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Avec les croque-morts, vendeurs de cercueils, gestionnaires de morgues…

1- Conduire un corbillIls ont choisi comme métier de s’occuper des morts. Ils sont croque-morts, fabricants et vendeurs de cercueils, embaumeurs, etc. Comme les maçons qui manipulent, au quotidien, les briques, le ciment ou les mottes de terre, eux, passent leur quotidien à manipuler les cadavres. Leur business marche quand il y a mort d’homme. De par la nature de cette profession, ils essuient le dédain regard de la société. Certains les voient même comme des extra-terrestres et les craignent. Ils sont pourtant convaincus du fait qu’ils rendent un service social de grande importance. Voyage dans l’univers de ces gens qui, d’une façon ou d’une autre, communiquent avec les cadavres…

A Ouagadougou, quartier Paspanga, la société Burkina sépulture (BurkiSep) nous a hermétiquement fermé ses portes. Après plusieurs rendez-vous manqués, le directeur général de cette grande entreprise de pompes funèbres a fini par lâcher son verdict qui nous a été communiqué par l’une de ses assistantes : «Le patron dit qu’il est en ce moment très occupé à boucler ses comptes. Après quoi, il a un rendez-vous important et ensuite, il ira en voyage». C’est la façon la plus polie de décliner la demande d’entretien d’un journaliste qui insiste pour faire parler d’un sujet que l’on n’aborde que dans des circonstances particulières : la confection-vente de cercueils. Nous comprenons parfaitement cette attitude de BurkiSep qui a d’ailleurs fini par nous convaincre du caractère spécial du sujet. Cela a, de fait, aiguisé notre désir de percer le mystère du quotidien de ceux qui ont choisi de s’occuper des morts et de vivre aux dépens d’eux…

En la matière, l’entreprise BurkiSep est une référence au Burkina. Créée depuis le début des années 90 par feu Antoine Sibiri Tiendrebéogo, titulaire d’un diplôme de thanatopraxie (science de la manipulation des cadavres) obtenu en juillet 1999 en France, BurkiSep est, aujourd’hui, spécialisée dans la confection-vente de cercueils, l’enlèvement des corps, l’embaumement, l’enterrement, l’exhumation, bref, tous les services classiques de pompes funèbres. A Ouagadougou, elles ne sont que deux, les entreprises de pompes funèbres capables de fournir le service complet. Dans les quartiers, on en trouve d’autres, plus petites, qui sont soit des menuisiers de cercueils, soit des croque-morts, des creuseurs de tombes indépendants, etc. Mais aucun cadre associatif ne réunit ces différents prestataires de services, compte tenu, sans doute, de leur petit nombre sur le terrain.

L’autre entreprise fournissant le service complet de pompes funèbres à Ouagadougou est tout aussi bien organisée que BurkiSep. Elle siège au quartier Dapoya, sous la dénomination «Cercueil moderne du Burkina», en abrégé CERMOB. Son promoteur, W. Rigobert Ouédraogo, lui, est plutôt très ouvert. Mais aussi très occupé. C’est un homme de terrain qui partage son quotidien entre sa scierie, sa boutique de cercueils, les volants de ses corbillards, les morgues, les familles endeuillées, les cimetières, etc. Il est à la fois menuisier, avec une spécialisation dans la fabrication de cercueils en bois, embaumeur, conseiller funéraire, conducteur de corbillard, etc. Il a une longue expérience dans son domaine d’activité: la manipulation de cadavres dont il dit ne pas avoir peur.

Le corps humain ne représente aucun danger

Nous avons réussi, après plusieurs tentatives, à rencontrer Rigobert un après-midi de fin mars 2010. Il a une excellente connaissance de son activité qu’il a bien voulu nous décrire à travers un bon niveau de maniement de la langue de Molière. Il est aussi fier de rendre au quotidien un service hautement social. «Prendre soin d’un cadavre humain est un très beau geste. C’est un noble service qu’on rend à une personne, une seule fois dans la vie. Le corps humain ne représente aucun danger; le germe n’étant pas volant. On risque seulement une souillure des mains, et c’est pour cela que nous portons des gants. Le risque n’est grand que lorsqu’il s’agit d’un corps en putréfaction», nous a-t-il confié.

La création de sa société de pompes funèbres, initialement baptisée «Faso mémorial», remonte à 1993. Cette entreprise rebaptisée CERMOB depuis 2000, offre différents types de services : confection-vente de cercueils des plus simples aux plus luxueux, vente de dalles, d’IPN (barre de fer servant de support au cercueil pendant l’enterrement), location de corbillards, toilettage des corps, transfert des corps, décor, construction de tombes, rapatriement de dépouilles mortelles, exhumation, assistance multiforme aux familles endeuillées, etc. Les cercueils proposés en vente dans les vitrines de CERMOB sont fabriqués à Ouagadougou, au domicile de M. Ouédraogo qui fait office de scierie. Il y en a de toutes les tailles, de toutes les qualités, aux coûts adaptés à toutes les bourses. Les prix varient entre 35 000 F CFA, pour les plus simples, et plus d’un million de francs CFA pour les plus luxueux.

Dans cette entreprise de pompes funèbres, travaillent une dizaine d’employés permanents et plusieurs autres travailleurs non-permanents dont le nombre, selon Rigobert Ouédraogo, est difficile à déterminer. CERMOB leur fait appel pour des prestations ponctuelles. La facturation des services offerts par l’entreprise est fonction, naturellement, du travail demandé. Il peut, par exemple, s’agir d’un service complet ; c'est-à-dire de l’enlèvement du corps jusqu’à l’enterrement. Dans ce cas, d’autres paramètres tels que le choix du cimetière, expliquent la différence du coût de la prestation. Par exemple, un enterrement au cimetière de Toudoubwéogo est beaucoup moins couteux qu’un enterrement au cimetière de Gounghin, où le sol est plus dur à creuser.

CERMOB offre des services d’exhumation de corps dans le strict respect de la loi (au moins 5 années après l’enterrement, sauf sur autorisation spéciale du procureur). Un service de plus en plus rarement rendu, au regard de sa complexité et de sa dangerosité. «Les gens ne savent pas qu’une fois pourrie, la chair humaine devient un véritable poison», explique Rigobert Ouédraogo, qui précise que l’exhumation est beaucoup plus coûteux que l’enterrement. Sauf s’il s’agit de déterrer un cercueil en zinc.

Ne pas provoquer la colère du cadavre !

Comment se comporter face à un cadavre sans provoquer la colère de celui-ci? Voilà une question qui ne quitte jamais l’esprit de ceux qui côtoient les cadavres au quotidien. A entendre Mahamadi Kaboré, croque-mort à Gounghin, il y a une sorte de dialogue de sourd entre le cadavre et celui qui est à ses petits soins. Et il faut être un habitué du boulot pour décrypter certains «comportements» du cadavre, lors du toilettage ou du transport par exemple. Il précise qu’il faut négocier en permanence avec le corps. A ce sujet, Rigobert Ouédraogo, qui croit à une vie après la mort, ne tarit pas de conseils à donner gratuitement aux acheteurs de cercueils, pour peu que ces derniers lui disent ce qu’ils veulent faire du corps. S’il s’agit d’un voyage par exemple, il est recommandé d’accrocher au véhicule des branchettes vertes de n’importe quel arbre. Et il en donne l’explication : «En voyageant, l’on peut avoir affaire à n’importe quel type d’adversité. Les arbres sont dotés d’un certain pouvoir protecteur. Et leur présence permanente sur le trajet permet de conjurer le mauvais sort». Pour lui, même les Européens ont exactement cette même croyance. Et c’est ce qui explique le fait qu’ils ornent le cercueil de fleurs naturelles lors des transferts. En Afrique, toujours pour les transferts de corps, il est recommandé de confier au cadavre lui-même la sécurité du voyage.

Vous transportez un cercueil ? Pissez sur les roues du véhicule !

Avant de prendre la route, lorsque la dépouille mortelle est, par exemple, celle d’une femme d’un âge avancé, il est conseillé au conducteur de toucher le cercueil en prononçant la phrase suivante : «Maman, ouvre-nous la voie afin que nous te conduisions chez toi et revenions en bonne santé». Ce n’est pas rationnel, cela peut même paraître banal, reconnaît Rigobert, qui croit néanmoins qu’un tel geste peut être salutaire. Il a une anecdote à ce sujet : «L’an dernier, une famille résidant à Ouaga a sollicité mes services pour conduire le corps d’une vieille dame dans un village situé après Réo. Avant de démarrer, j’ai pris soin de prononcer la phrase magique en touchant de la main droite le cercueil : «Maman, ouvre-nous la voie afin que nous te conduisions chez toi et revenions en bonne santé». A l’aller, il n’y a eu aucun problème malgré l’état délabré de la route. Sur le chemin de retour par contre, dans la nuit, j’ai entendu un bruit sec à l’arrière du corbillard. C’est le roulement qui venait de se briser avant même que nous n’atteignions Koudougou. Mon compagnon de route s’est inquiété pour notre sort, j’ai tenté de le rassurer. Malgré cette panne, nous avons réussi à rouler jusqu’à Koudougou où nous avons fait escale pour dîner. De Koudougou, nous avons osé reprendre la route pour Ouaga, toujours avec la panne. Et ce n’est qu’après le poste de péage, à l’entrée de Ouagadougou, que le véhicule a complètement cédé. Nous étions quand-même à Ouaga et un garagiste a réparé la panne. Je crois donc que c’est la défunte qui a accédé à notre requête et a bien voulu nous conduire à Ouaga».

Lors d’un long voyage, entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso par exemple, l’on peut être amené à observer un arrêt à mi-chemin. Soit pour se soulager, soit pour prendre un verre, soit pour se reposer, fumer une cigarette, etc. Et lorsque l’on transporte un cadavre, il est recommandé au chauffeur de «faire pipi» sur les roues du véhicule avant de reprendre la route. «C’est irrationnel, ça ne s’explique pas, mais c’est comme ça !», nous a confié Rigobert Ouédraogo, qui fait ces recommandations à tous ses clients, même aux plus incrédules.

Autre précaution : pour les cas de pendaison, de suicide, de noyage, de feu, de fusillade, bref, les cas de mort violente, Rigobert Ouédraogo recommande aux familles de ne pas envoyer le corps à domicile. Car c’est une âme violente qui s’y dégage et ne cherche à faire que du mal. Elle n’est pas capable de reconnaître son domicile et peut ainsi hanter la famille. Aussi, il n’est pas donné à n’importe qui de faire le toilettage d’un corps. Ceux qui sont habilités à faire cette tâche sont tenus, eux-mêmes, d’être propres, «même si le défunt a été, de son vivant, très mauvais», nous a confié Mahamadi Kaboré.

Au regard de tous ces mystères qui entourent la mort, peut-on se permettre de discuter le prix d’un cercueil comme on le ferait pour une P50 au Théâtre populaire ? A cette question, Rigobert Ouédraogo répond par l’affirmative et précise qu’à CERMOB, les prix fixés sur les cercueils sont à débattre, bien qu’ils soient déjà relativement bas. Notre interlocuteur accepte aussi de céder sa marchandise à crédit aux clients qui le lui demandent. C’est un fait rare, mais il arrive que des clients souhaitent se voir livrer un cercueil à crédit et s’engagent à s’acquitter de cette dette avec l’argent qu’ils espèrent récolter lors de la cérémonie funéraire. CERMOB, qui fait dans le social, accepte des propositions de ce genre, et les garde dans le top-secret. Et ces clients-là ont toujours honoré leur engagement. La raison, Rigobert la connaît : «Nous travaillons dans un domaine plein de mystères. Si vous prenez un cercueil à crédit et que vous ne remboursez pas après, c’est le cadavre lui-même qui vous demandera, dans un rêve par exemple, de le faire, car, ça ne lui fait pas honneur de se reposer dans un cercueil malhonnêtement acquis».

Toutefois, le patron de l’entreprise de pompes funèbres n’est pas d’accord avec les familles qui, pour des questions d’honneur, se saignent ou s’endettent pour organiser les funérailles grandeur nature. «Certes, je vends des cercueils; mais je préfère que l’on enterre de façon très simple et dans les limites de ses possibilités. Le cercueil luxueux n’est pas une absolue nécessité. Le défunt comprendra de toute façon que vous avez la volonté de lui offrir un cercueil de qualité exceptionnelle, et que ce sont vos moyens qui ne vous le permettent pas», explique Rigobert.

Tant bien que mal, l’entreprise de Rigobert Ouédraogo arrive à répondre à la demande de sa clientèle. Et comme toute entreprise, CERMOB paie les impôts et fait face, quelque fois, à une morosité du marché. Pourquoi ? Eh bien, parce que les gens ne meurent pas ! Le patron de l’entreprise nous confie qu’il y a des moments où il peut passer une semaine entière sans même recevoir de visites. Il ne s’en plaint pourtant pas. Il n’a d’ailleurs aucune raison de se plaindre : «On n’a jamais souhaité que quelqu’un meure. Les gens ont besoin de nos services. Aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait avant, on n’attend plus un décès avant de courir voir le menuisier pour se faire confectionner un cercueil. Et si c’était toujours le cas, avec ces coupures de courant, on prendrait peut-être plus de 48 heures pour confectionner un cercueil. Et là, le cadavre aurait mille chances de se décomposer, avant même que son «lit» soit prêt», se justifie-t-il.

Le secteur des pompes funèbres est un business qui a de beaux jours devant lui. Ça, c’est le point de vue de Marie-Laurentine Lankoandé, sage-femme à la retraite, résidant au secteur 27 de Ouagadougou. Elle constate, avec amertume, que notre société est en train de perdre de sa superbe, pour ce qui est des valeurs de solidarité. «Il y a quelques dizaines d’années, un décès était une affaire de village, de quartier. De façon spontanée, les gens se mobilisaient pour gérer l’enterrement. Les services de pompes funèbres n’y avaient donc pas leur place. Mais aujourd’hui, avec l’installation du «chacun pour soi» à l’occidentale, les familles endeuillées se voient de plus en plus obligées de recourir aux pompes funèbres pour enterrer leurs morts, sans le moindre respect de l’intimité coutumière», a déclaré la vieille dame, le regard plongé dans la nostalgie de son époque.

Courrier confidentiel

www.courrierconfidentiel.net

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Odeur insupportable à la morgue !

Avez-vous une fois visité l’intérieur de la morgue du Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo ? C’est le pire que l’on puisse vous souhaiter. Déjà que, généralement, on y va avec l’âme profondément attristée, pour «lever le corps» d’un proche, on a forcément plus gros sur le cœur avec le désordre à l’accueil. Dès l’entrée, vous êtes vite gagné par l’odeur de chair humaine en putréfaction, quelle que soit l’épaisseur de votre masque. A l’intérieur, vous avez la chance de marcher sur des cadavres d’accidentés, ou ce qui en reste, abandonnés à même le sol. Au pire des cas, vous pouvez y tomber, par suite de glissade sur une marre de sang humain. Surtout que l’éclairage y fait très souvent défaut. Aucune précaution d’hygiène ne semble y être observée, en dehors de la chambre froide. Au moment où nous tracions ces lignes, notre demande d’interview avec le responsable de la morgue» du CHU-YO était en attente de réponse depuis plusieurs jours, à la Direction générale de l’hôpital.

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Pourquoi faut-il zinguer un cercueil ?

Zinguer un cercueil, c’est l’équiper d'une enveloppe intérieure métallique étanche soudée appelée  zinc. C’est un métal d'un blanc bleuâtre, peu altérable à l'air. Un cercueil zingué n’est pas dégradable, même après plusieurs années dans la tombe ou le caveau. Le cercueil en zinc est étanche et ne permet donc aucune infiltration d’air. Il est recommandé de zinguer le cercueil (c’est même une obligation dans certains pays dont la France), pour un séjour provisoire en caveau, un transfert à l'étranger, un transport aérien ou le décès après certaines maladies. Au Burkina, le zingage du cercueil est en plus recommandé pour les enterrements à domicile. Dans tous les autres cas, c'est une dépense inutile, étant donné qu’un cercueil zingué coûte 4 à 5 fois plus cher que le cercueil ordinaire. L'incinération de ce type de cercueil peut être source de pollution, de même que lorsque le cercueil contient des corps ayant fait l'objet de certains traitements de thanatopraxie. D'après certaines légendes, les vampires dorment le jour dans des cercueils, pour se protéger de la lumière du soleil. D’où l’importance de blinder le cercueil pour protéger le cadavre de la visite de ces êtres indésirables.

C.C

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Témoignage

MAHAMADI KABORE

«J’ai échappé 3 fois à la mort et je suis devenu… croque-mort»

A Gounghin, l’on nous a parlé d’un croque-mort qui a rendu de loyaux services à de nombreuses familles du quartier, dans leurs moments d’affliction, suite au décès d’un parent. Nous l’avons rencontré et il a accepté volontiers de faire quelques témoignages en rapport avec son boulot. Mais avant, Mahamadi Kaboré -c’est son nom-, nous a fait jurer de ne pas le photographier.

Courrier confidentiel: Comment êtes-vous devenu croque-mort ?

Par expérience. Car, dès l’âge de 15 à 20 ans, (Ndlr : il a aujourd’hui près de 44 ans), dans mon village, je faisais partie d’un petit groupe de jeunes garçons à qui l’on avait recours pour le transport des dépouilles mortelles, l’ouverture des tombes, etc. C’est depuis cette époque que je me suis familiarisé avec les cadavres. En 1992, j’ai quitté le village pour Ouaga, à la recherche de travail. Je n’ai plus touché aux cadavres jusqu’en 1998 où j’ai repris cette activité ici à Ouaga.

N’avez-vous pas peur du cadavre ?

Pas du tout ! Parce que je me considère moi-même comme un cadavre vivant qui va bientôt mourir.

Comment ça, un cadavre vivant ?

Oui. Parce que dans ma vie, 3 fois de suite, j’ai échappé à la mort. La première fois, alors que je n’avais que 10 ans environ, j’ai failli périr par noyade dans une marre de mon village. La seconde fois, toujours au village, je suis tombé d’un arbre et j’ai failli me casser le cou, en plus de la jambe qui, elle, n’a pas échappé. C’est ce qui fait que je boite jusqu’aujourd’hui (Ndlr : il est infirme de la jambe droite). La troisième fois enfin, à Ouaga, j’ai tenté de me suicider en 2004, en ingurgitant des produits toxiques. J’étais très convaincu de réussir ce coup, mais j’ai échappé à la mort après avoir passé plus d’une semaine à l’hôpital.

Pourquoi avez-vous tenté de vous suicider ?

Une histoire de famille

C’est aujourd’hui réglé, cette histoire ?

Non. Ce n’était pas une histoire qu’on pouvait régler.

Et aujourd’hui, l’envie de vous suicider vous est-il passé ?

Oui, l’histoire est oubliée

Et depuis lors, vous êtes un cadavre vivant ?

Oui, c’est pour cela que j’ai choisi de m’occuper des cadavres. A mon avis, il n’y a rien de plus noble que de s’occuper de quelqu’un qui a besoin des soins d’autrui et qui ne peut exprimer ce besoin.

Il semble que vous communiquez avec les cadavres…

(Rires !). J’ai moi-même entendu dire ça de moi. Mais les gens parlent comme ils veulent. Ce n’est pas vrai. Personne ne peut communiquer avec un cadavre. Il n’y a rien de plus calme, de plus doux, de plus tranquille qu’un cadavre. Il suffit seulement de ne pas avoir peur.

Quelles sont vos tâches concrètement en tant que croque-mort ?

Je me propose d’assister les familles endeuillées dans le transport de la dépouille mortelle, de la morgue vers les domiciles, ou des domiciles vers les cimetières; dans le toilettage du corps, sa mise en bière, etc. Je participe aussi à l’ouverture de la tombe et à l’acquisition du matériel secondaire utile à l’enterrement.

Dans quel cadre exercez-vous ce travail? Etes-vous employé d’une entreprise de pompes funèbres ?

Je ne travaille pour le compte d’aucune société de pompes funèbres. Je suis, au fil des années, devenu une référence dans tout le quartier Gounghin. Les gens savent ce que je fais et sollicitent donc mes services lorsqu’ils ont un cadavre sous la main. Et je m’efforce toujours à leur rendre ce service, souvent en collaboration avec d’autres volontaires du quartier.

Est-ce à dire que c’est du volontariat que vous faites ? Si non, comment sont rétribuées vos prestations ?

Justement, je travaille toujours dans un esprit de volontariat. Puisque je ne pose jamais de conditions pécuniaires avant d’entamer le travail. Je ne demande que le matériel qu’il me faut pour travailler. De même, une fois le travail terminé, je laisse toujours le soin à ceux qui me l’ont demandé de décider eux-mêmes du montant à me donner. Il arrive même que l’on ne me paie rien du tout. Et dans ce cas, je me garde aussi de réclamer le moindre copeck, tenant compte du fait que la famille endeuillée est déjà dans une situation de tristesse qu’il faut peut-être éviter d’exacerber. Beaucoup en profitent pour ne rien payer. Dans bien des cas, une fois le travail terminé, l’on oublie même ceux qui l’ont fait. J’ai une anecdote à ce sujet : il y a quelques semaines, j’ai apporté assistance à une famille pour un enterrement. A bord du corbillard, j’ai suivi le cortège funèbre jusqu’au cimetière de Gounghin, où j’ai activement participé à l’enterrement. Et pendant que j’étais occupé à ranger le matériel ayant servi à l’ouverture de la tombe, le corbillard est reparti sans moi. Alors qu’il devrait me ramener dans la famille du défunt où j’avais gardé mon vélo. Et plus personne n’a songé venir me chercher au cimetière. On m’avait déjà oublié, ainsi que le service que je venais de rendre.

Qu’avez-vous fait alors ?

Je me suis débrouillé à pied pour récupérer mon vélo.

Et votre rétribution aussi ?

Non. On ne m’a rien donné. Et je ne pouvais rien réclamer dans cette ambiance de tristesse et de pleurs dans la famille.

Et comment arrivez-vous, dans ces conditions, à subvenir à vos besoins et à ceux de votre famille ?

Je rappelle d’abord que je n’ai pas de famille. Je dis ensuite qu’au-delà du manque de considération dont je suis l’objet de la part de certaines familles qui sollicitent mes services, certaines donnent de l’argent, beaucoup d’argent quelques fois.

Combien par exemple ?

La semaine dernière (Ndlr: mi-mars 2010), j’ai reçu d’une famille, la somme de 30 000 F CFA. Et la semaine d’avant, une autre famille m’a donné 50 000 F CFA et des gadgets pour être resté aux petits soins du corps d’un vieil homme de plus de 90 ans.

C.C

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CIMETIERES DE OUAGADOUGOU

Vers quelles «dernières demeures» peut-on se diriger ?

La ville de Ouagadougou et ses environs comptent, à ce jour, 21 cimetières dont seulement 9 toujours ouverts aux enterrements. Les 12 autres sont saturés et ont été, de fait, déclarés déclassés. Le tableau ci-dessous classifie les nécropoles de «Simonville», selon ces deux catégories.

  • Cimetières ouverts aux enterrements

APPELLATION DU CIMETIERE

LOCALISATION

Gounghin

Secteur 8

Route de Saponé

Secteur 16

Toudoubwéogo

Secteur 25

Municipal

Secteur 1

Kaarpala

Secteur 30

Taabtenga

Secteur 28

Boong-naam

Secteur 17

Silmi-yiri

Secteur 21

Sondgo

Arrondissement/Boulmiougou

  •    Cimetières déclassés

APPELLATION DU CIMETIERE

LOCALISATION

Borgo

Secteur 22

Tanghin

Secteur 23

Kilwin

Secteur 21

Dassasgho

Secteur 28 (musée national)

Dag-noen

Secteur 29

Toeyibi

Secteur 15

Tampouy Karambissi

Secteur 22

Wayalghin

Secteur 27

Kouritenga

Secteur 17

Camp de l’unité

Secteur 18

Toéssin

Secteur 20

Nioko I

Nioko

 

C.C
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