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azizcafeL’attaque du 13 août qui a fait 19 morts n’est toujours pas revendiquée et suscite des interrogations. Un officier de sécurité, qui suit de près les questions terroristes, égrène trois pistes.

D’abord, il n’est pas à écarter que ce soit une erreur sur le lieu de l’attaque. En clair, que ce ne soit pas le café Aziz Istambul sur l’avenue Kwamé Nkrumah à l’arrondissement 1 qui était visé. Outre cela, la présence des deux imans koweitiens peut embarrasser les commanditaires qui ne peuvent ou qui ont véritablement du mal à justifier leur acte.

La non-publication des photos des assaillants peut ensuite expliquer ce silence des groupes terroristes. Puisque les revendications se font dès la publication des photos des assaillants. Sans cet élément, aucun groupe terroriste ne peut revendiquer sans avoir la certitude que ce sont bien les hommes qu’il a envoyés.

Enfin, il n’est pas à écarter l’hypothèse d’un règlement de compte entre Turcs. En clair, entre le camp de l’opposant Fetullah Gülen, exilé aux Etats Unis d’Amérique et celui du président turc Tayip Recep Erdogan. Les Turcs sont divisés entre ces deux camps après le Coup d’Etat avorté du 15 juillet 2016 dans ce pays placé entre l’Europe et le proche et moyen orient. Accusé d’être le commanditaire du coup d’Etat et pourvoyeurs présumé de fonds à des groupes terroristes, Fetulah Gülen est depuis lors, dans le collimateur de la justice de son pays et déclaré ennemi public numéro 1. Une demande d’extradition de Gülen a été transmise aux Américains. Et une chasse aux proches et fidèles de l’opposant s’est étendue dans le monde. L’Afrique est aussi concernée. Le pouvoir de Erdogan a mis la pression sur les Etats afin qu’ils procèdent à la fermeture des réalisations des proches de l’opposant. Or, la plupart des Turcs installés au Burkina sont des proches de l’opposant et présents dans les secteurs de l’éducation et du commerce. La pression exercée sur les autorités burkinabè n’a porté fruit. Fait troublant : l’ambassade de Turquie au Burkina n’a jusque-là pas fait de déclaration publique. Cela justifie-t-il l’attaque du 13 août contre le café turc, Aziz Istanbul ?

  • Enquête impossible ?

C’est une enquête à multiples inconnues. En l’absence d’une revendication, la question centrale dans tout crime est entière dans ce dossier : à qui profite l’acte criminel du 13 aout 2017 ? Peu d’éléments matériels existent. Les assaillants, contrairement à ceux du 15 janvier 2016, n’avaient pas de téléphones portables sur eux. C’est aussi une règle chez les terroristes. Aucun assaillant ne disposait de papiers d’identité. La moto qu’ils ont utilisé est sans plaque d’immatriculation et n’est pas neuve. Et comme si cela ne suffisait pas, les caméras de surveillance du café sont tombées en panne pratiquement une semaine avant l’attaque. C’est un véritable puzzle à reconstituer pour les enquêteurs afin de connaitre les identités des assaillants, les éventuels complices et commanditaires et l’itinéraire qu’ils ont emprunté pour perpétrer l’acte odieux.

  • «Gros discours» !

« Qu’est ce qui peut justifier le fait que depuis l’attaque du 15 janvier 2016, on ne puisse pas définir une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme ?», s’interroge, déçu, un spécialiste des questions militaires. « On fait du pilotage à vue, on gère au cas par cas », fait observer une source bien au parfum de la gestion sécuritaire au plus haut sommet. Il faut dire que dans certains milieux de « sécurocrates », règne une incompréhension qui frise la frustration. Aujourd’hui, il n’existe pas une ligne claire, définie par les politiques concernant la nature de la menace : les attaques terroristes sont-elles comprises comme une menace contre l’intégrité territoriale du Burkina ? Si oui, le ministère de la Défense est-t-il vraiment en première ligne dans la lutte ? Ou est-ce un problème de sécurité intérieure, marquée par des actes de grand banditisme ? Dans ce schéma, le ministère de la Sécurité est-il sur la ligne de front en priorité ? Il y a une grande opacité autour de ces questions.

Pourtant, c’est du fait de la multiplication des attaques que le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avait remanié le gouvernement pour créer un ministère entier de la Sécurité, confié à Simon Compaoré. Le président s’est alors défait du portefeuille de la défense et des anciens combattants au profit de son fidèle, Jean Claude Bouda. Ce dernier a retrouvé un ministère qui n’en disposait pas depuis 2011, où Blaise Compaoré l’accumulait en plus d’être le Chef de l’Etat, puis Yacouba Isaac Zida comme Premier ministre et Michel Kafando en tant que président de la Transition. Installé le 23 février 2017, le ministre de la Défense, Jean Claude Bouda, a présidé l’entrée en service de son Secrétaire général, Sannoubomé Justin Somé, le 16 mai. Ce dernier, précédemment gouverneur de la région de la Boucle du Mouhoun, est administrateur civil.

Et depuis, plus rien. Pas de nomination de conseillers techniques ou de chargés d’études ou encore de chargés de mission. En dehors des tournées dans les casernes et les détachements militaires, les marques de Jean Claude Bouda sont rares. Les commandes de matériels militaires exprimés depuis quelques mois par l’Etat-Major général des armées ne sont pas encore lancées. Outre cette lenteur incompréhensible dans un contexte d’insécurité, les deux responsables du département de la Défense semblent nager dans un département qu’ils ne connaissent pas. Lors de sa prise de service le 23 février 2017, le ministre Bouda faisait des déclarations mielleuses : « Toutes les dispositions seront prises et tous les moyens seront mis à la disposition des Forces armées nationales », avait-il déclaré. Et de poursuivre en affirmant que « les terroristes seront terrorisés ». Des propos qui sonnent creux sept mois après.

A.S.O

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