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Il y a quelque chose de pourri dans la maison

Moussa D2Une grave crise oppose certains membres du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger (CSBE), section de Côte d’Ivoire, et les autorités diplomatiques et consulaires du Burkina Faso dans ce pays. La crise est tellement grave que le président de la coordination nationale du CSBE, Moussa Douamba, a dû démissionner. Dans l’interview qui suit, il donne un coup de pied dans la fourmilière, décoche des flèches sur l’ambassadeur et les consuls et fait des révélations fracassantes. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Djibril Bassolé, doit impérativement convoquer, dit-il, une session spéciale sur la situation des Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire. Et ce n’est pas tout…

Courrier confidentiel: Pourquoi avez-vous démissionné du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger ?

Moussa Douamba: Depuis le déclenchement de la guerre en 2003, nous vivons dans des conditions très difficiles. Jusqu’à présent, malgré la relative stabilité que connaît le pays, la situation des Burkinabè vivant ici est préoccupante. Nous avons développé des initiatives pour faire face aux différents problèmes. Nous avons, par exemple, fait des propositions en faveur de la communauté burkinabè dans le cadre de la mutuelle «Faso Solidarité Côte d’Ivoire». Mais ces propositions ont été combattues et rejetés, sans qu’on nous apporte des arguments montrant qu’elles n’étaient pas bonnes. Malgré cela, au regard des conseils que j’ai reçu de la part des autorités, tant au Burkina qu’en Côte d’Ivoire, j’ai continué de collaborer avec l’ambassade et les consulats de notre pays. Mais ces derniers sont restés sourds à notre démarche de collaboration pour l’intérêt supérieur de nos compatriotes vivant en Côte d’Ivoire.

Pourtant, lorsque nous sommes arrivés au CSBE en 1997, nous avions de l’espoir. Nous croyions pouvoir travailler avec nos autorités diplomatiques. Mais ces dernières se sont opposées, on ne sait trop pour quelles raisons. Le climat était, entre temps, très tendu du fait de leur attitude. C’était révoltant, mais nous avons préféré mettre balle à terre afin de favoriser la résolution des problèmes. Mais jusqu’à présent, le blocage continue.

Vous affirmez que vos propositions ont été combattues et rejetées. Par qui exactement ?

Par l’ambassadeur, Emile Ilboudo, et ses différents consuls. D’ailleurs, je prépare un livre dans lequel il y aura tous les détails par rapport à leur gestion. Je vais publier les preuves de ce que je dis. Ils ont posé des actes graves. En février 2006 par exemple, face à la guerre en Côte d’Ivoire et aux tueries des Burkinabè, nous avons fait une proposition de création d’un comité de crise afin de gérer les problèmes cruciaux que vivait la communauté burkinabè. Mais cette proposition a été rejetée, sans autre forme de procès. Pire, l’ambassadeur m’a adressé une correspondance de cinq pages dans laquelle il n’a fait que m’insulter. Mais je n’ai pas réagi. Car je me suis dit qu’il finirait pas comprendre que nous sommes guidés par l’intérêt supérieur de la communauté burkinabè. Et que nous devrions plutôt nous unir pour trouver des solutions à ces problèmes que de nous regarder en chiens de faïence.

Mais l’ambassadeur et les consuls sont restés intransigeants. En 2007, j’ai fait d’autres propositions pour demander que les délégués du CSBE puissent être élus. A ce niveau, j’ai obtenu gain de cause. Nous avons donc été élus. Par la suite, nous avons fait des propositions de création d’une cellule de concertation afin de trouver des solutions aux problèmes de la communauté burkinabè. Mais l’ambassadeur et les consuls ne nous ont donné aucune suite. Et lorsqu’il y a eu l’attaque à Akuedo pendant laquelle plusieurs d Burkinabè ont été tués, nous avons pensé bien faire en relançant nos autorités diplomatiques et consulaires sur la nécessité de créer un cadre de concertations entre elles et le Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger. A notre grande surprise, l’ambassadeur nous a encore adressé une correspondance dans laquelle il affirme que nous sommes trop prétentieux. Nous avons alors compris qu’il était pratiquement devenu impossible de travailler avec Monsieur l’ambassadeur. Nous avons donc décidé de nous assumer pleinement en essayant de trouver des solutions, dans la mesure de nos possibilités, aux problèmes de nos compatriotes qui vivaient pratiquement un calvaire pendant la crise.

Nous sommes surpris de constater que l’ambassadeur Emile Ilboudo, depuis qu’il est en fonction, il y a seize ans, n’a jamais réuni la communauté burkinabè pour poser le problème de la crise afin de trouver des solutions idoines. Même dans le simple district d’Abidjan, il ne l’a jamais fait.

Ah bon ? Voulez-vous dire que la communauté burkinabè est complètement délaissée par l’ambassadeur ?

Oui, elle est délaissée par nos autorités. Entre les deux tours de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, lorsqu’il y a eu une escalade de violences, l’ambassadeur et les consuls auraient dû réunir la communauté burkinabè par juridiction et voir, avec chaque juridiction, ce qui pouvait être fait pour préserver la vie de nos compatriotes. Mais ils n’ont jamais mené une telle démarche. Jusqu’à l’heure où je vous parle, nous ne savons pas exactement quel est le nombre de Burkinabè tués en Côte d’Ivoire pendant la crise, ni le nombre de Burkinabè enlevés ou portés disparus. Nous n’avons aucun bilan sur ce qui leur est arrivé. Nous avons vu que récemment, l’ambassadeur et les consuls ont remis une liste aux autorités à Ouagadougou, mais c’est une liste que nous qualifions de «liste de la honte». D’ailleurs, à ce sujet, nous avons fait des observations que nous transmettrons, très bientôt, aux autorités de notre pays. Quand je dis «nous», je parle de moi et d’un petit groupe. J’ai démissionné pour pouvoir combattre ce système.

Depuis septembre 2002, date du déclenchement du conflit, le Secrétariat permanent du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger n’a jamais rendu visite au Burkinabè de Côte d’Ivoire. Si on peut aller jusqu’à Djakarta pour voir des Burkinabè, au Gabon pour établir des pièces d’identité, et on ne peut pas venir voir les Burkinabè pris dans la tourmente de la crise ivoirienne, je trouve qu’il y a problème. Le Président Compaoré est-il au courant de tout cela ? Je ne crois pas. Pendant le premier et le deuxième tour de l’élection présidentielle, au moment où la violence battait son plein, on a pris le soin d’évacuer seulement les familles des diplomates. Et les autres burkinabè ? On ne nous a même pas réuni, nous, les délégués du CSBE, les délégués consulaires, pour nous demander de lancer un message fort à l’endroit des Burkinabè pour leur demander de prendre telle ou telle disposition.

A vous entendre parler, la crise entre le CSBE et les autorités diplomatiques et consulaires est très grave et apparemment irréversible…

La crise est très grave. Malheureusement, peu de personnes osent crever l’abcès comme moi. Je vous donne un autre exemple: pendant la crise, nous avons mis en place une coopérative d’épargne dans le but de créer une chaine de solidarité au sein de la communauté burkinabè. Nous y avons injecté nos propres moyens. Ni l’ambassade, ni les consulats ne nous ont apporté leur soutien. Pourtant, lorsque certaines banques viennent du Burkina pour faire des opérations de promotion en Côte d’Ivoire, il y a des consuls qui prennent les véhicules de l’Etat burkinabè, qui utilisent le carburant de l’Etat pour les accompagner dans ces opérations de promotion. A quel titre le font-ils ? Le paradoxe, c’est qu’ils ne nous ont apporté aucun soutien. Pire, lorsque notre coopérative d’épargne a commencé à avoir des problèmes du fait de la crise, comme 90% des entreprises de micro-finance en Côte d’Ivoire, ce sont les mêmes, l’ambassade et les consulats, qui ont envoyé des gens pour obliger pratiquement certains Burkinabè à porter plainte contre nous parce que la coopérative avait des difficultés de fonctionnement. Quel patriotisme ?

Vous avez donc préféré démissionner. Et avez adressé, le 9 septembre dernier, votre lettre de démission au ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, qui est également le président du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger. Vous a-t-il répondu ?

Jusqu’à présent, je n’ai pas reçu de réponse. On ne m’a pas non plus appelé au téléphone pour me dire quoi que ce soit. J’estime que qui ne dit rien consent. Je précise que j’ai démissionné du CSBE mais je n’ai pas démissionné de la communauté burkinabè. J’irai donc dans la société civile pour dénoncer un certains nombre de pratiques de l’ambassade et des consulats. Encore un exemple: je suis le coordonateur des délégués du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger/section de Côte d’Ivoire, mais jusqu’aujourd’hui, l’ambassadeur, en fin de mission, ne nous a jamais rassemblés pour nous dire qu’il rentrait au pays. Il n’a jamais informé officiellement les délégués consulaires. Et même concernant les autres rencontres, au cas où nous sommes invités, nous le sommes au même titre que les associations. Certes, nous émanons des associations, mais l’ambassade et les consulats oublient que nous sommes des élus, en quelque sorte les députés des Burkinabè de l’étranger.

Si vous deviez faire des propositions de réforme du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger, qu’auriez vous concrètement proposé ?

Je demande à Son Excellence Djibril Bassolé, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, par ailleurs président du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger, de convoquer une session spéciale sur le cas des Burkinabè de Côte d’Ivoire. Il faut convoquer à cette réunion, la coordination des délégués consulaires, les associations qui ont posé et qui continue de poser des actes efficients et efficaces en faveur de la communauté burkinabè. Il faut un débat franc afin de trouver des solutions idoines. Car, dans cette situation, nous sommes tous coupables, y compris moi-même, parce que nous avons laissé faire. Il faut qu’à cette session, nous puissions nous dire la vérité. La crise est grave et il faut nécessairement crever l’abcès. Il est impératif de réformer le CSBE; il faut lui remettre un cahier de charges, avec obligation de résultats. Le Secrétaire permanent doit être noté, de même que les délégués. Il faut aussi que les ambassadeurs qui ne font pas leur boulot soient rappelés. Il faut mettre de l’ordre dans la maison.

Y a-t-il autre chose qui vous tient particulièrement à cœur, que nous n’avons pas encore abordé et que vous souhaitez exprimer pour terminer cet entretien ?

J’aurais souhaité que le Premier ministre Luc Adolphe Tiao nomme un ministre chargé des Burkinabè de l’étranger. Et pourquoi pas un ministère ou une juridiction chargée des Burkinabè de Côte d’Ivoire ? Nous sommes des millions et nous pouvons apporter beaucoup à notre pays si nous sommes mieux organisés. J’ai toujours dit que l’or, le diamant et le pétrole du Burkina, c’est sa diaspora. Mais que vaut une diaspora mal organisée et qui a une mauvaise vision de son pays ? Le Mali, par exemple, s’occupe mieux de sa diaspora que le Burkina. Il faut qu’on puisse organiser rapidement une rencontre afin savoir combien de Burkinabè sont morts pendant la crise en Côte d’Ivoire, combien ont disparus, combien ont perdu des biens, quelles sont les démarches à mener auprès des autorités burkinabè et ivoiriennes pour rentrer en possession de ces biens, dédommager les parents es victimes, etc. C’est mon plus grand souhait. Et je serais un homme heureux si nos propositions étaient prises en compte. Je souhaite vivement aussi que les autorités se penchent sur la gestion de la «maison du Burkina» à Soubré. Il y a un grand détournement qui s’y opère depuis des années au vu et au su de l’ambassadeur et des consuls. Et personne ne dit mot. Au niveau d’Abidjan, nous avions également dénoncé un détournement en 2003 et nous avons les preuves. Si rien n’est fait pour résoudre le problème, nous allons les mettre sur la place publique.

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