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Les péripéties de la démission du maire

Le maire Souleymane Soulama, élu sous la bannière du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDB) à la tête de la commune urbaine de Banfora, est allé déposer, le 5 juin dernier, sur le bureau du responsable provincial du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) section de la Comoé, une lettre d’adhésion au parti au pouvoir. Par cet acte, il marque, de fait, sa démission du parti qui a fait de lui l’édile de Banfora. Le RDB crie à l’ingratitude, à la trahison et voudrait mieux comprendre le sens de ce spectaculaire retournement de veste...

Des regards du coin de l’œil et en chiens de faïence. C’est ce qui caractérise désormais les relations entre le CDP et le RDB à Banfora. Depuis la démission du maire Souleymane Soulama et quelques conseillers municipaux qui ont quitté le RDB pour faire allégeance au CDP, le Conseil municipal fonctionne au ralenti. Tout porte à croire que la pilule de la démission du maire est restée bloquée dans la gorge du RDB, qui y voit une trahison de haut niveau. Le parti ne manque d’ailleurs pas l’occasion de rappeler au démissionnaire les circonstances de son élection à la tête de la mairie de Banfora. C’était le 10 octobre 2006. Seulement quelques mois après le décès brutal du maire Mamadou Niangouan Koné, élu à la suite des municipales de 2006. Ce jour-là, comme un seul homme, les 39 conseillers RDB avaient voté pour Soulama. Contre 36 bulletins nuls, correspondant au nombre de conseillers CDP (35) et RDF (1). Au-delà du RDB, dans la cité du paysan noir, l’on voit dans l’attitude du maire démissionnaire, une ingratitude à l’endroit du défunt maire Mamadou Koné, mentor politique du maire Soulama; celui-là même qui l’a conduit au RDB. La section provinciale du parti ne manque pas d’occasion de rappeler que la désignation par le parti, de Souleymane Soulama pour être candidat à la succession de Mamadou Koné et au détriment de bien d’autres candidats à la candidature, avait fait des mécontents parmi lesquels Amari Sanogo, qui avait démissionné du RDB, avec des militants qui lui étaient proches, pour rallier le CDP.

Pour sa part, le démissionnaire justifie sa décision de rallier le CDP par des besoins de «mieux promouvoir le développement de la commune de Banfora». Il dit avoir été approché par le parti au pouvoir qui, appréciant positivement son bilan à la tête de la commune, l’aurait cordialement invité à rejoindre les rangs du CDP, car le parti a besoin de grands travailleurs de sa trempe.

Ils se regardent en chiens de faïence

A Banfora, c’est un autre son de cloche qui retentit chez les nouveaux détracteurs du maire Soulama. Ces derniers racontent, à qui veut l’entendre, que l’intention de rallier le CDP était nourrie chez le maire depuis de longs mois. Les premiers signes remontent à 2009, lorsque Soulama avait adressé une invitation à Roch Marc Christian Kaboré, alors président du CDP, à parrainer les festivités du cinquantenaire de la commune urbaine de Banfora. Ce choix qui n’avait pas reçu l’assentiment d’une majorité des alliés politiques réunis au sein du RDB/Banfora, avait suscité mille interrogations restées sans réponses. Et le jeu d’yeux doux du maire Souleymane Soulama ne s’arrêta pas là : quelques mois plus tard, toujours selon des sources proches du RDB, il se serait personnellement rendu à Ouagadougou pour faire part au président d’alors du CDP, son intention de rejoindre les rangs du méga parti avec armes et bagages, à condition que le CDP lui offre l’occasion de postuler sous son drapeau, pour un nouveau bail à la tête de la commune de Banfora. En réponse à cette offre conditionnée, Roch Marc Christian Kaboré aurait dit, droit dans les yeux de Soulama, que l’ «on ne vient pas au CDP pour des postes». Un camouflet ! Mais cela ne dissuade pas pour autant le maire qui entretient secrètement son projet de rallier le parti majoritaire et de jouir des meilleurs privilèges dans sa section provinciale de la Comoé. En 2010, le maire achève de convaincre ceux qui doutaient encore de sa tendance vers le CDP, en accordant son soutien officiel à un candidat CDP à la présidence du Comité de jumelage de Banfora, au détriment d’un candidat de son parti d’alors, le RDB, en l’occurrence Salifou Barro.

A la faveur du départ de Roch Marc Christian Kaboré de la présidence du CDP, et sous le «parrainage» de Léonce Koné, un gourou du CDP/Comoé, Souleymane Soulama réussit, en juin 2012, son adhésion au sein du parti d’Assimi Kouanda, sous les conditions que lui-même avait souhaitées : reconquérir son fauteuil à l’hôtel de ville de Banfora sous l’emblème du CDP. La ferme promesse lui est faite par Léonce Koné. Mais dans la classe politique à Banfora, tout le monde, ou presque, sait que la tâche ne sera pas si facile pour Soulama. Car le tout n’est pas d’être candidat CDP aux prochaines législatives et d’avoir un bilan positif à défendre. Il rencontrera sur son chemin un obstacle majeur qui vient de nulle part ailleurs que du même CDP qu’il rejoint. Il s’agira, si les choses restent en l’état jusqu’aux prochaines municipales, de Bénoît Ouattara et ses alliés politiques de l’«autre CDP» à Banfora. Car, dans la cité du paysan noir, le parti de Blaise Compaoré est scindé en deux camps qui, eux aussi, se regardent en chiens de faïence depuis quelques années.

Par Paul-Miki ROAMBA

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Quitter le RDB pour échapper aux fétiches !

A Banfora, personne parmi les acteurs de la classe politique n’est véritablement tombé des nues à l’annonce de la démission du maire Souleymane Soulama. Son départ du Rassemblement pour le développement du Burkina s’est dessiné au fil des années, à la lumière de ses gestes amicaux à l’endroit du CDP et de ses dissensions de plus en plus affichées au sein du RDB, le parti qu’il a fini par quitter. Mieux, une semaine avant son acte d’adhésion au CDP, et dans un souci de clouer les becs aux rumeurs, il a réuni, à sa résidence de Banfora, les responsables provinciaux du RDB, pour leur signifier, sans sourciller, son intention de quitter le parti pour rejoindre le CDP. A cette occasion, le maire a justifié son projet de démission par des menaces contre sa personne et sa famille. Il a notamment évoqué des menaces d’attaque par des fétiches qui seraient proférées par des militants RDB. Quitter le parti était donc devenu un impératif catégorique pour le bourgmestre de Banfora, plutôt préoccupé à échapper à la furie des fétiches.

PMR

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