’avons jamais été membre de la cellule de vérification.

Il y a visiblement quelque chose de pas clair dans la démarche entreprise par le ministre de l’Education nationale, Stanislas Ouaro, et celui de la Fonction publique, Séni Ouédraogo. Les faits sont autres que ce qu’ils tentent de vouloir faire passer dans l’opinion. Quelques jours après la parution de notre article, le ministre Séni Ouédraogo nous a adressé une lettre confidentielle dans laquelle il nous convie à une rencontre d’échanges le 31 juillet. A cette rencontre, étaient également présents le ministre Ouaro, le Secrétaire général et le Chargé de communication du ministère de la Fonction publique. Aucun membre de la «cellule de vérification» n’était là. Les ministres ont félicité notre Journal pour avoir attiré leur attention sur les tentatives de fraudes dans le processus de recrutement des 1500 instituteurs adjoints certifiés. Ils ont ensuite sollicité des informations complémentaires sur les pratiques évoquées dans l’article. Nous leur avons fourni, à travers des faits, des pistes d’investigation afin de permettre à la cellule de vérification d’approfondir les contrôles et de démasquer les auteurs présumés de ces pratiques. Mais les ministres ont voulu que nous leur fournissions également certaines indications qui, de notre point de vue, pourraient dévoiler nos sources d’information. Et c’est là qu’il y a eu problème. Nous ne saurons accepter une telle requête. Pour nous, les sources du journaliste sont sacrées et en aucun moment, nous ne trahirons leur confiance. Nous avons, par contre, fourni aux ministres des faits utiles pour les vérifications.

A cette rencontre, nous avons appris qu’il y avait déjà quelque chose de pourri dans l’organisation du concours, des documents suspects ayant été détectés dans certains dossiers de candidature. Les deux ministres nous ont ensuite confié que les informations que nous leur avions fournies seraient transmises à la cellule de vérification. Et que cette dernière confronterait également, comme préconisé par notre Journal, la liste des admissibles, celle des candidats ayant participé aux épreuves orales et une liste de candidats définitivement admis mais non encore publiée. Ils ont aussi promis, après cette confrontation des listes, de nous tenir informés de la suite. Nous n’étions pas membre de la cellule et n’étions pas présents lorsqu’elle effectuait ses vérifications. Nous ignorons sa composition et ne savons pas comment elle a travaillé. Nous n’avions pas non plus connaissance des résultats de ses vérifications avant la conférence de presse. Que le ministre Ouaro, flanqué du Secrétaire général du ministère de la Fonction publique, affirme, de façon péremptoire, que «le Journal et le journaliste auteur de l’article» ont été associés aux travaux de la cellule de vérification, c’est complètement inexact. En fait, le 2 août, le ministre Séni Ouédraogo nous a contactés par téléphone suite à la confrontation des listes tel que préconisé par notre Journal. Et il a affirmé ceci: «Notre service technique a fait le travail; on a pu déceler des choses. On vous en parlera après». Et il ajoute qu’ils ont décidé que des «personnes externes» vérifient également les listes. Et qu’il serait souhaitable que l’un de nos journalistes aille constater, le lendemain, l’effectivité de ce dispositif. Notre journaliste s’y est ainsi rendu et a effectivement constaté la présence de trois personnes. Dès le début de la rencontre, ils ont fait circuler une liste de présence. Mais n’étant pas membre de ce dispositif de vérification, notre journaliste leur a gentiment signifié qu’il ne pouvait pas signer cette liste. Mais ils ont insisté, affirmant que ce n’était qu’une liste de présence, comme ils ont l’habitude de le faire chaque fois qu’ils organisent une rencontre. Le journaliste a donc signé la liste. Et hop ! Les conférenciers ont saisi l’occasion pour semer l’amalgame ! Le ministre Ouaro est même monté sur ses grands chevaux, en grossissant les faits sur sa page facebook. Il affirme, tout de go, que le journaliste a même signé une liste de présence disponible au ministère et qu’il a, de ce fait, participé aux travaux. Des cantines, contenant une pile de documents, lui auraient même été remises pour vérifier les listes. Si l’on se réfère à la liste des admissibles publiée le 13 juillet, il s’agirait d’une première liste de 2000 candidats admissibles, d’une autre liste de 1500 admis mais non encore publiée ce jour-là, sans compter la liste des candidats ayant participé aux épreuves écrites. Sacré Ouaro ! Et à l’image d’un bateau ivre, il affirme sur les réseaux sociaux que le journaliste a travaillé avec la cellule de vérification. Et que «c’est pour attester cela que nous lui avons demandé de signer la liste de présence». Le ministre Ouaro, qui fait une telle affirmation, n’était même pas présent à cette rencontre. Tiens, tiens, tout porte à croire qu’il avait un agenda caché. Et que pour cela, il aurait donné des instructions à ses envoyés, histoire d’attirer le journaliste dans le «piège» pour pouvoir exploiter la situation après. Si le ministre prétend que le journaliste a participé aux travaux de bout en bout, qu’il sorte alors le procès-verbal des travaux et qu’il nous présente la signature du journaliste. Il n’osera pas parce que sur le PV, il ne verra nulle part la signature d’un représentant de notre Journal.

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, le ministre Ouaro affirme, dans ses envolées, que les trois personnes présentes étaient des membres de la «cellule de vérification». Oh, sacrilège ! Du coup, nous avons compris que le Burkina était aussi la capitale du cinéma politique ! Et que certaines autorités s’en donnaient à cœur joie. Il suffit de comparer les propos du ministre Stanislas Ouaro à ceux du ministre de la Fonction publique pour comprendre. La veille de la rencontre, lorsque le ministre Séni Ouédraogo nous a contactés, il nous a signifié qu’il s’agissait de «personnes externes» à la cellule de vérification. Alors, question pour un champion : entre les deux ministres, qui ne dit pas vrai ? Mystère et boule de gomme.

Mais malgré cela, ils auraient dû, au moins, nous inviter à la conférence de presse du 10 août. Mais ils ont fait leur show loin du Journal qui a levé le lièvre. Pourtant, quand ils avaient besoin de nous pour la première rencontre d’échanges, ils nous ont adressé une correspondance ; quand ils ont voulu qu’on aille constater la présence des trois «personnes externes» à la cellule de vérification, ils nous ont contactés par téléphone. Mais au moment de rendre publique leur trouvaille, ils semblent avoir, du coup, oublié nos contacts. Comme s’il y avait une sorte de fuite en avant. Curieusement en effet, avant d’annoncer les résultats de leurs travaux, ils avaient déjà publié les résultats définitifs. Et ils ont lancé le refrain: le concours de recrutement s’est bien déroulé ! Point barre ! «Tous les candidats admis l’ont été par leur mérite», affirme le ministre Ouaro. En tout cas, le défi est énorme: cette année, 127 écoles au Burkina ont enregistré 0% d’admis au certificat d’études primaires. Et c’est peut-être dû à un probable recrutement «mouta-mouta» de certains enseignants.

La Rédaction

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